SAMPAY Africa : payer local pour vivre global
Heure de publication : 14:00 - Temps de lecture : 6 min 11 s
Charifatou Habou, responsable du développement de SAMPAY Africa. Spécialiste de la finance et du numérique, elle œuvre au développement de solutions innovantes visant à faciliter l’accès des populations africaines aux paiements internationaux et à renforcer l’inclusion financière sur le continent. – © Charifatou Habou.
Reportage : Koffi Jacqueline Ama Essiomley
Dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, des millions de personnes disposent d’un téléphone portable, utilisent quotidiennement le Mobile Money et participent à l’économie locale, mais restent exclues des paiements numériques internationaux. Sans carte Visa ou Mastercard, impossible de payer une formation en ligne, un abonnement Internet, un logiciel professionnel ou un service numérique mondial. Au Niger, la fintech SAMPAY Africa a choisi de partir de cette réalité pour construire une solution simple, accessible et adaptée au terrain. En connectant les portefeuilles Mobile Money aux réseaux de paiement internationaux, elle permet aujourd’hui à des milliers d’utilisateurs de « payer local pour vivre global ». Une initiative qui illustre comment l’innovation africaine peut répondre à des défis structurels tout en ouvrant de nouvelles perspectives économiques.
L’économie numérique mondiale progresse à grande vitesse. Formation à distance, commerce électronique, services cloud, plateformes créatives, abonnements Internet ou logiciels professionnels sont devenus des outils indispensables pour entreprendre, apprendre et travailler.
Pourtant, dans de nombreux pays du Sahel, l’accès à ces services reste limité par un obstacle souvent invisible : le paiement.
Au Niger, comme dans plusieurs pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le taux de bancarisation demeure relativement faible. Les cartes bancaires affiliées aux réseaux internationaux Visa ou Mastercard restent peu répandues et souvent difficiles d’accès pour une grande partie de la population.
Résultat : des entrepreneurs ne peuvent pas commander leurs marchandises sur des plateformes internationales, des étudiants peinent à accéder à certaines formations en ligne, des créateurs de contenu ne peuvent pas souscrire aux outils numériques nécessaires à leurs activités et des familles rencontrent des difficultés pour renouveler certains abonnements Internet.
Cette situation crée une fracture numérique moins visible que le manque de connexion, mais tout aussi handicapante : celle de l’impossibilité de payer.
Cette exclusion ne résulte pas d’un manque d’intérêt pour le numérique. Au contraire, l’usage du téléphone mobile et du Mobile Money s’est largement développé ces dernières années en Afrique de l’Ouest. Les populations ont adopté les solutions de transfert d’argent, les paiements mobiles et les services numériques du quotidien.
Le véritable problème réside dans la déconnexion entre deux univers. D’un côté, les citoyens disposent de revenus en monnaie locale et utilisent des solutions de paiement locales. De l’autre, les plateformes internationales exigent généralement des paiements en devises via Visa ou Mastercard.
Entre les deux, le pont n’existait pas. Cette situation freine non seulement l’accès aux services numériques, mais également l’intégration des économies locales dans les échanges mondiaux.
SAMPAY Africa : construire un pont entre les monnaies locales et l’économie mondiale
C’est pour répondre à ce défi que SAMPAY Africa a été lancée en 2023. L’ambition de ses fondateurs est claire : permettre à toute personne disposant d’un portefeuille Mobile Money d’effectuer des paiements internationaux sans passer par une banque classique.
Le problème auquel l’entreprise s’attaque dépasse largement les frontières du Niger. Il concerne une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, où l’accès aux moyens de paiement internationaux demeure limité malgré la progression rapide des usages numériques.
« Dans la majorité des pays d’Afrique de l’Ouest, à l’exception du Nigeria et de la Côte d’Ivoire, tous les pays font face à la même problématique. Les entreprises et les particuliers disposent de monnaie locale avec laquelle ils souhaiteraient effectuer leurs paiements. Or, sur les sites en ligne, il faut pouvoir payer à travers des moyens de paiement comme les cartes Visa ou Mastercard, en ligne et en devise », explique Charifatou Habou, responsable du développement de SAMPAY Africa.
Pour les équipes de la fintech, il ne s’agissait donc pas d’inventer un nouveau besoin, mais de résoudre un obstacle quotidien qui freine l’accès à l’économie numérique mondiale.
