Paystack : l’infrastructure africaine qui veut rendre le paiement aussi simple que le commerce
Heure de publication 15:48 - Temps de lecture : 3 min 43 s
Shola Akinlade, cofondateur et CEO de Paystack, et Ezra Olubi, cofondateur et CTO de la fintech nigériane, qui œuvre à simplifier les paiements numériques et à accélérer la croissance des entreprises africaines. – © Shola Akinlade & Ezra Olubi.
Texte par : Thalf Sall
Pour une entreprise africaine, vendre ne suffit pas encore : il faut pouvoir encaisser, rapprocher les transactions, payer ses partenaires et, de plus en plus, recevoir des clients situés au-delà de ses frontières. C’est précisément sur cette friction que s’est construite Paystack. Née à Lagos en 2015, la fintech transforme le paiement en infrastructure accessible aux startups, PME et grandes entreprises. Avec plus de 200 000 entreprises utilisatrices revendiquées par la plateforme et une présence opérationnelle qui s’étend désormais à cinq marchés africains, son ambition dépasse le simple traitement des cartes : construire une couche de paiement capable d’accompagner la croissance des entreprises africaines.
Le problème auquel Paystack s’attaque est moins spectaculaire qu’une panne d’infrastructure, mais il est déterminant : la difficulté à faire circuler l’argent simplement entre une entreprise et ses clients.
L’Afrique n’est pourtant pas étrangère au paiement numérique. Le mobile money y connaît une croissance considérable : en 2025, les services de mobile money ont traité plus de 2 000 milliards de dollars de transactions dans le monde, tandis que l’Afrique subsaharienne concentre une part majeure des nouveaux comptes actifs. Les paiements marchands figurent parmi les usages ayant enregistré la croissance la plus rapide.
Mais l’écosystème reste fragmenté. Carte bancaire, mobile money, virement, USSD, paiement en personne : les usages varient fortement d’un marché à l’autre. Pour une entreprise qui veut vendre en ligne, gérer des abonnements ou se développer dans plusieurs pays, cette diversité peut rapidement devenir un casse-tête technique et opérationnel.
C’est dans cet environnement que Shola Akinlade et Ezra Olubi, deux développeurs et amis de longue date, fondent Paystack à Lagos en 2015. La jeune entreprise devient la première société nigériane admise à Y Combinator en novembre de la même année. En 2018, elle lève une série A de 8 millions de dollars menée par Stripe, avec Visa, Tencent et Y Combinator parmi les investisseurs. En octobre 2020, Stripe annonce son acquisition, avec l’objectif d’accélérer le commerce en ligne en Afrique.
Une seule infrastructure pour des paiements très différents
La réponse de Paystack repose sur une idée simple : ne pas demander aux entreprises de reconstruire leur système de paiement pour chaque marché.
La plateforme propose des outils sans code, low-code et destinés aux développeurs. Une entreprise peut intégrer Paystack à son site ou son application grâce à des API et proposer plusieurs moyens de paiement selon le pays : cartes, virements bancaires, mobile money ou solutions locales. Les fonctionnalités couvrent également les paiements récurrents, les abonnements, la facturation, les pages de paiement et le fractionnement automatique des règlements.
Le modèle devient particulièrement intéressant pour les marketplaces et plateformes. Grâce aux « transaction splits », un même paiement peut être réparti automatiquement entre plusieurs comptes selon une clé définie à l’avance. Une plateforme peut ainsi verser directement sa part à un vendeur ou à plusieurs partenaires sans effectuer manuellement chaque opération.
Paystack ne se limite plus au commerce numérique. Ses terminaux physiques permettent notamment d’accepter cartes, virements et USSD, tout en centralisant le suivi et le rapprochement des opérations. Au Kenya, l’intégration de Pesalink permet désormais aux clients de payer directement depuis leur compte bancaire avec confirmation et rapprochement automatisés.
Cette architecture explique une partie de sa capacité à changer d’échelle : la même infrastructure peut servir une petite entreprise, une plateforme numérique ou un acteur international, avec des canaux adaptés aux réalités locales.
De Lagos à l’Afrique : une croissance mesurable
Les chiffres donnent une indication de la traction obtenue. Paystack affirme aujourd’hui accompagner plus de 200 000 entreprises, enregistrées ou non, dans différents secteurs : commerce, transport, hôtellerie, médias, ONG, services financiers ou encore plateformes numériques.
La fintech est actuellement disponible pour les entreprises enregistrées en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Ghana, en Afrique du Sud et au Kenya, tandis que des programmes pilotes ou phases d’expansion sont en cours sur d’autres marchés.
Son implantation illustre surtout une stratégie de localisation. Au Kenya, par exemple, Paystack combine cartes, M-PESA, Airtel Money, Apple Pay et désormais Pesalink. En Côte d’Ivoire, les entreprises peuvent notamment recevoir des paiements par cartes et par mobile money via Wave, MTN Mobile Money et Orange Money.
L’entreprise cherche également à dépasser la seule fonction transactionnelle. En juillet 2026, elle a lancé au Nigeria le Small Business Launchpad, programme de quatre semaines destiné aux PME utilisant sa plateforme, avec accompagnement d’experts, cliniques d’affaires, support prioritaire et trois mois de traitement gratuit sous conditions.
Cette évolution est révélatrice : pour une petite entreprise, disposer d’un moyen d’encaisser ne résout pas à lui seul les problèmes de trésorerie, de gestion, de clientèle ou de structuration. Paystack commence donc à se positionner comme un outil de croissance, et non plus seulement comme une passerelle de paiement.
Le défi désormais : connecter l’Afrique sans gommer ses différences
Le parcours de Paystack démontre qu’une solution née d’un problème africain peut atteindre une dimension mondiale. Son acquisition par Stripe a donné à l’entreprise des ressources supplémentaires pour poursuivre son expansion, sans remettre en cause son ancrage africain.
Mais le succès ne doit pas masquer les limites structurelles du secteur. Les frais varient selon les pays et les moyens de paiement, les contraintes réglementaires restent nationales et l’accès n’est pas encore continental. Paystack demeure absent de nombreux marchés africains et certaines fonctionnalités sont réservées aux entreprises répondant à des conditions précises.
Autre enjeu : la confiance. La croissance des paiements numériques s’accompagne de risques de fraude et de cybersécurité. La standardisation des outils ne peut donc fonctionner qu’avec des exigences élevées en matière de conformité, de protection des données et de sécurité.
La force de Paystack réside précisément dans cette équation : simplifier sans uniformiser, automatiser sans déconnecter les usages locaux et permettre aux entreprises africaines de vendre au-delà de leur marché immédiat.
Son histoire raconte finalement quelque chose de plus vaste qu’une réussite fintech. Elle montre qu’une infrastructure financière conçue depuis Lagos peut devenir un levier de compétitivité pour des milliers d’entreprises. La prochaine étape sera de savoir jusqu’où cette architecture peut s’étendre, et si elle contribuera à faire émerger un véritable marché numérique africain où la frontière entre vendre localement et vendre au monde devient progressivement moins contraignante.
