Journalisme de solutions : Léonce Houngbadji appelle à une révolution des récits sur l’Afrique

Heure de publication 18:55 - Temps de lecture : 4 min 56 s

Pour Léonce Houngbadji, le journalisme de solutions constitue un levier stratégique pour rendre visibles les innovations africaines et accélérer leur impact sur le développement du continent. – © Notre Voix.

Masterclass transcrite par Thalf Sall

À l’occasion d’une masterclass organisée le 15 juillet 2026 dans le cadre de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), prévue les 23 et 24 octobre prochains à Paris, le journaliste Léonce Houngbadji a lancé un appel fort à repenser la manière de raconter l’Afrique. Devant des participants connectés depuis plusieurs pays, il a démontré que le journalisme de solutions constitue aujourd’hui une réponse crédible à la fatigue informationnelle, à la défiance croissante envers les médias et à la sous-médiatisation des innovations africaines. À travers une méthodologie rigoureuse, de nombreux exemples inspirants et une vision ambitieuse du rôle des médias dans le développement, le président fondateur de la SAS a invité journalistes, communicants, créateurs de contenu, entrepreneurs, innovateurs, chercheurs, universitaires, étudiants, décideurs et acteurs du changement à faire émerger une autre narration du continent : celle des femmes et des hommes qui refusent la fatalité, inventent des réponses concrètes aux défis de leur temps et contribuent chaque jour à transformer l’Afrique. Ce plaidoyer vibrant a rappelé une conviction essentielle : l’Afrique n’est pas un continent en attente de solutions, mais un continent qui en produit déjà, souvent dans l’ombre, et qui mérite d’être raconté à la hauteur de son génie créatif et de son potentiel de transformation.

Masterclass : Journalisme de solutions – Raconter ce qui fonctionne pour inspirer le changement et révéler une autre Afrique

 

Intervenant : Léonce Houngbadji

Journaliste – Directeur de publication du média Notre Voix – Auteur – Communicant – Président de la Semaine l'Afrique des Solutions (SAS)

 

Mesdames et Messieurs,

Chers participants,

Bonjour à toutes et à tous, où que vous nous suiviez à travers le monde, et merci de votre présence.

 

C'est un réel plaisir pour moi de vous retrouver aujourd'hui pour cette masterclass consacrée au journalisme de solutions, une approche éditoriale qui transforme progressivement la manière de produire et de consommer l'information dans le monde.

Je tiens tout d'abord à remercier chaleureusement les organisateurs de ce webinaire pour leur confiance, ainsi que l'ensemble des participants. Avec 180 inscrits, votre mobilisation démontre que les questions liées aux médias, à l'information et aux récits sur l'Afrique suscitent un intérêt croissant.

Le temps qui nous est imparti étant limité, je vous propose d'aller directement à l'essentiel.
 

Pourquoi parler aujourd'hui de journalisme de solutions ?


Depuis plusieurs décennies, une grande partie des informations produites sur l'Afrique est dominée par les crises, les conflits, les coups d'État, la pauvreté, les catastrophes naturelles ou encore les défaillances institutionnelles.

Ces réalités existent. Elles méritent d'être documentées et analysées avec rigueur.

Mais une question fondamentale mérite d'être posée : Cette représentation permet-elle de comprendre toute la réalité du continent africain ?

Pendant que l'actualité met l'accent sur les difficultés, des Africains innovent, entreprennent, créent des entreprises, inventent des technologies, améliorent l'accès à la santé, à l'éducation, à l'eau, à l'énergie et construisent chaque jour des solutions aux défis de leurs communautés.

Chaque jour, dans nos villes, nos campagnes et au sein de la diaspora, des solutions innovantes émergent, portées par des femmes et des hommes qui refusent la fatalité et agissent pour transformer leur réalité :

