Capabiliz : la plateforme qui veut rapprocher les PME des financeurs

Heure de publication 15:35 - Temps de lecture : 3 min 18 s

Saïd Sako, fondateur et dirigeant de Capabiliz, expert du financement des PME et de la préparation à l’investissement. À la croisée de la finance et de la technologie, il accompagne les entrepreneurs pour mieux structurer leurs projets et convaincre les financeurs. – © Saïd Sako.

Texte par : Thalf Sall

Pour de nombreuses petites et moyennes entreprises africaines, le problème n’est pas seulement de trouver de l’argent : c’est aussi de savoir si leur entreprise est réellement prête à convaincre une banque, un fonds ou un investisseur. Dossier incomplet, gouvernance fragile, prévisions financières insuffisantes ou informations mal structurées peuvent transformer un projet viable en demande de financement refusée. C’est sur cette zone grise que se positionne Capabiliz, une plateforme conçue par l’entrepreneur et expert du financement Saïd Sako pour évaluer la bancabilité des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), identifier leurs points faibles et les rapprocher des financeurs adaptés. Déjà déployée dans les espaces UEMOA et CEMAC, la solution entend faire du diagnostic et de la préparation au financement un processus plus lisible, plus mesurable et davantage orienté vers l’action.

Le financement des PME reste un défi structurel dans les économies africaines. La Banque mondiale souligne que l’accès aux services financiers demeure l’une des contraintes les plus aiguës rencontrées par les PME en Afrique de l’Ouest. Dans l’UEMOA, la BCEAO identifie la faible qualité de l’information, les insuffisances de gestion et de gouvernance ainsi que la faiblesse des mécanismes de partage des risques parmi les difficultés rencontrées par les établissements de crédit lorsqu’ils évaluent les PME.

Le phénomène dépasse d’ailleurs l’Afrique de l’Ouest. Selon l’IFC, les MPME représentent plus de 90 % des entreprises dans le monde et font face, dans les économies émergentes et en développement, à un déficit de financement de plusieurs milliers de milliards de dollars.

Dans ce contexte, le problème n’est pas uniquement celui de l’offre de capitaux. Il concerne aussi la capacité des entreprises à présenter une information suffisamment structurée pour permettre au financeur d’évaluer leur activité, leur organisation, leurs perspectives et leur capacité de remboursement.

C’est précisément cette interface que Capabiliz cherche à améliorer. Lancée en 2026 par Saïd Sako, professionnel disposant de plus de quinze ans d’expérience revendiquée dans le conseil financier, l’investissement et l’accompagnement entrepreneurial, la plateforme part d’une idée simple : avant de chercher un financement, une PME doit comprendre son propre niveau de préparation au financement.

 

Un diagnostic qui transforme les faiblesses en feuille de route

 

Concrètement, Capabiliz fonctionne comme un outil de diagnostic numérique. L’entreprise commence par répondre à une série de questions portant notamment sur son activité, son équipe, sa situation financière et son organisation. La plateforme restitue ensuite un score de bancabilité sur une échelle de 1 à 5, une qualification du niveau de préparation ainsi qu’une estimation du ticket de financement potentiel.

L’évaluation repose sur six grands axes : identité et conformité, structure juridique et gouvernance, ressources humaines, contrôle de gestion, activité commerciale, puis performance et projet. Capabiliz indique avoir structuré son référentiel autour de plus de 120 critères et l’avoir aligné sur des références réglementaires et institutionnelles de l’espace UEMOA et CEMAC, notamment les cadres BCEAO, COBAC et OHADA.

L’intérêt du dispositif ne réside donc pas uniquement dans la production d’une note. Le diagnostic doit surtout permettre à l’entrepreneur de comprendre pourquoi son entreprise n’est pas suffisamment bancable et quelles mesures peuvent améliorer sa situation. Le rapport fourni identifie les freins, propose des actions prioritaires et peut orienter l’entreprise vers une Structure d’Appui et d’Encadrement (SAE).

Cette articulation répond à une logique déjà reconnue dans l’écosystème financier régional. La BCEAO attribue justement aux structures d’appui un rôle d’accompagnement des PME avant l’obtention du financement et de suivi après son octroi.

Capabiliz ajoute à cette chaîne une couche numérique de standardisation et de mise en relation. La PME conserve le contrôle de ses données et choisit les institutions financières auxquelles elle souhaite transmettre son dossier. Les banques, institutions de microfinance et fonds peuvent, de leur côté, accéder à un pipeline de dossiers préqualifiés selon leurs critères.

 

De l’outil individuel à une infrastructure régionale du financement

 

L’ambition de Capabiliz ne s’arrête pas à l’accompagnement individuel des entrepreneurs. La plateforme entend fluidifier l’ensemble de la chaîne du financement en créant un espace de rencontre entre MPME, structures d’accompagnement et institutions financières. Cette mise en relation constitue l’un des principaux leviers de son potentiel de déploiement à grande échelle.

Quelques semaines après son lancement, Capabiliz revendique déjà près de 200 utilisateurs, dont plus de 190 PME, quatre banques et cinq Structures d’Appui et d’Encadrement (SAE). Ces premiers utilisateurs témoignent de l’intérêt suscité par une solution qui cherche à rapprocher deux univers encore trop souvent éloignés : celui des entrepreneurs en quête de capitaux et celui des financeurs à la recherche de dossiers suffisamment préparés.

Un cas présenté par la plateforme illustre concrètement cette démarche. Une PME ivoirienne du secteur agroalimentaire, confrontée à deux refus de financement, aurait vu son score de bancabilité progresser de 2,1 à 4,2 sur 5 après 90 jours d’accompagnement structuré. Elle aurait ensuite obtenu un financement de 15 millions de francs CFA. Capabiliz précise qu’il s’agit d’une étude de cas anonymisée.

Au-delà de ces premiers résultats, le modèle s’inscrit dans une transformation plus large du financement des entreprises en Afrique. La numérisation des processus, l’exploitation des données et la standardisation des informations peuvent contribuer à réduire les coûts d’analyse et à faciliter l’identification d’entreprises jusque-là peu visibles pour les financeurs. L’IFC souligne d’ailleurs le potentiel des technologies financières et des plateformes numériques pour élargir l’accès des MPME aux services financiers.

Pour Capabiliz, le véritable défi commence désormais avec le changement d’échelle. La pertinence de la solution devra se mesurer à des indicateurs concrets : nombre de PME accompagnées, financements effectivement obtenus, délais de traitement, montant des capitaux mobilisés et évolution des entreprises après financement. Car améliorer l’accès au capital n’a de portée économique que si les ressources obtenues permettent ensuite aux entreprises d’investir, de créer des emplois, d’accroître leur productivité et de consolider leur activité.

La promesse de Capabiliz n’est donc pas de faire disparaître le risque du financement entrepreneurial. Elle consiste plutôt à mieux le documenter, à renforcer la préparation des entreprises et à rendre la rencontre entre entrepreneurs et financeurs plus efficace. Dans des économies où de nombreuses PME disposent d’un potentiel de croissance mais peinent encore à traduire ce potentiel dans un dossier de financement convaincant, cette fonction d’intermédiation et de préparation pourrait devenir un levier important pour élargir l’accès au capital et accélérer la croissance du tissu entrepreneurial africain.


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