Doonya Labs : transformer les idées africaines en entreprises capables de changer d’échelle

Heure de publication 17:22 - Temps de lecture : 3 min 45 s

Amadou Sondé, cofondateur et dirigeant de Doonya Labs, œuvre à transformer les idées entrepreneuriales en solutions concrètes, en s’appuyant sur la technologie, l’innovation et l’accompagnement stratégique. – © Amadou Sondé.

Texte par : Thalf Sall

Entre l’envie d’entreprendre en Afrique et la réalité du terrain, il existe souvent un fossé : manque de structuration, difficulté à accéder aux compétences technologiques, méconnaissance des marchés locaux, isolement des fondateurs ou encore difficulté pour la diaspora à investir avec confiance. À Paris, Ouagadougou et dans les Antilles, Doonya Labs tente de réduire cette distance en proposant un modèle hybride : startup studio, conseil stratégique et développement technologique. Portée par l’entrepreneur et expert des systèmes d’information Amadou Sondé, la structure veut transformer les idées en entreprises concrètes, puis leur donner les moyens de grandir.

Créer une entreprise innovante ne consiste pas seulement à avoir une bonne idée. Entre le concept initial et une activité viable, les obstacles sont nombreux : validation du marché, conception du produit, financement, recrutement, technologie, acquisition des premiers clients et capacité à passer à l’échelle.

Pour les entrepreneurs africains et ceux de la diaspora qui souhaitent construire en Afrique, cette complexité est parfois renforcée par la distance, la fragmentation des écosystèmes et la difficulté à trouver simultanément les bonnes compétences et les bons relais locaux.

C’est précisément sur cette zone de friction que se positionne Doonya Labs. Fondée par Amadou Sondé et Michael Friggit, la société a été immatriculée à Paris en janvier 2024. Ses statuts lui assignent notamment pour mission de concevoir, financer, développer et accélérer des entreprises, mais aussi de former à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Son modèle associe aujourd’hui conseil, développement informatique et accompagnement des entrepreneurs à travers un Startup Studio.

Son ambition est plus large qu’un accompagnement classique : devenir une infrastructure entrepreneuriale capable de faire passer une initiative de l’idée au marché.

 

Le problème : entre potentiel entrepreneurial et capacité d’exécution

 

L’Afrique dispose d’un nombre croissant d’entrepreneurs, de talents numériques et de marchés en transformation. Mais transformer ce potentiel en entreprises durables suppose de disposer de méthodes, de compétences et de réseaux adaptés.

Doonya Labs part de ce constat. Son modèle repose sur une combinaison de trois métiers : le conseil, le développement informatique et le startup studio. La société intervient ainsi aussi bien auprès d’entreprises qui cherchent à moderniser leurs systèmes d’information qu’auprès de fondateurs qui veulent créer une nouvelle activité.

Cette articulation constitue l’une des particularités du dispositif. L’enjeu n’est pas seulement de conseiller un entrepreneur sur sa stratégie, ni de lui livrer une application. Il s’agit de réunir stratégie, technologie, connaissance du marché et exécution autour d’un même projet.

La structure dispose pour cela de compétences en systèmes d’information, développement logiciel, gestion de projets et management. Son dirigeant, Amadou Sondé, revendique plus de quinze années d’expérience dans la conception, l’architecture et la conduite de projets technologiques complexes. Diplômé de l’Institut Mines-Télécom et de Stanford University, il a notamment travaillé sur des initiatives stratégiques pour Saint-Gobain et Microsoft, avec une spécialisation dans le cloud, la cybersécurité et les infrastructures informatiques.

Cette expérience nourrit une conviction : la technologie n’a de valeur que lorsqu’elle répond à un besoin réel et peut être déployée dans la durée.

 

Une méthode : de l’idée au produit, puis du produit à l’échelle

 

Le cœur du modèle Doonya Labs est son Startup Studio, présenté comme un dispositif numérique consacré à l’impact en Afrique. Il réunit entrepreneurs, investisseurs et innovateurs autour des fondateurs afin de traiter les différentes dimensions d’un projet.

La première étape consiste à travailler l’idéation et la validation. L’objectif est de tester le concept, d’identifier sa pertinence et de déterminer sa capacité à trouver une place sur le marché.

Vient ensuite la phase d’innovation et de construction. Doonya Labs indique pouvoir transformer une idée en produit ou service concret en moins de six mois, en travaillant simultanément la technologie, les processus, la constitution de l’équipe fondatrice et la stratégie d’entrée sur le marché.