  1. Majik Water (Kenya) : production d'eau potable à partir de l'humidité de l'air.
  2. Zipline (Rwanda et Ghana) : livraison de produits médicaux par drones.
  3. M-Pesa (Kenya) : révolution du paiement mobile.
  4. Andela (Nigeria) : formation de talents numériques.
  5. Solektra (Sénégal) : électrification rurale par énergie solaire.
  6. WatAIR (Bénin) : production d'eau à partir de l'air atmosphérique.
  7. Epitech Africa Innovation Hub : formation aux métiers du numérique.
  8. Ayomi (Burkina Faso) : accompagnement entrepreneurial.
  9. Wakatoon (Bénin) : éducation numérique des enfants.
  10. Mavis Computel (Nigeria) : intelligence artificielle pour les langues africaines.
  11. OSIA Technologies (Cameroun) : orientation scolaire assistée par IA.
  12. Labtani (Guinée) : digitalisation des soins de santé.
  13. Terra Biga (Burkina Faso) : finance communautaire numérique.
  14. Sticitt Pay (Afrique du Sud) : inclusion financière dans l'éducation.
  15. HISTORIAR (Bénin) : valorisation du patrimoine grâce à la réalité virtuelle.
  16. iYara (Bénin) : plateforme e-santé
  17. Tulip Industries Ltd (Guinée) : mallettes médicales, bornes de télémédecines, mallettes et drones agricoles
  18. Open G (Côte d’Ivoire) : téléphone intelligent accessible en plusieurs langues
  19. Poubob (RDC) : poubelle écologique
  20. AstroSen (Sénégal) : plateforme spatiale éducative qui démocratise l’apprentissage de l’astronomie et des sciences spatiales grâce au numérique, à l’intelligence artificielle et aux expériences immersives.
  21. Tekkofi (Sénégal) : plateforme qui transforme la voix en levier d'inclusion numérique et ouvre de nouvelles perspectives pour des milliers d'utilisateurs.
  22. MEPS (Tunise) : une innovation qui donne une seconde vie aux biodéchets
  23. Diabong Corp (Sénégal) : transforme l’ingénierie locale en levier de souveraineté industrielle
  24. Dua Neko (Togo) : plateforme numérique dédiée à la gestion intelligente des déchets plastiques
  25. Irokko (Guinée) : plateforme numérique qui combine technologie, reboisement et engagement citoyen.

26.  Djamo (Côte d’Ivoire) : fintech qui ouvre les portes de la finance à l’Afrique francophone, etc.

 

Derrière chacune de ces initiatives se trouvent des femmes et des hommes qui refusent la fatalité et construisent des réponses concrètes aux défis du continent.

Pourtant, ces initiatives restent souvent peu visibles.

C'est précisément pour répondre à ce déséquilibre informationnel qu'est né le journalisme de solutions, pour restaurer la confiance dans l’information et entre les citoyens et les médias.


Qu'est-ce que le journalisme de solutions ?


Le journalisme de solutions est une approche journalistique qui consiste à enquêter de manière rigoureuse sur les réponses apportées à des problèmes sociaux, économiques ou environnementaux.

Contrairement à certaines idées reçues, il ne s'agit ni de communication, ni de relations publiques, ni de plaidoyer, ni de journalisme positif.

La communication cherche à promouvoir.

Le plaidoyer cherche à convaincre.

Le journalisme positif cherche à mettre en avant des bonnes nouvelles.

Le journalisme de solutions, lui, cherche avant tout à comprendre.

Il pose des questions simples mais essentielles :

  • Qui agit ?
  • Comment ?
  • Avec quels résultats ?
  • Quelles sont les preuves ?
  • Quelles sont les limites ?
  • Quels enseignements peut-on tirer ?
  • Cette solution est-elle reproductible ailleurs ?

Autrement dit, il ne s'agit pas d'ignorer les problèmes.

Il s'agit d'enquêter sur les réponses qui tentent de les résoudre.


Pourquoi cette approche est-elle devenue indispensable ?


Nous vivons dans un contexte marqué par trois phénomènes majeurs.

Le premier est la fatigue informationnelle.

Une partie du public est saturée par des flux continus de mauvaises nouvelles.

Le deuxième est la perte de confiance envers les médias.

De nombreux citoyens ont aujourd’hui le sentiment que l’information se limite trop souvent à décrire les problèmes, sans éclairer les réponses possibles ni les initiatives qui permettent de les surmonter. Cette approche alimente parfois un sentiment d’impuissance et de découragement face aux défis auxquels nos sociétés sont confrontées.

Par ailleurs, la désinformation, la manipulation de l’opinion, la diffusion de fausses informations et certaines formes de propagande ne sont plus perçues comme l’apanage exclusif des réseaux sociaux. Pour une partie croissante du public, ces dérives touchent également certains médias traditionnels, en Afrique comme ailleurs dans le monde. Cette crise de confiance constitue aujourd’hui un défi mondial majeur pour l’information, le débat public et la vitalité démocratique.

