Mahi Traoré : « le livre de Zeinab Badawi est une urgence pour rétablir la vérité sur l’Afrique »

Heure de publication 16:35 - Temps de lecture : 3 min 58 s

Mahi Traoré, proviseure de lycée et autrice franco-malienne, soutient activement la publication en France de l’ouvrage Une histoire africaine de l’Afrique de Zeinab Badawi, plaidant pour une réappropriation du récit historique africain. – © Éditions du Faubourg.

Texte par : Thalf Sall

À travers son soutien engagé à la publication en France de l’ouvrage Une histoire africaine de l’Afrique, l’autrice et proviseure franco-malienne Mahi Traoré participe à une bataille essentielle : celle du récit. Dans un monde où l’Afrique demeure trop souvent enfermée dans des représentations réductrices, ce livre de la journaliste et historienne Zeinab Badawi ouvre une brèche décisive. Une initiative qui rejoint le combat mené depuis plusieurs années par la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) pour faire émerger une autre narration du continent.

Pendant des siècles, l’histoire de l’Afrique a été racontée par d’autres. Des explorateurs, des administrateurs coloniaux, des missionnaires, des universitaires occidentaux. Une histoire souvent fragmentée, parfois biaisée, régulièrement amputée de la voix des Africains eux-mêmes. Cette situation a profondément influencé la perception du continent dans l’imaginaire collectif mondial.

Aujourd’hui, un ouvrage vient bousculer cet héritage intellectuel et culturel. Publié en France par les Éditions du Faubourg, Une histoire africaine de l’Afrique, de la journaliste soudano-britannique Zeinab Badawi, propose un changement de perspective majeur : raconter l’Afrique depuis l’Afrique.

Parmi les soutiens les plus actifs à cette publication figure Mahi Traoré, proviseure de lycée, autrice et figure engagée de la transmission des savoirs. Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, elle défend avec conviction la nécessité de rendre cet ouvrage accessible au public francophone.

 

Un livre pour réparer les angles morts de l’Histoire

 

Lorsque Sophie Caillat, présidente des Éditions du Faubourg, décide d’intégrer cet ouvrage à son catalogue, elle ne cache pas son ambition : contribuer à réparer des décennies de visions postcoloniales ayant façonné la compréhension de l’Afrique.

L’ouvrage de Zeinab Badawi est le fruit de plusieurs années de recherches, de voyages et d’entretiens avec des historiens, archéologues et intellectuels africains. Son objectif est clair : restituer la profondeur historique du continent en mettant en lumière ses royaumes, ses empires, ses savoirs, ses systèmes politiques et ses innovations.

De l’Égypte ancienne aux empires du Mali, du Songhaï, du Ghana ou du Grand Zimbabwe, l’autrice retrace une histoire riche et complexe, loin des clichés qui réduisent encore trop souvent l’Afrique à ses crises contemporaines.

Pour Mahi Traoré, cette publication dépasse largement le cadre littéraire. « Aujourd’hui, en France, ce livre est une nécessité, une urgence pour permettre à ce que les enfants de l’Afrique, à ce que les Français, à ce que le monde entier puissent découvrir la réalité de ce qu’est le continent avec sa puissance, avec sa richesse », affirme-t-elle.

Une prise de position qui résonne fortement dans un contexte où les questions mémorielles, identitaires et éducatives occupent une place croissante dans les débats publics.

 

Changer le regard sur l’Afrique par la force du récit

 

L’enjeu central de cet ouvrage est celui du narratif. Depuis des décennies, les médias internationaux ont souvent privilégié une couverture de l’Afrique centrée sur les conflits, les catastrophes, la pauvreté ou l’instabilité politique. Une réalité certes existante, mais qui ne représente qu’une partie de l’histoire du continent. Cette focalisation a contribué à installer une image partielle et parfois déformée de l’Afrique.

Pour Mahi Traoré, soutenir la publication de Une histoire africaine de l’Afrique revient à participer à une entreprise de rééquilibrage indispensable. Selon elle, le véritable récit africain se trouve dans la capacité des Africains à raconter eux-mêmes leur histoire, leurs réussites, leurs résistances et leurs contributions à l’histoire mondiale.

Cette conviction explique également son soutien à la campagne de financement participatif lancée pour accompagner la promotion du livre en France. Au-delà de l’acquisition de cet ouvrage, qui sera lancé le 18 septembre prochain, il s’agit pour les contributeurs de participer à un mouvement culturel visant à redonner à l’Afrique sa place dans le récit universel.

Car comprendre l’histoire africaine, c’est aussi comprendre l’histoire de l’humanité. L’Afrique n’est pas une périphérie de l’histoire mondiale ; elle en constitue l’un des fondements majeurs.

 

La Semaine l’Afrique des Solutions : une même bataille pour une autre narration

 

Cette dynamique s’inscrit pleinement dans la vision portée depuis plusieurs années par la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS). Née de la volonté de mettre en lumière les initiatives innovantes, les réussites inspirantes et les réponses concrètes aux défis du continent, la SAS est devenue un espace incontournable de valorisation des solutions africaines sur les scènes africaine et internationale. Son ambition est simple : révéler, valoriser, documenter, connecter et amplifier les initiatives qui transforment l’Afrique.

À travers son approche fondée sur le journalisme de solutions, la SAS contribue à déconstruire les stéréotypes persistants en donnant à voir une Afrique innovante, créative, entreprenante et résolument tournée vers l’avenir.

Mais son action ne s’arrête pas à l’événementiel. Depuis plusieurs années, la SAS investit également le champ de la littérature constructive, convaincue que les livres constituent des outils puissants de transformation des imaginaires.

Cette démarche a déjà donné naissance à plusieurs ouvrages de référence, parmi lesquels L’Afrique des solutions : 100 initiatives innovantes et constructives qui ont un impact positif sur les grands enjeux africains (2023), L’Afrique qui inspire (2024), 110 Africains qui bâtissent l’avenir (2025) ou encore 77 solutions qui transforment l’Afrique (2025).

Ces publications, diffusées notamment auprès d’universités, d’écoles et d’acteurs institutionnels, offrent aux jeunes générations des modèles inspirants et des exemples concrets d’engagement.

 

Écrire l’Afrique de demain

 

L’initiative portée par Zeinab Badawi, soutenue par Mahi Traoré et relayée par les Éditions du Faubourg, s’inscrit ainsi dans un mouvement plus vaste. Partout, des auteurs, journalistes, chercheurs, enseignants et acteurs de la société civile travaillent à faire émerger une parole africaine autonome, plurielle et assumée.

Cette reconquête narrative apparaît aujourd’hui comme un enjeu stratégique majeur. Car les récits façonnent les représentations. Les représentations influencent les politiques publiques, les investissements, les relations internationales et même les ambitions individuelles.

Raconter l’Afrique autrement n’est donc pas un simple exercice littéraire. C’est un acte de transmission, de justice et de projection vers l’avenir.

En soutenant Une histoire africaine de l’Afrique, Mahi Traoré rappelle une évidence souvent oubliée : aucun peuple ne peut pleinement construire son avenir sans maîtriser le récit de son passé.

À l’heure où l’Afrique s’affirme comme l’un des grands espaces d’innovation, de créativité et de croissance du XXIe siècle, la bataille des idées passe aussi par les livres. Et dans cette bataille, chaque ouvrage capable de restituer la complexité, la richesse et la dignité du continent constitue une victoire collective.


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