Salon du livre africain de Paris : de la parole à l’action, un débat stratégique pour l’avenir de la jeunesse africaine
Heure de publication 14:00 - Temps de lecture : 3 min 52 s
Texte par : Thalf Sall
Au cœur de la 5ᵉ édition du Salon du livre africain de Paris, une table ronde dense et participative a interrogé, sans détour, l’avenir de la jeunesse africaine. Experts, acteurs engagés et public ont confronté visions, diagnostics et solutions concrètes, dans un échange à haute valeur stratégique porté notamment par les interventions remarquées de Léonce Houngbadji, Jean-Célestin Edjangué, Kadia Sylla Moisson, Marie-Louise Outohouri, Marcellin Kouakou Konan, Mohamed Zoghlami et Roger Mbassa Ndine.
C’est dans le cadre élégant de l’Hôtel de l’Industrie, à quelques pas de l’effervescence du Salon, que s’est tenue, ce samedi 21 mars, une table ronde consacrée à une question centrale : « Quel avenir pour la jeunesse africaine ? ». La rencontre a réuni des intervenants aux parcours complémentaires : Jean-Célestin Edjangué, Kadia Sylla Moisson, Léonce Houngbadji, Marie-Louise Outohouri et Marcellin Kouakou Konan. Ensemble, ils ont posé les bases d’un dialogue exigeant, ancré dans les réalités du continent.
Dès les premières minutes, le ton est donné : il ne s’agit pas d’un débat théorique, mais d’un moment de lucidité collective sur les défis structurels qui conditionnent l’avenir de millions de jeunes Africains.
Prenant la parole, Léonce Houngbadji a livré une analyse directe et structurée. Pour lui, le principal enjeu réside dans la transformation du potentiel en impact concret. « La jeunesse africaine représente plus de 60 % de notre population. Mais si nous ne changeons pas le récit africain dès aujourd’hui, d’autres le feront pour nous », a-t-il affirmé, appelant à une prise de conscience urgente.
Son intervention s’est distinguée par une critique assumée des usages actuels des technologies. Il a notamment pointé une tendance à la surconsommation des réseaux sociaux au détriment de la production : « Nous passons trop de temps à débattre, commenter, organiser des panels… et pas assez à produire des solutions concrètes ».
Un constat renforcé par une comparaison internationale frappante : alors que certains pays forment massivement des ingénieurs, une grande partie de la jeunesse africaine reste éloignée des filières scientifiques, techniques et industrielles. Pour lui, l’urgence est donc double : réorienter les usages et investir dans les infrastructures de production.
Des solutions déjà à l’œuvre, mais encore insuffisamment valorisées
Loin de se limiter à un constat critique, Léonce Houngbadji a tenu à mettre en lumière des exemples concrets de réussite, illustrant le potentiel de la jeunesse africaine. Il a cité plusieurs innovateurs dont les initiatives sont particulièrement remarquables : Mountaga Keita avec ses mallettes médicales, bornes de télémédecine, tablettes et drones agricoles ; Alain Capo-Chichi et ses ordinateurs portables, téléphones intelligents et applications digitales ; Saliou Diallo pour ses solutions environnementales durables, Martial Bacho qui développe des applications pour accélérer l’accès aux soins ; Richard Odjrado avec ses ordinateurs, montres et lunettes connectées ; Lahou et Fatou Keita et leurs enregistreurs de vol et dispositifs technologiques ; Karim Soro et ses ordinateurs portables innovants ; Awa Sagna qui transforme les déchets plastiques en maillots de bain écologiques ; Bob Bobo Benza convertissant les déchets plastiques en poubelles écologiques et briques autobloquantes, ainsi que Youssef El Azouzi, qui révolutionne le traitement de l’insuffisance cardiaque.
Ces parcours démontrent, selon lui, que « lorsque les jeunes disposent d’un cadre, d’outils et de visibilité, ils produisent des solutions à impact mondial ». Mais ces réussites restent encore trop peu visibles et insuffisamment soutenues.