Le troisième est le besoin croissant de récits capables d'éclairer l'action.

Les citoyens, les décideurs, les entrepreneurs, les associations et les investisseurs cherchent à comprendre ce qui fonctionne réellement.

Le journalisme de solutions répond à ces trois enjeux.

Il informe.

Il inspire.

Il éclaire la prise de décision.


Les cinq piliers du journalisme de solutions


Pour être crédible, un reportage de solutions doit respecter cinq principes fondamentaux :

1. La rigueur

Les informations doivent être vérifiées selon les standards classiques du journalisme.

2. Les preuves d'impact

Les résultats doivent être démontrés par des données, des études ou des témoignages vérifiables.

3. Les limites

Aucune solution n'est parfaite. Les difficultés et les faiblesses doivent être présentées.

4. Les enseignements

Le reportage doit expliquer ce qui peut être appris de l'expérience observée.

5. La reproductibilité

La solution doit pouvoir inspirer d'autres acteurs confrontés à des défis similaires.

En résumé, dans notre jargon, le journalisme de solutions s’articule autour de cinq éléments clés : le problème, ses causes, les solutions apportées, leur impact mesurable et un regard critique permettant d’en évaluer les forces, les limites et le potentiel de réplicabilité.


Comment identifier une véritable solution ?


Une véritable solution répond à plusieurs critères.

Elle s'attaque à un problème clairement identifié.

Elle produit des résultats mesurables.

Elle dispose d'éléments de preuve.

Elle peut être évaluée dans le temps.

Elle fournit des enseignements utiles à d'autres territoires.

Pour documenter une solution, le journaliste doit analyser :

  • son impact réel ;
  • son coût ;
  • sa durabilité ;
  • son modèle économique ;
  • ses limites ;
  • ses conditions de réplication.


Comment mesurer l'impact d'une solution ?


L'impact ne se mesure pas uniquement par les intentions.

Il se mesure par les résultats.

Parmi les indicateurs que nous pouvons utiliser :

  • le nombre de bénéficiaires ;
  • les emplois créés ;
  • les revenus générés ;
  • l'amélioration de la qualité de vie ;
  • les gains environnementaux ;
  • les économies réalisées ;
  • la pérennité du modèle ;
  • la capacité de réplication à grande échelle.

Le journalisme de solutions repose donc sur les faits et non sur les promesses.

Prenons l'exemple de Poubob, développé par l'entrepreneur congolais Bobo Benza Bob en RDC, je crois qu’il est aussi connecté.

  • Problème : les déchets plastiques envahissent les rues de Kinshasa et polluent l'environnement.
  • Causes : insuffisance du recyclage, mauvaise gestion des déchets et manque d'infrastructures adaptées.
  • Solution : Bobo Benza Bob collecte les déchets plastiques et les transforme en poubelles écologiques "Poubob" et en briques autobloquantes, dans une logique d'économie circulaire.
  • Impact : moins de déchets dans l'espace public, création de produits utiles, création d’emploi et sensibilisation des populations à la protection de l'environnement.
  • Regard critique : le journaliste doit aussi se demander si cette solution est économiquement viable, si elle peut être déployée à grande échelle et quelles conditions sont nécessaires pour la reproduire dans d'autres villes. C'est cette analyse qui distingue le journalisme de solutions d'un simple reportage positif.

Voilà donc la méthode : Problème → Causes → Solution → Impact → Regard critique. C'est ce que nous recherchons dans chaque reportage de journalisme de solutions.

 

Pourquoi cette approche est-elle stratégique pour l'Afrique ?


Parce que l'Afrique est aujourd'hui l'un des plus grands laboratoires d'innovation du monde.

Quand une solution n'est pas racontée, elle reste invisible.

Quand elle reste invisible, elle attire moins de partenaires.

Quand elle attire moins de partenaires, elle peine à changer d'échelle.

Le journalisme de solutions devient alors un accélérateur de développement.

Il connecte les innovateurs aux investisseurs.

Il rapproche les citoyens des décideurs.

Il facilite la circulation des bonnes pratiques.