L’histoire de SAMPAY ne débute toutefois pas véritablement en 2023. Dès 2022, une première structure existait déjà et proposait principalement des services liés à l’acquisition de cryptomonnaies. Si cette orientation apparaissait innovante sur le plan technologique, elle répondait encore imparfaitement aux attentes les plus urgentes du marché nigérien.
C’est dans ce contexte que Charifatou Habou rejoint l’aventure avec pour mission de restructurer l’entreprise et de recentrer son offre sur des solutions directement utiles aux populations et aux entreprises locales.
Ce virage stratégique constitue aujourd’hui l’un des enseignements les plus intéressants de l’expérience SAMPAY. Plutôt que d’imposer une technologie complexe à un marché qui n’en exprimait pas la demande immédiate, l’entreprise a choisi de repartir du terrain, des usages réels et des contraintes vécues par les utilisateurs.
La cryptomonnaie supposait en effet un niveau de compréhension, de confiance et d’appropriation encore limité pour une large partie de la population. À l’inverse, la carte Visa ou Mastercard répondait à un besoin concret, facilement compréhensible : disposer d’un moyen simple de payer en ligne depuis son téléphone.
« Mon rôle a été d’adapter les solutions proposées au marché local et aux besoins locaux. Après notre création, nous avons dû réadapter notre produit afin qu’il réponde le mieux aux besoins de nos clients », souligne Charifatou Habou. Cette capacité à écouter, ajuster et évoluer constitue l’un des facteurs déterminants du développement de SAMPAY. Avant d’être une réussite entrepreneuriale, le projet a été un processus d’apprentissage continu fondé sur l’expérimentation et l’amélioration permanente.
Une innovation construite à partir des usages locaux
Plutôt que de chercher à reproduire des modèles conçus ailleurs, SAMPAY a choisi de s’appuyer sur les infrastructures déjà adoptées par les populations.
Les équipes ont constaté que les Nigériens faisaient largement confiance aux services de Mobile Money ainsi qu’aux réseaux de transfert d’argent présents jusque dans les localités les plus éloignées. Ces plateformes avaient déjà réalisé un important travail d’éducation financière et numérique auprès des populations. « Ces sociétés ont fait de l’éducation numérique. Les gens se sont habitués et ont confiance à ces plateformes. C’est la raison pour laquelle nous les avons toutes intégrées afin de permettre aux utilisateurs d’utiliser les moyens du quotidien pour accéder à des services internationaux », explique la responsable du développement.
Mobile Money, Wave, MyNITA ou encore AmanaTA sont ainsi devenus les piliers de l’architecture de SAMPAY. L’entreprise ne cherche pas à remplacer ces solutions ; elle les complète en leur ajoutant une passerelle vers l’économie mondiale.
Le fonctionnement de SAMPAY a été pensé pour être simple, rapide et accessible au plus grand nombre. Après avoir créé un compte sur la plateforme, l’utilisateur peut activer et alimenter une carte virtuelle Visa ou Mastercard en effectuant une recharge depuis son portefeuille Mobile Money habituel. Un montant minimum d’environ 1 600 francs CFA est requis pour démarrer l’opération.
En quelques minutes seulement, il obtient ainsi un moyen de paiement international lui permettant d’accéder à une multitude de services jusque-là difficiles d’accès : règlement d’abonnements numériques, achat de logiciels ou de formations en ligne, commandes sur des plateformes internationales de commerce électronique, paiement d’outils professionnels ou encore renouvellement d’abonnements à des services comme Starlink.
L’accès au service ne nécessite ni déplacement dans une agence bancaire, ni ouverture préalable d’un compte bancaire, ni immobilisation de sommes importantes. Le montant minimum de recharge reste accessible à un large public, ce qui contribue à réduire considérablement les barrières d’entrée.
Transparence, confiance et sécurité comme fondements du modèle
L’un des éléments distinctifs de SAMPAY réside dans son modèle économique. La plateforme applique une commission de 3 % sur les recharges effectuées par les utilisateurs, un coût affiché de manière transparente dès la transaction. Les taux de conversion sont communiqués clairement.
Les cartes virtuelles sont proposées avec des durées de validité d’un, deux ou trois ans. Aucun abonnement mensuel n’est imposé et aucun frais de tenue de compte n’est facturé. L’utilisateur recharge sa carte uniquement lorsqu’il en a besoin.
Cette logique répond directement à l’une des principales réticences observées envers les services financiers formels dans plusieurs pays de la sous-région : la crainte des frais cachés et des coûts difficilement compréhensibles.