La technologie constitue alors un moyen, non une finalité. Les équipes développent des sites, logiciels et applications mobiles et mobilisent notamment Node.js, React.js, Flutter, Python ou encore des outils no-code. Elles travaillent également sur des usages de l’intelligence artificielle et de la data science : traitement du langage naturel, recommandation, analyse de données ou extraction d’informations.

Après la construction vient le lancement. Le studio accompagne l’entrée sur le marché, puis cherche à préparer les conditions du passage à l’échelle. Cette logique distingue le modèle d’un simple incubateur : l’accompagnement porte sur la construction opérationnelle de l’entreprise et pas uniquement sur la formation du porteur de projet.

 

De Paris à Ouagadougou : construire des ponts entre diaspora et marchés africains

 

Cette volonté de connecter les écosystèmes se retrouve dans l’implantation géographique de Doonya Labs. La structure dispose d’une base à Paris, d’une implantation à Petit-Bourg en Guadeloupe et d’une présence à Ouagadougou, cette dernière servant notamment de point d’ancrage pour les activités en Afrique de l’Ouest et dans l’espace UEMOA.

Cette configuration répond à une question devenue centrale pour Amadou Sondé : comment permettre à la diaspora de participer au développement économique africain sans réduire cette contribution aux transferts financiers ?

Dans ses prises de parole, l’entrepreneur souligne les freins auxquels se heurtent certains membres de la diaspora : peur de perdre leur investissement, difficulté à comprendre les réalités locales, manque de partenaires fiables ou incertitude sur la manière de transformer une intention en projet concret. Il défend donc une approche fondée sur la structuration, l’intelligence collective et l’accompagnement de long terme.

Le modèle commence également à s’étendre à l’univers universitaire. En novembre 2025, Doonya Spaces, initiative liée à l’écosystème Doonya, a présenté avec l’Université de l’Unité Africaine/IAM une feuille de route visant à créer un cadre d’incubation destiné aux étudiants en fin de cycle, avec l’objectif de transformer leurs idées en projets viables et durables.

Cette démarche ouvre une piste importante : intervenir avant même la création de l’entreprise, en développant chez les jeunes une culture de l’expérimentation et de l’entrepreneuriat.

 

Une ambition de passage à l’échelle, avec l’impact comme boussole

 

Doonya Labs ne présente pas son action comme une solution miracle. Son modèle repose plutôt sur une logique reproductible : identifier un besoin, valider une opportunité, mobiliser les compétences nécessaires, construire rapidement une première solution, tester son adéquation au marché et préparer sa croissance.

Cette méthode peut être appliquée à différents secteurs. Le studio cite notamment l’EdTech, la FinTech et l’AgriTech, autant de domaines où la technologie peut contribuer à répondre à des besoins économiques et sociaux.

Les premières réalisations présentées par l’entreprise illustrent cette orientation. Gallery, par exemple, est une plateforme destinée à faciliter la vente et la distribution d’œuvres d’artistes. Doonya Spaces est présenté comme un startup studio panafricain consacré à l’émergence et à la croissance de startups répondant à des enjeux économiques, sociaux et technologiques du continent. Dékouway, enfin, s’inscrit dans une logique d’expérience numérique et commerciale simplifiée.

Il serait prématuré de mesurer le modèle uniquement à l’aune de chiffres d’impact que Doonya Labs ne publie pas encore de manière exhaustive. Mais plusieurs éléments sont déjà observables : une présence opérationnelle sur plusieurs territoires, des collaborations avec des acteurs universitaires, des capacités technologiques internalisées et un modèle conçu dès l’origine pour accompagner le passage de l’idée à la croissance.

C’est peut-être là que réside l’intérêt stratégique de Doonya Labs. Sur un continent où les discours sur l’innovation abondent, l’enjeu est désormais de construire les infrastructures humaines, technologiques et entrepreneuriales permettant aux idées de devenir des entreprises.

Amadou Sondé et son équipe font le pari que le prochain chapitre de l’innovation africaine ne se jouera pas uniquement dans la capacité à inventer, mais dans celle à structurer, exécuter et changer d’échelle. En reliant Paris, les Antilles et l’Afrique de l’Ouest, Doonya Labs cherche ainsi à transformer la relation entre diaspora, technologie et entrepreneuriat : non plus seulement transmettre des ressources, mais construire ensemble des entreprises capables de durer.


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