 

Notre Voix : un média pionnier du changement des récits


C'est cette conviction qui a conduit à la transformation du média Notre Voix.

Créé en octobre 2002 et devenu plus tard un média international 100 % dédié au journalisme de solutions, Notre Voix s'est donné une mission claire : 
Montrer l'Afrique qui agit, innove, crée et transforme.

Aujourd'hui, Notre Voix représente :

  • plus de 290 000 visiteurs par jour ;
  • 2 millions de visiteurs par semaine ;
  • des milliers d'articles consacrés aux solutions africaines ;
  • une communauté internationale engagée autour du changement des récits.

Nous avons choisi de raconter une Afrique complète.

Une Afrique qui connaît des défis, mais qui produit également des réponses.


Des résultats concrets


À travers la Semaine l'Afrique des Solutions, nous avons développé un véritable écosystème de promotion du journalisme de solutions.

Chaque année, 50 journalistes et professionnels sont formés à cette approche.

À ce jour :

  • plus de 200 journalistes et professionnels ont été formés ;
  • quatre promotions ont été accompagnées ;
  • des centaines de reportages de solutions ont été réalisés dans plusieurs pays africains.

Nous avons également publié cinq ouvrages consacrés aux solutions africaines.

Deux nouveaux livres seront lancés lors de la SAS 2026.

 

Des projets structurants pour l'avenir


Notre ambition va au-delà de la production d'informations.

Nous construisons des institutions durables avec une vingtaine de projets structurants :

L'École Panafricaine de Journalisme de Solutions

Première école dédiée à cette spécialité.

Objectif : former une nouvelle génération de journalistes capables de produire une information utile et à impact.

Le Musée Numérique des Solutions Africaines

Une plateforme destinée à préserver et valoriser les innovations africaines qui transforment le continent.

La Bande Dessinée des Solutions Africaines

Une initiative destinée à transmettre aux jeunes générations les récits inspirants des bâtisseurs africains.
Le Groupe de Presse International 100 % Solutions

Un écosystème médiatique innovant composé d’une télévision, d’une radio, d’un journal, d’un site d’information et d’une agence de presse, entièrement consacrés au journalisme de solutions. Sa mission est de changer les récits sur l’Afrique en mettant en lumière les initiatives concrètes, les innovations à impact, les réussites inspirantes et les femmes et les hommes qui construisent chaque jour le continent de demain. Parce qu’au-delà des défis, l’Afrique mérite aussi d’être racontée par ses solutions.

 

Le rôle stratégique des médias africains


Les médias ne doivent pas seulement être les témoins des crises.

Ils peuvent devenir des accélérateurs de solutions.

Ils peuvent créer des ponts entre :

  • les citoyens ;
  • les entrepreneurs ;
  • les chercheurs ;
  • les universités ;
  • les investisseurs ;
  • les décideurs publics.

Ils peuvent favoriser la diffusion des bonnes pratiques et accélérer leur réplication.

 

Une opportunité pour les journalistes et les étudiants


Le journalisme de solutions représente également une formidable opportunité professionnelle.

Les médias recherchent de plus en plus des contenus utiles, crédibles et constructifs.

Les journalistes capables de documenter rigoureusement les innovations disposeront demain d'une expertise particulièrement recherchée.

C'est pourquoi nous invitons les étudiants, les professionnels des médias et les acteurs du changement à s'engager dans cette démarche.

 

Conclusion


L'Afrique n'est pas un continent en attente de solutions.

L'Afrique est un continent de solutions.

Chaque jour, des femmes et des hommes innovent, créent, entreprennent et transforment leur environnement.

Notre responsabilité collective est désormais de rendre ces initiatives visibles, de les documenter avec rigueur, de les connecter aux bonnes ressources et de leur permettre de changer d'échelle.

C'est la mission que nous poursuivons à travers Notre Voix, la Semaine l'Afrique des Solutions, l'École Panafricaine de Journalisme de Solutions, le Musée Numérique des Solutions Africaines et l'ensemble de nos projets.

Parce que raconter ce qui fonctionne n'est pas un luxe.

C'est une nécessité.

Car ce que nous choisissons de raconter influence ce que nous choisissons de croire.

Et ce que nous choisissons de croire influence ce que nous choisissons de construire.

Je vous remercie pour votre attention.


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Catégories

video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon