La confiance au bout du clic : comment Locapay transforme la location
Heure de publication 13:25 - Temps de lecture : 3 min 06 s
Ingénieur en mathématiques et cofondateur de Locapay, Guérin Agossadou viendra présenter à la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) une solution qui entend simplifier, sécuriser et digitaliser l’expérience locative. – © Guérin Agossadou.
Texte par : Thalf Sall
Trouver un logement, vérifier une annonce, signer un bail, payer son loyer et suivre sa location : au Bénin, ces étapes restent parfois exposées aux intermédiaires multiples, aux transactions difficiles à tracer et aux risques d’arnaque. Lancée en 2024 par Guérin Agossadou et Julian Adjibi, Locapay veut répondre à cette fragmentation en réunissant recherche immobilière, contrats numériques, paiement et gestion locative dans un même environnement digital. Une ambition déjà soutenue par plusieurs milliers d’utilisateurs et qui pose une question plus large : comment la technologie peut-elle contribuer à rendre le marché locatif africain plus transparent ?
La recherche d’un logement peut rapidement devenir une épreuve. Au Bénin, les annonces circulent notamment sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie, avec des informations parfois difficiles à vérifier. En avril 2025, le Centre national d’investigations numériques (CNIN) avait alerté sur des escroqueries utilisant de fausses offres de location diffusées sur WhatsApp : les victimes étaient incitées à verser une caution par paiement mobile avant que les prétendus intermédiaires ne deviennent injoignables.
À cette problématique de confiance s’ajoutent celles de la gestion quotidienne : suivi des loyers, conservation des contrats, paiements à distance, recouvrement et accès aux informations lorsqu’un propriétaire vit loin de son bien. En juillet 2026, l’Etat a par ailleurs rappelé les règles encadrant les cautions locatives, signe que les relations entre bailleurs, intermédiaires et locataires demeurent un sujet concret de protection et de régulation.
C’est dans cet environnement que Locapay a été pensée. L’idée n’est pas seulement de publier des annonces immobilières, mais de numériser plusieurs étapes d’une même expérience locative.
Une plateforme qui relie recherche, contrat et paiement
Locapay permet au locataire de rechercher un logement, tandis que les propriétaires et agents disposent d’espaces pour publier leurs biens, gérer leurs mandats et suivre leurs activités. Une fois le bien identifié, la plateforme propose de centraliser la signature des contrats, les paiements et le suivi documentaire.
La solution revendique une architecture reposant sur trois technologies complémentaires. La blockchain est utilisée pour certifier les contrats numériques et renforcer leur traçabilité. Le Mobile Money permet de régler les loyers directement depuis un téléphone. L’intelligence artificielle intervient dans un système de scoring destiné à évaluer les profils et à contribuer à la réduction des risques. Locapay propose également le paiement fractionné, permettant au locataire d’échelonner son loyer selon les modalités prévues par le service.
L’expérience a été conçue pour rester accessible sans installation obligatoire : Locapay indique que sa plateforme peut être utilisée depuis un navigateur. Son parcours repose sur trois étapes – créer son profil, trouver ou publier un bien, puis gérer la location et les paiements – afin de réduire le nombre d’intermédiaires et d’outils nécessaires.
De l’expérience personnelle à une solution entrepreneuriale
À l’origine de Locapay, Guérin Agossadou apporte un profil d’ingénieur en mathématiques, complété par une formation en data science. Avec Julian Adjibi, il fonde la start-up en 2024. Le parcours entrepreneurial de Guérin a notamment été marqué par le Tony Elumelu Program 2024, le MoMo Hackathon 2024 organisé par MTN Bénin et l’incubation de Locapay par Future Studio à travers son programme START.
Son idée initiale est aussi née d’une expérience concrète du marché locatif. Dans un récit publié sur LinkedIn, il explique avoir rencontré, lors de son arrivée à Cotonou en 2023, des difficultés liées à la recherche d’un logement, puis avoir été victime d’une escroquerie lors d’une seconde tentative. Cette expérience a contribué à faire émerger le projet.
Le choix de partir des usages locaux est déterminant. Plutôt que de demander aux utilisateurs d’adopter des pratiques importées, Locapay intègre des outils déjà familiers dans la vie quotidienne au Bénin, notamment le paiement mobile. C’est cette adaptation au contexte qui peut constituer l’un des leviers de reproductibilité du modèle dans d’autres marchés africains, sous réserve d’adapter les moyens de paiement, les cadres juridiques et les pratiques immobilières propres à chaque pays.
Changer l’expérience locative, puis changer d’échelle
Les premiers indicateurs communiqués par Locapay donnent une idée de la traction recherchée : la plateforme revendique plus de 6 000 utilisateurs actifs, plus de 4 000 propriétés listées, plus de 100 gestions confiées et plus de 5 millions de flux transactionnels. Ces données sont déclaratives et ne constituent pas, à elles seules, une mesure indépendante de l’impact de la solution.
L’enjeu est désormais de transformer cette adoption en impact durable : diminution des risques de fraude, meilleure traçabilité des transactions, simplification de la gestion pour les propriétaires, accès plus fluide au logement et réduction des frictions pour les locataires.
Locapay envisage déjà une trajectoire régionale. Mais son passage à l’échelle dépendra autant de la technologie que de sa capacité à s’adapter aux réglementations, aux infrastructures de paiement, aux usages et aux réalités de chaque marché.
C’est peut-être là que réside l’intérêt de cette expérience béninoise : montrer qu’une innovation africaine peut partir d’un problème très concret – trouver et gérer un logement en toute confiance – pour construire progressivement une réponse numérique adaptée à son environnement.
Parce que dans l’immobilier, la technologie ne remplace pas la confiance. Elle peut toutefois contribuer à la rendre plus vérifiable, plus traçable et plus accessible.
