Djamo : la fintech qui ouvre les portes de la finance à l’Afrique francophone
Heure de publication 14:55 - Temps de lecture : 4 min 56 s
Régis Bamba et Hassan Bourgi, cofondateurs de Djamo, une fintech qui facilite l’accès aux services financiers en Afrique francophone, ont été élevés au rang de Chevaliers de l’Ordre du Mérite ivoirien en reconnaissance de leur contribution à l’inclusion financière et à l’innovation. – © Djamo.
Texte par : Thalf Sall
Parvenir à ouvrir un compte bancaire en quelques minutes, recevoir son salaire, épargner, payer ses factures ou gérer son entreprise depuis un téléphone portable : ce qui semblait encore inaccessible à des millions d'Africains devient progressivement une réalité. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, Djamo s’impose comme l’un des symboles de cette transformation. Plus qu’une application financière, la jeune entreprise ambitionne de réduire l’exclusion bancaire en construisant des services adaptés aux réalités locales. Son parcours illustre comment une innovation pensée à partir des besoins du terrain peut contribuer à rendre la finance plus inclusive, tout en révélant les défis qui restent à relever.
Dans une grande partie de l’Afrique francophone, accéder aux services financiers demeure un parcours semé d’obstacles. Les agences bancaires sont peu nombreuses en dehors des grands centres urbains, les frais sont souvent jugés élevés et les procédures administratives découragent une partie de la population. Résultat : de nombreux particuliers, travailleurs indépendants et petites entreprises continuent de fonctionner essentiellement en espèces ou via le mobile money, sans bénéficier de services d’épargne, d’investissement ou de crédit. La Banque mondiale estimait qu’en 2022, seulement 28 % des adultes d’Afrique subsaharienne détenaient un compte de monnaie mobile, tandis que l’accès aux services bancaires traditionnels restait encore plus limité.
C'est ce constat qui pousse Hassan Bourgi et Régis Bamba à créer Djamo à Abidjan en 2020 avec une ambition claire : bâtir des services financiers simples, rapides et accessibles au plus grand nombre.
Une banque numérique pensée pour les réalités africaines
Contrairement aux établissements bancaires classiques, Djamo mise sur une expérience entièrement numérique. L'ouverture d'un compte s'effectue directement depuis un smartphone en quelques minutes, avec des formalités allégées et sans frais de tenue de compte. Les utilisateurs peuvent recevoir leur salaire, effectuer des virements, payer leurs factures, utiliser une carte Visa physique ou virtuelle, constituer une épargne et, progressivement, accéder à d'autres services financiers.
La plateforme se distingue également par son modèle hybride. Si l'application constitue le cœur du dispositif, Djamo s'appuie aussi sur des réseaux de distribution et des partenariats locaux afin d'accompagner les utilisateurs dans leur prise en main. Cette stratégie vise notamment les personnes qui utilisent déjà le mobile money mais souhaitent accéder à des services financiers plus complets sans subir les contraintes du système bancaire traditionnel.
L'entreprise adapte son offre aux petites entreprises en proposant des outils de paiement, de gestion des encaissements, des virements groupés ou encore des solutions de paiement par QR Code. Cette diversification permet aux entrepreneurs de centraliser leurs opérations financières au sein d'une même plateforme.
Une croissance portée par la confiance des utilisateurs
Les résultats enregistrés en quelques années témoignent d'une adoption rapide. Selon l'entreprise, Djamo compte aujourd'hui plus de 1,5 million d'utilisateurs, emploie plus de 250 collaborateurs, accompagne plus de 10 000 entreprises et a traité plus de 4,5 milliards de dollars de transactions depuis sa création.
Cette dynamique a convaincu plusieurs investisseurs internationaux, dont Janngo Capital, Partech, Finance in Motion, Oikocredit, Enza Capital et Y Combinator. En 2025, la fintech a levé 17 millions de dollars, portant le total des fonds levés à plus de 30 millions de dollars, afin d'accélérer son développement dans l'Afrique francophone. Cette opération constitue la plus importante levée de fonds réalisée par une start-up ivoirienne à cette date.
En parallèle, Djamo a obtenu les autorisations réglementaires lui permettant d'élargir progressivement son offre, notamment dans les domaines de l'investissement et de la microfinance.
Une innovation qui transforme les usages
Au-delà des chiffres, l’impact de Djamo se mesure avant tout dans le quotidien de ses utilisateurs. En facilitant l’accès à des services financiers modernes, la fintech contribue à simplifier la gestion de l’argent pour des milliers de particuliers et d’entrepreneurs.
Pour de nombreux salariés, recevoir leur salaire sur un compte ouvert en quelques minutes représente un gain de temps considérable. Les commerçants disposent d’outils plus simples pour encaisser leurs paiements, tandis que les petites entreprises peuvent mieux gérer leurs dépenses, leurs virements et leur trésorerie. Les particuliers, quant à eux, accèdent plus facilement à des solutions d’épargne et d’investissement autrefois réservées à une minorité.
Les retours des utilisateurs illustrent concrètement cette transformation. En Côte d’Ivoire, Kouadio Brou souligne la rapidité du service : « Satisfait pour sa qualité et sa rapidité. En moins de cinq minutes, j’ai créé mon compte en ligne et j’ai pu récupérer ma carte Visa au point relais. Merci ! » Un témoignage qui reflète l’un des principaux atouts de Djamo : réduire drastiquement les délais et les démarches habituellement associés à l’ouverture d’un compte.