La confiance repose sur un autre pilier essentiel : la sécurité. Dans un environnement où la méfiance envers les services financiers numériques demeure parfois forte, SAMPAY a fait de la cybersécurité une priorité stratégique. L’entreprise réalise régulièrement des tests d’intrusion sur ses propres infrastructures afin d’identifier et de corriger les vulnérabilités potentielles avant qu’elles ne puissent être exploitées.
« La cybersécurité est une préoccupation majeure. Nous simulons régulièrement des attaques sur nos propres serveurs pour identifier les potentielles failles et les résoudre le plus tôt possible. Nous veillons et garantissons la sécurité des données et des fonds de nos utilisateurs. Nous sommes conscients que c’est le gage de confiance qui nous permettra de réussir nos missions », affirme Charifatou Habou.
Cette démarche proactive s’accompagne du respect des exigences réglementaires applicables dans l’espace UEMOA. SAMPAY évolue dans un cadre conforme aux règles définies par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), ce qui constitue un élément supplémentaire de crédibilité auprès des utilisateurs et des partenaires.
L’entreprise poursuit par ailleurs une démarche d’amélioration continue fondée sur l’écoute des clients, la simplification permanente de l’expérience utilisateur et l’adaptation linguistique de ses outils. Son objectif est clair : rendre les paiements internationaux accessibles au plus grand nombre, quels que soient le niveau d’éducation financière ou la localisation géographique.
Au fil du temps, les interrogations des utilisateurs ont d’ailleurs évolué. Hier, il fallait convaincre que la monnaie numérique pouvait être utilisée en toute confiance. Aujourd’hui, les questions portent davantage sur la rapidité, la disponibilité et la fiabilité du service. Un signe révélateur de l’appropriation progressive de ces nouveaux usages par les populations.
Une fintech pensée pour tous
L’application SAMPAY est disponible en trois langues – français, anglais et arabe – afin de s’adapter à la diversité linguistique des utilisateurs au Niger et dans la sous-région. Mais l’entreprise ne s’arrête pas là. Elle développe actuellement un système de traduction et d’assistance vocale destiné à permettre aux personnes peu ou pas alphabétisées d’utiliser la plateforme en toute autonomie. Une évolution qui marque une ambition d’inclusion numérique poussée jusqu’à ses limites les plus concrètes.
« Nous travaillons au quotidien à permettre à tous les utilisateurs, quel que soit leur niveau de compréhension, d’utiliser facilement notre application et sans assistance. Notre objectif est de simplifier au maximum la vie de nos clients », confie Charifatou Habou.
Cette approche s’inscrit dans une philosophie de conception dite user-centric, où l’application est pensée avant tout à partir des usages réels des utilisateurs. Une logique qui, lorsqu’elle est effectivement appliquée, transforme profondément l’adoption des outils numériques : ils ne sont plus subis, mais intégrés naturellement aux pratiques quotidiennes parce qu’ils répondent à des besoins simples et immédiats.
Dans un contexte où la fracture numérique est souvent évoquée comme un frein majeur en Afrique – entre accès limité aux smartphones, connectivité inégale et faibles compétences numériques – SAMPAY s’appuie sur une réalité différente. Selon les données partagées par l’entreprise, plus de 70 % de la population dispose aujourd’hui d’un smartphone. Un chiffre qui s’explique par la diffusion rapide du téléphone mobile, devenu dans de nombreux foyers le premier, et parfois le seul, accès au numérique, bien avant l’ordinateur ou l’internet fixe.
Pour les publics non équipés ou encore éloignés du digital, la fintech a prévu des points d’accès physiques via des partenaires locaux. Ce modèle hybride, digital-first mais jamais digital-only, permet de maintenir une inclusion large tout en accélérant la transition numérique.
Cette stratégie prend une dimension particulière dans un contexte sécuritaire fragile. Dans certaines zones, les déplacements sont limités et les activités économiques perturbées. Là où certains verraient un frein au développement des services numériques, SAMPAY y voit au contraire un accélérateur.
Lorsque se déplacer devient risqué, les solutions permettant de payer, transférer de l’argent ou accéder à des services à distance deviennent indispensables. Le numérique ne relève alors plus du confort, mais de la continuité économique. « Pas spécialement impacté. Au contraire, le contexte sécuritaire actuel motive la population à se tourner vers des solutions digitales. Il est préférable pour les populations de ne pas se déplacer dans un contexte d’insécurité », souligne la direction de l’entreprise.
