CIVIKA : quand la diaspora transforme le débat citoyen en laboratoire d’actions

Heure de publication 13:30 - Temps de lecture : 3 min 11 s

Axel Vidjannagni, président de CIVIKA, porte une vision d’un engagement citoyen fondé sur le dialogue, la mobilisation des compétences et la transformation des idées en actions concrètes au service du Bénin et de l’Afrique. – © Axel Vidjannagni.

Texte par : Thalf Sall

À Paris, une association citoyenne expérimente une autre manière de faire vivre le lien entre le Bénin et sa diaspora. Avec ses Meet-up, ses contenus éditoriaux et ses projets en construction, CIVIKA veut passer du simple échange d’idées à une citoyenneté capable de produire des initiatives concrètes. Une démarche qui place les compétences, le débat contradictoire et la coopération au cœur du développement.

Depuis décembre 2025, CIVIKA construit progressivement un espace où l’on vient moins écouter une conférence que confronter des expériences, poser des questions et chercher ensemble des pistes d’action. L’association, qui se déploie entre la France et le Bénin, réunit jeunes, professionnels, entrepreneurs, chercheurs, acteurs associatifs et membres de la diaspora autour de sujets qui touchent directement à l’avenir du pays.

Le pari est simple, mais exigeant : mieux comprendre avant de vouloir agir. Les Meet-up suivent ainsi une progression revendiquée par l’association : comprendre, débattre, questionner, puis agir. Cette méthode rompt avec le modèle de la rencontre descendante où quelques intervenants parlent et où le public reste spectateur. Chez CIVIKA, la discussion doit devenir une matière première pour faire émerger des propositions, des collaborations et, à terme, des projets.

Les premières rencontres ont porté sur des sujets aussi différents que les priorités de gouvernance, les valeurs et les modèles transmis aux nouvelles générations, l’héritage démocratique béninois ou encore le rôle du citoyen dans la construction nationale. Lors du quatrième Meet-up, organisé à Paris dans le contexte de l’ouverture de la campagne électorale béninoise, CIVIKA avait choisi de confronter les projets et les visions plutôt que de se limiter à un discours partisan.

Cette exigence de dialogue constitue l’un des ressorts de la démarche : faire du désaccord non pas un obstacle, mais un outil de compréhension.

 

La diaspora comme réservoir de compétences


CIVIKA entend surtout déplacer le regard porté sur la diaspora. Celle-ci n’est pas envisagée uniquement comme une communauté éloignée du pays ou comme une source de transferts financiers. Elle est considérée comme un réservoir de compétences, d’expériences, de réseaux et de capacités professionnelles susceptibles d’être mobilisés au service du développement.

Cette approche prend une dimension particulièrement concrète avec le septième Meet-up, prévu le 25 septembre 2026 à Paris, autour du thème « Nos métiers au service du développement durable du Bénin et de l’Afrique ». Juristes, ingénieurs, professionnels de santé, développeurs, entrepreneurs, chercheurs, enseignants, financiers, communicants, agents publics ou étudiants sont invités à réfléchir à une question très opérationnelle : que peut apporter mon métier au développement durable ?

Le dispositif prévu entend faire passer cette réflexion de l’abstraction à l’exercice pratique. Une « Carte d’identité d’impact » doit permettre à chacun d’identifier son métier, sa contribution potentielle et les enjeux de développement durable liés à son secteur. Des ateliers par domaines professionnels doivent ensuite faire ressortir complémentarités, points de convergence et pistes d’action, avant une restitution collective.

Le choix est intéressant parce qu’il ne prétend pas transformer chaque participant en spécialiste du développement durable. Il cherche plutôt à montrer que les Objectifs de développement durable peuvent être abordés à partir des responsabilités professionnelles quotidiennes. CIVIKA rappelle ainsi une évidence souvent oubliée : le développement durable ne relève pas exclusivement des États ou des grandes institutions ; il dépend aussi de décisions prises dans les entreprises, les administrations, les associations et les communautés professionnelles.

 

Transformer les rencontres en projets mesurables

 

Le véritable test de cette démarche se situe cependant au-delà des échanges. Une association citoyenne ne produit pas nécessairement un impact simplement parce qu’elle organise des débats. CIVIKA semble en avoir conscience et cherche désormais à franchir cette étape : transformer les idées produites collectivement en projets suivis, financés et évaluables.

Son ambition à moyen terme prévoit notamment le développement d’un podcast citoyen, d’un espace éditorial consacré aux politiques publiques et aux enjeux de société, ainsi que de projets tels que « Mes droits et moi », un hackathon citoyen ou encore une course citoyenne. L’association souhaite aussi déployer progressivement ses Meet-up au Bénin, avec une première étape envisagée dans plusieurs villes, notamment Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Ouidah et Parakou.

Cette volonté de passer de la conversation à l’expérimentation constitue le principal enjeu de CIVIKA. Le modèle repose sur une chaîne relativement claire : partir d’un besoin ou d’une question, réunir les personnes concernées, confronter les points de vue, produire des idées, identifier des partenaires et rechercher les moyens de tester les solutions.

Le podcast « Dans la peau d’un dirigeant » illustre déjà cette volonté de documenter l’expérience plutôt que de se limiter aux discours. Quatre épisodes ont été tournés au Bénin, avec un travail éditorial préparatoire associant notamment de jeunes membres de la diaspora. L’objectif est de revenir sur les décisions, les difficultés, les arbitrages et les enseignements tirés de l’exercice des responsabilités.

La démarche reste en construction. Son défi sera désormais de démontrer, au-delà du nombre de participants ou de rencontres organisées, combien d’idées deviennent effectivement des initiatives, quels partenariats sont noués, quels projets sont testés et quels résultats peuvent être observés.

C’est précisément là que CIVIKA peut trouver sa singularité. En rapprochant débat citoyen, expertise professionnelle et capacité d’action, l’association tente de construire un pont différent entre la France, le Bénin et sa diaspora. Un pont fait moins de nostalgie que de compétences, moins de discours que d’expérimentation.

À terme, la réussite du modèle se mesurera donc à une question simple : après avoir compris, débattu et questionné, qu’aurons-nous réellement réussi à faire ? C’est dans cette réponse, et dans la capacité à la documenter, que pourra se vérifier la promesse de CIVIKA : faire de l’engagement citoyen non seulement un espace de parole, mais un point de départ vers l’action.

Temps forts - Découvrez en images les moments marquants de la deuxième rencontre citoyenne


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