Pour Aminata Traoré, c’est la simplicité d’utilisation qui fait la différence : « En utilisant Djamo, on se rend compte que l’application est vraiment pratique. N’importe qui comprendra son fonctionnement. » Dans un contexte où la maîtrise des outils numériques reste inégale, cette accessibilité constitue un facteur essentiel d’adoption et d’inclusion.
De son côté, Issouf Bamba met en avant la centralisation des services financiers : « Avant Djamo, je jonglais entre Mobile Money, ma banque et plusieurs autres applis. Aujourd’hui, tout est au même endroit : mon salaire, mes factures CIE et SODECI, mes transferts. Un vrai gain de temps. » Cette capacité à regrouper plusieurs opérations au sein d’une même plateforme répond à un besoin croissant de simplicité et d’efficacité dans la gestion financière quotidienne.
Ces témoignages ne constituent pas à eux seuls une preuve scientifique d’impact, mais ils illustrent les changements observés chez des utilisateurs : un accès plus rapide aux services financiers, une meilleure maîtrise de leurs opérations courantes et une réduction des contraintes administratives. Autant d’éléments qui contribuent à rapprocher davantage de citoyens de l’économie formelle.
La reconnaissance institutionnelle est venue renforcer cette dynamique. En avril 2026, les cofondateurs Hassan Bourgi et Régis Bamba ont été élevés au rang de Chevaliers de l’Ordre du Mérite ivoirien, une distinction saluant leur contribution à l’inclusion financière et au développement de l’entrepreneuriat en Côte d’Ivoire. Cette reconnaissance témoigne de l’importance croissante accordée aux innovations qui cherchent à rendre les services financiers plus accessibles au plus grand nombre.
Entre réussite opérationnelle et nouveaux enjeux de développement
Si Djamo démontre qu’il est possible de démocratiser l’accès aux services financiers grâce au numérique, son développement s’accompagne également de défis qui conditionneront sa capacité à inscrire son impact dans la durée.
Le premier concerne l’environnement réglementaire. Dans le secteur financier, l’innovation doit composer avec des exigences strictes en matière de conformité, de lutte contre le blanchiment d’argent, de protection des données et de sécurité des transactions. L’obtention d’agréments, comme celui de microfinance délivré dans l’espace UEMOA, constitue une étape essentielle mais exigeante pour toute fintech souhaitant élargir son offre et renforcer la confiance des utilisateurs.
Djamo doit aussi évoluer dans un marché de plus en plus concurrentiel. Les banques traditionnelles investissent massivement dans la digitalisation de leurs services, tandis que les opérateurs de mobile money enrichissent continuellement leurs solutions de paiement, d’épargne et de transfert. Dans ce contexte, conserver un avantage compétitif implique d’innover en permanence tout en maintenant des coûts accessibles pour les utilisateurs.
Un autre enjeu réside dans l’éducation financière. Donner accès à des outils numériques ne garantit pas automatiquement leur adoption ni leur utilisation optimale. Pour de nombreux experts, l’inclusion financière ne se limite pas à l’ouverture d’un compte ; elle suppose aussi la capacité des utilisateurs à épargner, planifier leurs dépenses, accéder à un crédit de manière responsable et protéger leurs données personnelles.
Cette analyse est partagée par plusieurs spécialistes du secteur. Pour la Banque mondiale, l’accès aux services financiers constitue une condition nécessaire mais non suffisante du développement économique : les solutions les plus efficaces sont celles qui associent innovation technologique, confiance des utilisateurs, protection du consommateur et accompagnement financier. Cette approche rappelle que l’impact d’une fintech se mesure autant par la qualité de l’usage que par le nombre de comptes ouverts.
Enfin, la capacité de reproduction du modèle reste un test majeur. Après la Côte d’Ivoire et le Sénégal, l’expansion vers d’autres marchés francophones nécessitera d’adapter les services aux réalités locales, aux réglementations nationales et aux habitudes financières des populations concernées. Le véritable défi pour Djamo ne sera donc pas seulement de gagner de nouveaux utilisateurs, mais de préserver la simplicité, l’accessibilité et la proximité qui ont contribué à son succès initial.
C’est précisément sur cette capacité à conjuguer croissance, sécurité, inclusion et impact durable que sera jugée, dans les prochaines années, la contribution de Djamo à la transformation financière de l’Afrique francophone.
Une nouvelle génération de services financiers
L'histoire de Djamo illustre l'émergence d'une nouvelle génération de fintechs africaines qui ne cherchent pas à reproduire les modèles occidentaux, mais à concevoir des solutions adaptées aux réalités économiques locales. En misant sur la simplicité, la proximité et l'innovation, la jeune entreprise contribue à réduire les barrières d'accès aux services financiers et ouvre de nouvelles perspectives pour les ménages comme pour les entrepreneurs.
Son expérience rappelle qu'en matière d'inclusion financière, l'innovation ne réside pas uniquement dans la technologie. Elle consiste surtout à comprendre les besoins des populations, à simplifier les usages et à construire des solutions capables de créer durablement de la confiance.