Cette lecture rejoint plusieurs observations menées dans d’autres pays confrontés à des situations similaires, où les fintechs jouent un rôle de stabilisation économique en maintenant les flux financiers lorsque les circuits physiques sont fragilisés. Une fonction encore sous-estimée, mais essentielle, dans la transformation des économies africaines.
Des impacts concrets sur l’inclusion financière et l’entrepreneuriat
Au-delà de la performance technologique, la véritable mesure de l’impact de SAMPAY réside dans les usages qu’elle rend possibles au quotidien.
La fintech revendique aujourd’hui plus d’un millier d’utilisateurs actifs. Un chiffre encore modeste à l’échelle du continent, mais significatif pour une jeune entreprise opérant dans un environnement marqué par une faible bancarisation et un accès limité aux services financiers internationaux.
Contrairement à de nombreuses solutions numériques destinées à une clientèle spécialisée, SAMPAY s’adresse d’abord au grand public. « Monsieur et Madame Tout-le-Monde qui ont besoin de renouveler leur abonnement Internet », résume Charifatou Habou. Derrière cette formule volontairement simple se cache l’une des principales forces du modèle : répondre à un besoin concret, universel et immédiatement compréhensible.
Les bénéficiaires sont nombreux et variés. Étudiants souhaitant accéder à des plateformes de formation en ligne, travailleurs indépendants utilisant des outils numériques internationaux comme AliExpress, entrepreneurs développant leurs activités au-delà des frontières, créateurs de contenus numériques ou encore particuliers désireux de souscrire à des services numériques jusque-là inaccessibles.
Pour les petits commerçants et artisans, l’impact est particulièrement visible. Grâce à leur carte virtuelle Visa ou Mastercard, ils peuvent désormais commander directement des marchandises auprès de fournisseurs étrangers, accéder à des plateformes internationales de commerce électronique ou acheter des outils professionnels indispensables au développement de leur activité. Afin de faciliter cette dynamique, SAMPAY a même noué un partenariat avec DHL pour simplifier l’acheminement des colis commandés à l’international.
L’accès aux paiements numériques ouvre ainsi de nouvelles perspectives aux jeunes entrepreneurs, aux professionnels travaillant avec des partenaires étrangers et aux acteurs de l’économie créative. Certains utilisent la solution pour souscrire à des logiciels spécialisés, certifier leurs comptes sur les plateformes numériques ou accéder à des applications de création et de montage vidéo devenues indispensables à leurs activités.
Dans ce paysage d’usages en expansion, le témoignage d’un utilisateur illustre concrètement l’effet de levier de la solution. Abdoulaye, jeune commerçant dans le secteur des accessoires électroniques, raconte un changement profond dans son activité : « Avant SAMPAY, je devais toujours passer par des intermédiaires pour payer mes fournisseurs à l’étranger. Cela me coûtait plus cher et prenait beaucoup de temps. Aujourd’hui, je peux commander directement et gérer mes paiements moi-même. J’ai gagné en autonomie, en rapidité et en rentabilité. »
Ces transformations individuelles, multipliées à l’échelle des utilisateurs, traduisent l’un des principaux apports de SAMPAY : réduire la distance entre les acteurs économiques locaux et les opportunités offertes par l’économie numérique mondiale.
L’inclusion numérique des femmes comme levier de transformation
L’un des impacts les plus significatifs de SAMPAY concerne l’inclusion financière et numérique des femmes. Selon les données de l’entreprise, près de 40 % de ses utilisateurs sont des femmes, une proportion particulièrement notable dans un contexte où les inégalités d’accès aux services financiers demeurent une réalité dans de nombreux pays africains.
Pour Charifatou Habou, cette dynamique témoigne d’un potentiel encore largement sous-exploité. Les femmes nigériennes sont déjà très présentes dans l’économie numérique informelle. Elles utilisent quotidiennement WhatsApp, Facebook, TikTok ou d’autres plateformes pour promouvoir leurs produits, développer leurs activités commerciales et entretenir leurs réseaux de clientèle. Pourtant, beaucoup hésitent encore à franchir une étape supplémentaire en adoptant des services financiers digitaux.
« SAMPAY participe à l’autonomisation financière de la femme et à son inclusion numérique au Niger. Les femmes sont déjà très présentes sur les outils numériques pour leurs activités commerciales, mais elles n’osent pas toujours franchir une étape supplémentaire. Nous les aidons à franchir ce pas », explique-t-elle.