C’est précisément pour combler ce déficit que des initiatives comme la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), qu’il a fondée, jouent un rôle structurant. Plateforme de valorisation, de formation et de mise en relation, la SAS permet à de jeunes porteurs de projets de passer de l’idée à la concrétisation, en accédant à des partenaires, des financements et une reconnaissance internationale.
Des interventions engagées
Les autres intervenants ont enrichi le débat en apportant des perspectives complémentaires. Jean-Célestin Edjangué a insisté sur la nécessité de repenser les politiques publiques en faveur de la jeunesse, en les rendant plus inclusives et orientées vers l’emploi.
De son côté, Kadia Sylla Moisson a insisté sur le rôle central de l’éducation, de la formation et de l’employabilité dans le développement de la jeunesse africaine. Elle a rappelé que « sans compétences adaptées aux besoins du marché, le potentiel reste inexploité », soulignant que la simple créativité ou l’énergie des jeunes ne suffisent pas si elles ne sont pas accompagnées par des parcours de formation ciblés, des programmes pratiques et des expériences professionnalisantes. Selon elle, investir dans des cursus alignés sur les secteurs à forte valeur ajoutée, renforcer l’accès aux outils technologiques et favoriser l’apprentissage par la pratique sont des leviers essentiels pour transformer les talents en solutions concrètes, capables de générer un impact économique et social réel sur le continent.
Marie-Louise Outohouri a quant à elle mis l’accent sur l’autonomisation des jeunes, en particulier des femmes, comme levier essentiel de transformation sociale.
Enfin, Marcellin Kouakou Konan a évoqué le rôle du secteur privé et de l’entrepreneuriat dans la création d’opportunités durables.
Un échange interactif et participatif avec le public
L’un des temps forts de la table ronde a été la session de questions-réponses avec le public, qui a donné lieu à des échanges riches et concrets. Entrepreneurs, décideurs, porteurs de projets et membres de la diaspora ont pris la parole pour interpeller les intervenants sur des problématiques tangibles, allant de l’accès au financement à l’accompagnement des jeunes talents, en passant par la valorisation de leurs initiatives pour inspirer et mobiliser le plus grand nombre.
Parmi les interventions marquantes, Mohamed Zoghlami et Roger Mbassa Ndine ont partagé le bilan de leurs initiatives en faveur de la jeunesse sur le continent, illustrant par des exemples concrets l’impact des politiques et projets locaux.
Ces échanges ont renforcé le caractère participatif de la rencontre, transformant la table ronde en un véritable espace de co-construction et de réflexion collective. Plusieurs prises de parole du public ont également mis en évidence une attente claire : celle d’actions concrètes et mesurables, dépassant les discours pour produire un impact réel sur le terrain.
Vers une nouvelle culture de l’action
En conclusion, Léonce Houngbadji a appelé à un changement de paradigme. « L’avenir de la jeunesse africaine ne se construit pas dans les salles de conférence et sur les réseaux sociaux, mais dans les laboratoires, les usines et les centres d’innovation », a-t-il martelé.
Il a plaidé pour des mesures concrètes : régulation intelligente des réseaux sociaux, investissements massifs dans les infrastructures, développement de formations spécialisées, promotion du journalisme de solutions pour raconter l'Afrique autrement aux jeunes, accompagnement renforcé des projets innovants et leur amplification.
Au-delà des mots, cette table ronde a posé les jalons d’une réflexion stratégique sur le rôle de la jeunesse dans la transformation du continent. Elle a surtout rappelé une évidence : l’Afrique de demain se construit aujourd’hui, par des choix courageux, des investissements ciblés et une mobilisation collective.
À travers ce débat intense et participatif, le Salon du livre africain de Paris 2026 confirme sa vocation : être bien plus qu’un rendez-vous littéraire, un espace de réflexion stratégique et d’engagement pour l’avenir du continent. Une tribune où la jeunesse africaine, loin d’être un simple sujet, s’affirme comme un acteur central du changement.
