Créateurs, innovateurs, solutionneurs : ceux qui transforment l’Afrique
Heure de publication 11:30 - Temps de lecture : 3 min 42 s
De l’idée à l’impact : créateurs, innovateurs et solutionneurs africains transforment les défis du continent en réponses concrètes et ouvrent la voie à une nouvelle génération de solutions. – © IG.
Texte par : Thalf Sall
Ils créent des entreprises, inventent de nouveaux usages, réorganisent des services, expérimentent des modèles et s’attaquent à des difficultés longtemps considérées comme insolubles. Mais faut-il pour autant les appeler créateurs, innovateurs ou solutionneurs ? Derrière ces mots se cachent des démarches différentes, parfois complémentaires. À l’approche de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), les 23 et 24 octobre 2026 à Paris, cette distinction permet de mieux comprendre une génération d’Africains qui ne se contente plus de décrire les défis du continent : elle cherche des réponses, les éprouve sur le terrain et travaille à leur diffusion.
Toute transformation commence quelque part : une intuition, une observation, une frustration ou la conviction qu’une autre voie est possible. Le créateur donne une forme concrète à cette idée. Il lance une entreprise, conçoit un outil, développe un service, imagine un projet culturel ou construit un nouveau modèle.
iYara peut illustrer cette première dynamique. Née de la volonté de faciliter l’accès aux soins grâce aux outils numériques, l’initiative transforme une intention en dispositif concret destiné à rapprocher les professionnels de santé des populations. La création marque alors le passage de l’idée à l’action : quelque chose existe désormais, peut être utilisé, testé et amélioré.
Mais créer ne suffit pas à prouver l’efficacité d’une réponse. Une réalisation peut être originale, séduisante ou techniquement ambitieuse sans résoudre durablement un problème collectif. La création constitue donc un commencement, pas nécessairement un aboutissement.
C’est ici que l’innovation entre en scène.
Innover : transformer l’existant pour mieux répondre aux réalités
L’innovateur ne part pas obligatoirement d’une page blanche. Il observe un usage, une technologie, un processus ou un modèle économique et cherche à le rendre plus pertinent, plus accessible, plus efficace ou mieux adapté à son environnement.
L’expérience d’Okapi, portée par l’ingénieur congolais Jean Mongu Bele, permet de saisir cette différence. En développant des smartphones et des ordinateurs pensés pour certaines contraintes du marché africain, l’initiative ne consiste pas simplement à reproduire des équipements existants. Elle cherche à adapter l’offre aux réalités locales, notamment en matière d’accessibilité et de robustesse. L’innovation devient alors un exercice d’adaptation : partir de ce qui existe pour le repenser à partir du terrain.
Cette démarche ne concerne d’ailleurs pas uniquement la technologie. Une nouvelle technique agricole, un mécanisme financier inédit, une organisation différente des soins ou une méthode originale de transformation alimentaire peuvent également relever de l’innovation.
Terra Biga en fournit une autre illustration en transposant le principe traditionnel de la tontine dans un environnement numérique, afin de faciliter l’épargne et le financement communautaires. L’innovation ne réside donc pas nécessairement dans l’invention d’un concept entièrement nouveau, mais dans sa transformation pour répondre à des usages contemporains.
Cette capacité d’adaptation est particulièrement déterminante dans les économies africaines. Une solution conçue dans un autre contexte peut se révéler inadaptée lorsque les réalités diffèrent : connectivité intermittente, infrastructures limitées, pouvoir d’achat contraint, éloignement géographique ou poids important de l’économie informelle.
L’innovateur ne cherche donc pas seulement la nouveauté. Il recherche la pertinence.
Mais une innovation, aussi prometteuse soit-elle, ne devient pas automatiquement une solution. Il faut encore démontrer qu’elle répond à un besoin réel, qu’elle produit des résultats et qu’elle peut durer.
Solutionneur : quand l’idée doit affronter le réel
C’est là que se dessine la figure du solutionneur.