Pour la responsable du développement de SAMPAY, le principal défi n’est d’ailleurs pas celui de la compétence, mais celui de la confiance, de la légitimité et de l’audace. « Le simple fait de voir une femme dans un domaine souvent considéré comme masculin permet à d’autres femmes de se sentir légitimes à leur tour. Une fois cette barrière levée, elles excellent naturellement dans ces métiers », affirme-t-elle.
Les témoignages des utilisatrices illustrent concrètement cette transformation. Fatouma, commerçante nigérienne et utilisatrice de la plateforme, explique qu’elle dépendait auparavant de tiers pour effectuer certains paiements en ligne nécessaires à son activité. « Avant SAMPAY, je devais souvent solliciter d’autres personnes pour régler certaines transactions sur Internet. Aujourd’hui, je peux gérer moi-même mes achats et mes paiements depuis mon téléphone. Cela me donne plus d’autonomie, plus de confiance et me fait gagner un temps précieux », témoigne-t-elle.
Son expérience met en lumière l’un des apports majeurs de la fintech : permettre aux femmes de renforcer leur pouvoir d’action économique en réduisant leur dépendance à des intermédiaires. Au-delà de l’accès à un outil de paiement, c’est une forme d’autonomie financière et décisionnelle qui se construit progressivement.
Cette ambition se traduit également par des initiatives concrètes. À l’occasion de la Journée nationale de la femme nigérienne, célébrée le 13 mai 2026, SAMPAY a lancé une opération spéciale permettant aux femmes d’obtenir gratuitement une carte virtuelle à partir d’un seuil minimal d’achat ou de recharge de 15 euros. Une action symbolique, mais révélatrice d’une stratégie plus large visant à faire des technologies financières un levier d’émancipation économique, d’inclusion numérique et de réduction des inégalités d’accès aux opportunités offertes par l’économie digitale.
Atteindre les populations rurales grâce à la confiance locale
L’autre défi majeur concerne l’inclusion géographique. Comme dans de nombreux pays sahéliens, une grande partie de la population vit en milieu rural, où l’accès aux services numériques demeure plus limité. Pour une solution entièrement dématérialisée, la question de la confiance est déterminante.
SAMPAY a choisi de répondre à cette difficulté en s’appuyant sur des partenaires déjà implantés localement, notamment MyNITA et d’autres réseaux de transfert d’argent disposant d’agences physiques dans plusieurs régions du pays.
Ces acteurs ont réalisé depuis plusieurs années un important travail d’éducation financière et numérique auprès des populations. Ils ont contribué à familiariser les usagers avec les transferts d’argent à distance et les paiements numériques. « Nos partenaires ayant des agences physiques ont réussi depuis plusieurs années à faire un travail de fond auprès des populations rurales, qui se sont progressivement habituées à effectuer des transferts d’argent sans avoir à se déplacer », souligne Charifatou Habou.
Cette stratégie apparaît particulièrement pertinente dans un contexte où la principale crainte reste souvent le caractère immatériel des services numériques. En s’appuyant sur des intermédiaires déjà connus et reconnus localement, SAMPAY transforme une technologie virtuelle en solution crédible et rassurante pour les utilisateurs.
Un modèle reproductible confronté à des défis réels
L’expérience de SAMPAY présente aujourd’hui un fort potentiel de réplication dans plusieurs pays de la sous-région confrontés aux mêmes contraintes structurelles : faible bancarisation, forte pénétration du Mobile Money et croissance rapide des usages numériques.
L’ambition de la fintech dépasse d’ailleurs le simple service de cartes virtuelles. L’entreprise travaille actuellement au développement d’un terminal de paiement destiné aux commerçants, afin de leur permettre d’accepter directement les paiements numériques dans leurs points de vente. Une marketplace est en préparation pour faciliter les transactions commerciales entre utilisateurs et renforcer l’écosystème économique local.
Parallèlement, SAMPAY développe avec ses partenaires une solution de réception des transferts d’argent de la diaspora directement sur les portefeuilles numériques des bénéficiaires. Dans un pays où les transferts des expatriés constituent une source importante de revenus pour de nombreuses familles, cette innovation pourrait réduire les coûts, raccourcir les délais et améliorer l’accès aux ressources financières.
Cette stratégie s’inscrit dans une vision plus large d’expansion régionale. Le Mali et le Burkina Faso figurent déjà parmi les marchés ciblés. Ces pays partagent des réalités similaires : faible accès aux services bancaires traditionnels, recours massif au Mobile Money et besoin croissant de solutions de paiement adaptées aux usages locaux.
