ESDAM : quand la mode devient une réponse concrète au chômage des jeunes
Heure de publication 16:15 - Temps de lecture : 4 min 12 s
À Cotonou, ESDAM transforme la passion de la mode en compétences, en emplois et en opportunités pour la jeunesse béninoise. – © ESDAM.
Texte par : Mireille Huguette Noumavo, stagiaire
Face à un chômage des jeunes toujours préoccupant au Bénin, l’École de Stylisme, Design et Accessoires de Mode (ESDAM), basée à Cotonou, s’impose comme une école de référence des métiers de la mode, inclusive, africaine et ouverte sur le monde. Reconnu par l’État béninois, ce groupe académique d’enseignement professionnel et technique combine formation, innovation pédagogique et accompagnement à l’insertion. En trois ans, il forme des stylistes et modélistes capables d’intégrer le marché du travail ou de créer leur propre activité. Entre passion créative, structuration institutionnelle et contraintes réelles, ce modèle illustre une approche de journalisme de solutions où la formation devient un levier d’opportunité, tout en révélant des défis à consolider.
Au Bénin, comme dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, l’insertion professionnelle des jeunes reste un défi structurel majeur. Chaque année, des milliers de diplômés arrivent sur un marché du travail limité, souvent saturé dans les secteurs traditionnels.
Cette situation s’explique principalement par un décalage persistant entre les formations académiques classiques et les besoins réels de l’économie productive. Dans ce contexte, les filières techniques et créatives apparaissent de plus en plus comme des alternatives crédibles.
La mode, en particulier, s’impose progressivement comme un secteur hybride, à la croisée de l’artisanat, de l’entrepreneuriat et des industries culturelles. Pourtant, l’accès à ces formations reste limité par plusieurs facteurs : coûts élevés, infrastructures insuffisantes et structuration encore inégale du secteur textile-cuir.
C’est dans ce paysage que s’inscrit l’École de Stylisme, Design et Accessoires de Mode (ESDAM), un groupe académique d’enseignement professionnel et technique qui affirme une ambition claire : accompagner le développement de l’écosystème de la mode et du textile-cuir au Bénin et en Afrique de l’Ouest.
Une école structurée, inclusive et tournée vers l’écosystème de la mode
ESDAM se définit comme une école de référence des métiers de la mode, caractérisée par une pédagogie moderne et innovante. Elle est organisée autour de plusieurs pôles complémentaires : un collège privé d’enseignement technique, un centre de formation professionnelle, un atelier de conception et un programme d’accompagnement à l’insertion professionnelle.
Reconnu par l’État béninois, l’établissement se positionne comme un acteur structurant du secteur, avec une vision claire : fournir un écosystème entrepreneurial favorable aux acteurs de la mode et un environnement d’apprentissage de haute qualité.
Sa mission repose sur trois axes : former des personnes créatives et passionnées, favoriser l’employabilité et l’auto-emploi, et proposer un programme d’insertion structuré grâce à des méthodes pédagogiques modernes.
L’école revendique un engagement fort autour de valeurs fondamentales résumées par l’acronyme CARRE : Créativité, Adaptabilité, Rigueur, Respect et Engagement.
Sur le plan opérationnel, ESDAM dispose de : 04 sites de formation, 03 villes au Bénin, 10 rentrées de formations professionnelles, 500 étudiants inscrits, 150 étudiants formés, 50 certifiés, 30 workshops et 1000 participants aux ateliers. Elle propose également des formations de spécialité et des formations continues, permettant à différents profils d’accéder à la professionnalisation dans les métiers de la mode.
À l’issue du parcours, les apprenants peuvent obtenir le Fashion Certificate by ESDAM, délivré par un comité de certification, ou être accompagnés dans l’obtention de certifications d’État comme le CQP ou le CQM.
Des parcours inspirants entre passion, rigueur et insertion progressive
À ESDAM, la formation ne se limite pas à l’acquisition de compétences techniques. Elle vise également à accompagner les apprenants dans la construction d’une identité professionnelle, en les aidant à transformer une passion en projet de vie et, souvent, en activité économique.
Dans les ateliers de création, les salles de modélisme ou lors des défilés organisés dans le cadre de leur parcours, les étudiants apprennent à conjuguer créativité, discipline et esprit d’entreprise. Une approche qui semble porter ses fruits au regard des témoignages recueillis.
Pour Précieuse, le stylisme est avant tout un moyen d’expression et de valorisation de la diversité des corps. Son choix de rejoindre ESDAM est né d’une passion profonde pour la création vestimentaire et d’une volonté de contribuer à l’épanouissement des personnes à travers ses réalisations. « J’ai choisi de faire le stylisme et le modélisme par passion, mais aussi pour sublimer les personnes, peu importe leur morphologie », confie-t-elle.
Erica Nahouénou, étudiante en troisième année, met davantage l’accent sur la qualité de l’encadrement et les perspectives professionnelles offertes par l’établissement. « Ce qui me motive, c’est la discipline de l’école, la reconnaissance du diplôme et les possibilités d’insertion après la formation », explique-t-elle.
Son parcours illustre concrètement la philosophie d’ESDAM fondée sur l’apprentissage par la pratique. Alors qu’elle poursuit encore sa formation, elle a déjà lancé sa propre marque, Maison FIFAMÈ, et participe régulièrement à des défilés universitaires. « Cela m’a permis de rencontrer des professionnels et de commencer à me faire une place dans le secteur », ajoute-t-elle.
D’autres apprenants soulignent l’impact de la formation sur leur développement personnel et professionnel. C’est le cas de Josué Koukpaki, qui estime avoir pu révéler son potentiel créatif grâce à son passage à l’école. « Je suis très ravi d’avoir été formé dans cette école de mode. J’ai pu développer mon côté créatif », témoigne-t-il. Même enthousiasme chez Mounirath Abdou, qui voit dans l’établissement un véritable tremplin pour les passionnés de mode. « ESDAM est la meilleure école de mode que tous les passionnés devraient contacter pour atteindre leurs objectifs », affirme-t-elle.
Ces témoignages ne constituent pas à eux seuls une mesure scientifique de l’impact de l’école. Ils révèlent néanmoins une réalité tangible : pour de nombreux jeunes, ESDAM représente bien plus qu’un centre de formation. Elle apparaît comme un espace d’apprentissage, de confiance en soi, de professionnalisation et d’ouverture vers des opportunités concrètes dans un secteur en pleine évolution.
Un modèle pédagogique centré sur l’apprentissage par la pratique
ESDAM repose sur un principe fondamental : apprendre en faisant. La formation en stylisme et modélisme s’étend sur trois ans et combine enseignement théorique, ateliers pratiques, projets concrets et immersion professionnelle.
Chaque année, entre 150 et 200 étudiants sont formés, avec des promotions récentes atteignant jusqu’à 182 certifiés. L’objectif est double : renforcer les compétences techniques et développer une culture entrepreneuriale.
Selon la formatrice Douce Ursule, ancienne diplômée de la promotion 2024, cette approche produit des effets concrets. « Nous formons des stylistes, mais aussi des entrepreneurs capables de s’adapter aux exigences du marché », souligne-t-elle.
Le Programme d’Accompagnement à l’Insertion Professionnelle (PAIPE) constitue un pilier central du dispositif. Il accompagne les étudiants vers l’emploi, l’auto-emploi, la création d’entreprises et l’intégration dans les ateliers de couture.
Des résultats prometteurs mais des défis structurels persistants
Malgré les résultats encourageants, plusieurs contraintes subsistent. La première est financière. Les étudiants doivent supporter des coûts élevés liés aux tissus, accessoires et équipements nécessaires aux travaux pratiques. Erica le confirme : « Les fournitures et accessoires nécessaires aux travaux pratiques sont coûteux et représentent une difficulté importante ».
La seconde contrainte concerne la charge de travail. Les exercices techniques, souvent complexes et chronophages, exigent rigueur et constance. « Les exercices sont souvent complexes et le temps est limité pour les réaliser. En cas de retard, nous sommes sanctionnés », ajoute-t-elle.
Ces éléments soulèvent une question essentielle dans une logique de journalisme de solutions : comment préserver l’exigence pédagogique tout en améliorant l’accessibilité sociale de la formation ?
Par ailleurs, l’absence de données consolidées sur l’insertion professionnelle limite encore l’évaluation de l’impact global du modèle.
Un modèle reproductible à condition de consolidation
ESDAM apparaît comme une initiative structurante dans l’écosystème des industries créatives au Bénin. Son modèle, combinant formation technique, pratique intensive, accompagnement et certification, constitue une base inspirante pour d’autres établissements en Afrique de l’Ouest.
Toutefois, sa reproductibilité dépend de plusieurs facteurs clés : réduction des coûts pour les apprenants, renforcement des partenariats avec les acteurs du secteur de la mode et du textile-cuir, et mise en place d’un système de suivi des diplômés.
Dans un contexte où les industries culturelles et créatives connaissent une croissance continue en Afrique, la mode peut devenir un levier stratégique d’emploi et d’innovation. Mais cela suppose une structuration plus large et plus coordonnée de l’écosystème.
Former autrement pour transformer durablement
L’expérience d’ESDAM montre que la formation professionnelle peut devenir un véritable outil de transformation sociale lorsqu’elle est connectée aux réalités économiques et à l’entrepreneuriat.
À Cotonou, des jeunes transforment déjà leur passion en activité économique, contribuant à l’émergence d’une économie créative locale.
Cependant, pour passer d’initiatives individuelles à un impact systémique, des ajustements structurels restent indispensables. Accessibilité, suivi des parcours et coopération avec le secteur privé apparaissent comme des leviers prioritaires.
Au-delà de l’école, c’est une question stratégique qui se pose : comment faire de la formation professionnelle un moteur durable de développement économique et social au Bénin et en Afrique ?
Les trois dernières photos – une robe courte rose en tissu imprimé, une robe courte violette en pagne africain et une robe de mariée rouge en dentelle avec voile assorti – sont des créations signées Erica Nahouenou.