Le terme ne renvoie ni à un diplôme, ni à une profession, ni à un statut juridique. Il désigne une démarche. Le solutionneur part d’un problème clairement identifié, en recherche les causes, conçoit une réponse, la confronte au terrain, mesure ses effets et cherche à l’améliorer.
Son interrogation change de nature. Il ne demande plus seulement : « Que puis-je créer ? » ou « Comment puis-je innover ? » Il cherche à savoir : « Quel problème voulons-nous résoudre ? Pour qui ? Avec quelle méthode ? Quels résultats pouvons-nous démontrer ? Et comment reproduire ce qui fonctionne ? »
Twiga Foods, au Kenya, illustre cette logique. L’entreprise s’est attaquée aux inefficacités de l’approvisionnement alimentaire entre petits producteurs et détaillants urbains. Sa réponse associe technologie, collecte, données, organisation de la demande et logistique. Le numérique n’est pas la finalité : il devient un instrument pour fluidifier une chaîne de distribution fragmentée.
Cette logique se retrouve dans de nombreux domaines : santé avec iYara au Bénin, agriculture, éducation, mobilité, inclusion financière, environnement ou accès aux services essentiels. Le secteur importe moins que la méthode. Ce qui compte, c’est la capacité à passer du diagnostic à une réponse opérationnelle, puis de l’expérimentation à la preuve.
Une idée peut impressionner. Une innovation peut séduire. Une solution doit résister à l’épreuve du réel.
SAS 2026 : raconter les solutions, mais surtout comprendre pourquoi elles fonctionnent
C’est précisément cette exigence qui donne son sens à la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), dont la 4ᵉ édition se tiendra les 23 et 24 octobre 2026 à Paris, autour du thème « Génération solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme ».
La SAS défend une autre manière de raconter le continent. Il ne s’agit ni de nier les crises ni de dresser un inventaire artificiel de réussites. Il s’agit de regarder ce qui fonctionne, de comprendre pourquoi, d’identifier les conditions de réussite et d’interroger la possibilité de reproduire ces expériences ailleurs.
C’est ici que le journalisme de solutions prend toute sa valeur. Il ne consiste pas à transformer un reportage en publicité pour une entreprise ou une initiative. Il consiste à examiner sérieusement une réponse : le problème auquel elle s’attaque, son fonctionnement, ses bénéficiaires, ses résultats, ses limites, son modèle économique et sa capacité éventuelle à changer d’échelle.
À la SAS, quatre questions structurent cette démarche : Quel problème la solution résout-elle ? Comment fonctionne-t-elle ? Quel impact réel produit-elle ? Quelles sont ses possibilités de reproduction et de passage à l’échelle ?
Cette grille permet aussi de comprendre pourquoi les trois notions ne s’excluent pas. Un même acteur peut être créateur, innovateur et solutionneur à différents moments de son parcours. La création fait naître une possibilité. L’innovation la transforme et l’adapte. La démarche de solutionneur cherche ensuite à démontrer son efficacité et à lui donner une portée durable.
C’est cette trajectoire que la SAS 2026 veut mettre en lumière : une Afrique qui ne se définit pas uniquement par l’ampleur de ses défis, mais aussi par la capacité de ses femmes et de ses hommes à construire des réponses.
Le solutionneur n’est pas celui qui prétend détenir une réponse parfaite. C’est celui qui accepte de partir d’un problème réel, de prendre le risque d’expérimenter, de mesurer ce qui fonctionne, de corriger ce qui doit l’être et de partager ce qui peut être reproduit.
Le créateur imagine. L’innovateur transforme. Le solutionneur prouve, améliore et cherche à faire passer la réponse à l’échelle.
C’est cette génération que la SAS 2026 entend révéler : celle qui ne demande pas seulement à l’Afrique d’être regardée autrement, mais qui travaille, concrètement, à la transformer.
