“Une histoire africaine de l’Afrique” : le livre qui renverse le regard sur un continent raconté par lui-même
Heure de publication 16:35 - Temps de lecture : 3 min 52 s
Zeinab Badawi, journaliste et autrice, au cœur d’un travail de terrain au long cours à travers 32 pays africains, pour redonner au continent la parole sur sa propre histoire. – © Jamie Simonds - Éditions du Faubourg
Texte par : Thalf Sall
Pendant des siècles, l’histoire de l’Afrique a été écrite ailleurs, souvent racontée à travers des prismes extérieurs, fragmentés ou biaisés. Avec Une histoire africaine de l’Afrique, la journaliste et autrice Zeinab Badawi propose un renversement historique majeur : faire entendre l’Afrique par ses propres voix, ses propres archives vivantes et ses propres mémoires. Fruit de sept années d’enquête, 32 pays traversés et des centaines de témoignages d’historiens, d’anthropologues et de conteurs, cet ouvrage de 500 pages s’impose comme un événement éditorial et intellectuel international.
Une histoire africaine de l’Afrique n’est pas une simple synthèse historique. L’ouvrage s’inscrit dans une démarche profondément transformatrice, qui vise à replacer les Africains et les Africaines au centre de leur propre récit historique, en rompant avec des siècles de récits construits majoritairement de l’extérieur.
Journaliste à la BBC, reconnue pour la rigueur de ses entretiens avec des dirigeants internationaux et des figures majeures de la scène mondiale, Zeinab Badawi a fait le choix de quitter les studios pour engager un travail de terrain au long cours à travers le continent africain.
Son point de départ repose sur un constat largement partagé par les chercheurs : l’histoire de l’Afrique est encore trop souvent transmise à travers des sources coloniales ou occidentales, au détriment des traditions orales, des savoirs locaux et des perspectives endogènes. Dans cette perspective, l’autrice s’inscrit également dans le prolongement de l’Histoire générale de l’Afrique, vaste projet coordonné par l’UNESCO depuis les années 1960, qu’elle contribue à rendre plus accessible au grand public.
Pendant sept années, elle a parcouru 32 pays africains, multipliant les rencontres avec des historiens, des anthropologues, des linguistes, mais aussi des conteurs et des gardiens de la mémoire collective. Ce travail de terrain minutieux vise à restituer une pluralité de récits, souvent absents des narrations dominantes, afin de reconstruire une histoire plus fidèle à la diversité des expériences africaines.
Une enquête de terrain à travers 32 pays africains
Le travail de Zeinab Badawi repose sur une immersion longue et méthodique. Loin des archives exclusivement académiques, elle privilégie la rencontre directe avec les acteurs de la mémoire historique. Historiens, archéologues, linguistes, conteurs traditionnels et universitaires ont contribué à cette fresque continentale. Chaque entretien enrichit une vision globale de l’Afrique comme espace de civilisations multiples, anciennes et interconnectées.
Cette démarche s’inscrit dans une volonté de réhabilitation des savoirs africains, longtemps marginalisés dans les récits dominants. Le livre devient ainsi un espace de dialogue entre la recherche scientifique contemporaine et les traditions orales, encore très vivantes dans de nombreuses régions du continent.
Le résultat est une narration incarnée, où les événements historiques ne sont pas seulement expliqués, mais racontés depuis l’intérieur des sociétés africaines elles-mêmes.
Un succès international et un projet audiovisuel mondial
Avant même sa traduction en français, Une histoire africaine de l’Afrique s’est imposé comme un succès international. Publié initialement en anglais, l’ouvrage s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires et a été traduit dans une douzaine de langues. Il a aussi donné naissance à une série documentaire de 20 épisodes diffusée sur la BBC World, aujourd’hui accessible en ligne, qui prolonge le travail du livre en images et en récits filmés.
Cette double existence, littéraire et audiovisuelle, a permis de toucher un public large, bien au-delà des cercles académiques. Le projet s’est ainsi imposé comme une référence mondiale dans la relecture de l’histoire africaine.