La démarche de SAMPAY repose sur un principe simple : construire une solution qui fonctionne, l’améliorer continuellement, puis la déployer progressivement sur d’autres marchés. Une logique de croissance pragmatique fondée sur l’expérience du terrain plutôt que sur des projections théoriques.
Toutefois, plusieurs défis demeurent. L’éducation financière et numérique reste un chantier permanent pour accompagner l’adoption de ces nouveaux outils. La cybersécurité constitue un enjeu stratégique à mesure que les volumes de transactions augmentent. Enfin, la capacité de l’entreprise à préserver la confiance des utilisateurs tout en répondant aux exigences réglementaires, technologiques et concurrentielles d’un secteur en mutation rapide sera déterminante pour son avenir.
L’arrivée récente de nouveaux acteurs sur ce segment confirme d’ailleurs le potentiel du marché. Mais en tant que précurseur, SAMPAY dispose d’un avantage important : celui d’avoir été parmi les premiers à comprendre les besoins locaux, à créer les usages et à construire une relation de confiance avec les utilisateurs.
Ces défis n’enlèvent rien à la pertinence de l’expérience. Ils rappellent au contraire qu’en matière d’innovation inclusive, la réussite repose autant sur la technologie que sur la capacité à comprendre les réalités sociales, économiques et culturelles des territoires où elle est déployée.
Construire local, inspirer le monde
L’approche développée par SAMPAY commence désormais à susciter l’intérêt bien au-delà des frontières nigériennes. En mai 2026, la fintech a participé au GITEX Africa à Marrakech, l’un des plus importants rendez-vous technologiques du continent. À cette occasion, elle a dévoilé la nouvelle version de sa plateforme devant un public composé d’investisseurs, d’experts du numérique, de décideurs et de partenaires internationaux.
Cette vitrine continentale a permis de mettre en lumière une démarche fondée sur une conviction forte : l’innovation est d’autant plus efficace qu’elle répond aux réalités locales. Les retombées ont rapidement dépassé le cadre de l’événement. De nouveaux échanges ont été engagés avec des acteurs de l’écosystème technologique africain et international, curieux de comprendre comment une solution conçue au Niger parvient à répondre à des problématiques partagées par de nombreux pays. « Depuis, nous enregistrons un intérêt croissant de partenaires, y compris dans des pays développés, qui souhaitent comprendre notre méthodologie et notre approche centrée sur les besoins réels du marché », annonce Charifatou Habou.
Mais l’ambition de SAMPAY ne se limite pas au développement technologique. L’entreprise investit également dans ce qu’elle considère comme sa première richesse : le capital humain. Avec une équipe dont la moyenne d’âge est de seulement 24 ans, la fintech fait le pari de la jeunesse africaine comme moteur de la transformation numérique du continent. Elle prévoit notamment de renforcer ses partenariats avec des établissements spécialisés afin de soutenir la formation de jeunes talents, à travers des programmes de bourses et des dispositifs favorisant leur insertion professionnelle. « Nous nous sentons responsables des jeunes que nous recrutons et accordons une importance particulière à leur accompagnement et à leur formation continue », explique Charifatou Habou. « L’Afrique regorge de talents et d’opportunités. Nous avons besoin de davantage de personnes qui osent construire localement et croire au potentiel du continent. L’Afrique n’est pas seulement le futur ; elle est déjà le présent », conclut-elle.
Au Niger, la révolution du paiement numérique ne s’écrit pas d’abord dans les sièges des grandes institutions financières. Elle prend forme à travers des initiatives capables de transformer des usages du quotidien en opportunités économiques, de rapprocher les populations de l’économie mondiale et d’ouvrir de nouvelles perspectives à toute une génération. SAMPAY Africa en offre aujourd’hui une illustration particulièrement inspirante.
Note de la Rédaction
Ce reportage de solutions est un exercice pratique réalisé par Koffi Jacqueline Ama Essiomley dans le cadre de la formation au journalisme de solutions qu’elle suit depuis le 15 janvier 2026. Cette formation est organisée à l’occasion de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), une initiative engagée dans la promotion d’un journalisme rigoureux, constructif et exigeant, qui met en lumière les réponses concrètes, innovantes et éprouvées aux défis économiques, sociaux, environnementaux et technologiques du continent africain.
