Nathalie Brigaud Ngoum, l’entrepreneure qui révolutionne l’alimentation : « nos farines africaines ont leur place dans les cuisines du monde »
Heure de publication 20:10 - Temps de lecture : 4 min 57 s
Nathalie Brigaud Ngoum, cheffe consultante et fondatrice des Envolées Gourmandes Academy, valorise les farines africaines et tropicales et accompagne professionnels et institutions vers une alimentation inclusive, durable et identitaire. – © DR.
Propos recueillis par : Danielle YESSO
Cheffe consultante, auteure primée et entrepreneure culinaire engagée, Nathalie Brigaud Ngoum fait rayonner les produits africains bien au-delà du continent. Installée en France, elle bouscule les codes de la gastronomie en valorisant les farines alternatives et les ressources tropicales, longtemps sous-estimées. Fondatrice des Envolées Gourmandes Academy, première école au monde – en ligne, en présentiel et itinérante – dédiée à la structuration et à la valorisation des produits africains et tropicaux, elle accompagne professionnels et institutions vers une alimentation plus inclusive, durable et identitaire. Rencontre avec une femme qui transforme l’héritage culinaire africain en véritable levier d’innovation, d’éducation et d’impact économique.
Pouvez-vous nous dire d’où vous vient votre amour pour la cuisine ?
Mon amour pour la cuisine est né très tôt, d’abord par gourmandise, puis par curiosité. J’ai grandi dans une famille où la cuisine occupait une place centrale. Ma mère cuisinait énormément, mon père aussi. Mes grands-parents ont également exercé une influence déterminante : une grand-mère tenait un petit restaurant de quartier, un grand-père était pêcheur, d’autres étaient agriculteurs.
L’une de mes grands-mères transformait notamment le manioc en farine. J’ai donc grandi dans un environnement où le produit brut était respecté et valorisé. Chez nous, presque tout poussait : goyaviers, avocatiers, gombo, basilic… Cette proximité avec la terre a façonné mon regard.
Très tôt, j’ai aimé expérimenter, oser des associations parfois jugées surprenantes, mais souvent appréciées. Pour moi, la cuisine a toujours été un espace de liberté, de créativité et d’expression.
Pourquoi avoir choisi principalement les produits africains ?
Tout simplement parce que je suis africaine et que j’ai grandi avec ces produits. J’ai commencé à créer à partir de ce que je connaissais : la patate douce, le manioc, le maïs… C’étaient des ingrédients du quotidien.
Pendant longtemps, les produits et recettes africains ont été sous-estimés, parfois considérés comme peu nobles. Aujourd’hui, les mentalités évoluent. On redécouvre la richesse nutritionnelle de nombreux aliments africains, désormais qualifiés de “superaliments”.
Mais mon travail ne se limite pas à cela. Vivant en France, je collabore aussi avec des produits français et j’accompagne surtout les professionnels à valoriser les ressources locales de leur propre territoire. Mon approche est universelle : partir du local pour créer du sens.
Qu’est-ce qui vous a poussée à créer les Envolées Gourmandes Academy ?
Avant la cuisine, il y a eu l’écriture. J’écris depuis toujours. J’ai tenu un blog pendant plus de dix ans, ce qui m’a permis d’échanger avec des lecteurs du monde entier.
Au fil du temps, j’ai identifié un besoin croissant de formation, notamment autour des farines alternatives et de la cuisine sans allergènes. Les crises récentes – confinement, tensions sur les matières premières – ont accéléré cette prise de conscience.
Les professionnels cherchaient des solutions concrètes. J’ai donc structuré une offre de formation complète, en mobilisant mes compétences en cuisine, marketing, RSE et développement durable. L’objectif : professionnaliser et sécuriser ces pratiques innovantes.
Votre académie est-elle une école au sens classique ?
La notion d’école a évolué. Aujourd’hui, on peut former et certifier sans forcément disposer d’un bâtiment permanent.
Les Envolées Gourmandes Academy fonctionnent principalement en ligne et en format itinérant. Je propose des formations en visioconférence et je me déplace pour accompagner les équipes sur site.
Récemment, j’ai acquis un espace en France qui accueillera des formations en présentiel, un laboratoire de création et des programmes immersifs. C’est une nouvelle étape stratégique dans le développement de l’académie.
Quelles difficultés rencontrez-vous ?
La principale difficulté reste la visibilité. Faire connaître ces formations demande un travail constant : référencement, appels d’offres, intégration de réseaux professionnels.
Il y a aussi un effort de pédagogie permanent. Certains doutent encore de la pertinence ou de l’accessibilité de certaines farines alternatives. Il faut expliquer, démontrer, rassurer.
Mais je reste convaincue du potentiel immense de ces approches, tant sur le plan nutritionnel qu’économique et environnemental.
Quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels et au public ?
L’alimentation n’est pas un simple acte quotidien. Elle est culturelle, sociale, thérapeutique et même géopolitique. Elle raconte qui nous sommes, d’où nous venons et ce que nous voulons transmettre.
Aux professionnels, je veux dire ceci : affirmez votre identité culinaire. Valorisez les ressources locales. Osez innover sans renier vos racines. Une cuisine forte est une cuisine consciente, inclusive, saine et durable.
Au public, je souhaite rappeler que se nourrir, ce n’est pas seulement consommer. C’est choisir un modèle agricole, un modèle économique, un héritage culturel. Nourrir, c’est transmettre, relier et construire l’avenir.
Mon ambition est claire : je veux que l’Afrique nourrisse le monde autrement.
Nos farines africaines, nos produits tropicaux, nos savoir-faire ont toute leur place dans les cuisines du monde. Non pas comme une tendance passagère, mais comme une contribution durable à une alimentation plus diversifiée, plus résiliente et plus équitable.
Parce que valoriser ces ressources, c’est aussi créer de l’impact économique, redonner de la dignité aux filières locales et rééquilibrer les récits culinaires mondiaux.
Note de la rédaction : Dans le cadre de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), qui se tiendra les 23 et 24 octobre 2026 à Paris, Danielle YESSO suit une formation en journalisme de solutions. Cette interview s’inscrit dans son parcours pédagogique et constitue un exercice pratique réalisé dans le cadre des fondamentaux du journalisme.