En France, la traduction est portée par les Éditions du Faubourg, une maison indépendante fondée en 2020 à Paris, qui se définit comme « la petite maison des grandes causes ». Connue pour ses publications engagées sur les enjeux de société, elle inscrit ce livre dans une ligne éditoriale humaniste et critique, où les ouvrages sont pensés comme des outils de compréhension et d’action.
Un livre au cœur des débats contemporains sur la mémoire et l’histoire
La publication française de cet ouvrage intervient dans un contexte où les questions de mémoire coloniale, de transmission historique et de reconnaissance des récits africains occupent une place croissante dans le débat public.
L’histoire de l’Afrique est indissociable de celle de nombreux pays européens, dont la France, dont les anciens territoires coloniaux couvrent une large partie du continent : du Maghreb à l’Afrique de l’Ouest, en passant par l’Afrique centrale et Madagascar. Cette réalité historique rend la lecture de ce livre particulièrement sensible et essentielle dans l’espace francophone.
« Je suis très heureuse que mon livre soit traduit en français, car la France a des connexions et des racines très profondes en Afrique. Il est pour moi important que l’histoire riche de ce continent à travers les siècles soit mieux connue en France et dans tous les pays francophones. J’ai visité 32 pays passionnants pour recueillir les perspectives oubliées des experts locaux. Ce livre est donc leur histoire », confie Zeinab Badawi, née au Soudan, arrivée en Angleterre durant son enfance et diplômée de l’Université d’Oxford.
Son travail dépasse largement le cadre d’une simple relecture du passé. Il interroge en profondeur les représentations contemporaines de l’Afrique dans les médias, les manuels scolaires et les imaginaires collectifs. En restituant la parole aux premiers concernés et en plaçant les sources africaines au cœur du récit, l’ouvrage contribue à une reconfiguration majeure des savoirs et des perspectives historiques.
Une mobilisation éditoriale et citoyenne au service d’un récit africain réapproprié
La sortie de l’édition française de Une histoire africaine de l’Afrique, annoncée pour le 18 septembre 2026, s’inscrit dans une dynamique éditoriale structurée et participative. Une campagne de financement collaboratif a été lancée afin d’impliquer directement les lecteurs dans la diffusion et la promotion de cet ouvrage à forte portée intellectuelle et symbolique.
Au-delà d’un simple dispositif de précommande, cette initiative vise à construire une communauté engagée autour du livre. Elle permet d’accéder à l’ouvrage en avant-première, de bénéficier de contreparties exclusives et de soutenir sa circulation dans plusieurs capitales culturelles européennes. Cette stratégie participative ambitionne de favoriser une plus large visibilité de l’ouvrage dans l’espace francophone et international.
Dans cette perspective, une tournée de rencontres avec l’autrice est envisagée en France et en Europe, avec des étapes prévues dans des villes telles que Paris, Lille, Marseille, Blois ou encore Bruxelles. Cette circulation des idées s’inscrit dans une logique de dialogue direct avec les publics, les chercheurs, les étudiants et les acteurs culturels.
Le livre, proposé au prix de 24,90 euros en format papier et numérique, dépasse largement sa dimension commerciale. Il incarne surtout une volonté de repositionner l’histoire africaine dans un espace global de reconnaissance, sans filtre narratif dominant ni médiation exclusive extérieure.
Une résonance avec les grandes initiatives de transformation africaine
Cette dynamique éditoriale entre en résonance avec les initiatives internationales qui placent l’innovation sociale, la valorisation des solutions africaines et la réécriture des récits au cœur de leurs actions. Parmi elles, la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), dont la 4ᵉ édition se tiendra à Paris les 23 et 24 octobre 2026, incarne cette même ambition de transformation positive, par le prisme du journalisme de solutions.
La SAS s’est imposée comme un espace de convergence entre acteurs publics, privés, académiques, médiatiques et citoyens engagés, autour d’une idée forte : l’Afrique est un réservoir de solutions concrètes, de réussites, d’initiatives innovantes et de récits inspirants.
Dans cet écosystème d’idées et d’actions, le livre de Zeinab Badawi trouve une résonance naturelle. Tous deux participent d’un même mouvement : celui de la réappropriation narrative, de la déconstruction des représentations figées et de la valorisation des savoirs africains dans leur diversité.
