Monica Nogueira : quand les vêtements oubliés retrouvent une nouvelle vie
Heure de publication 08:55 - Temps de lecture : 3 min 03 s
Monica Nogueira, artiste et créatrice brésilienne installée à Paris, fait de l’upcycling un outil de création, de transmission et de valorisation des matières existantes. Son approche de la mode circulaire sera présentée lors de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), les 23 et 24 octobre 2026 à Paris. – © Monica Nogueira.
Texte par : Thalf Sall
Face à l’ampleur des déchets textiles, Monica Nogueira défend une autre manière de penser la mode : produire moins de déchets, mais davantage de valeur. Artiste, créatrice et fondatrice de sa propre méthode d’upcycling, la Brésilienne installée à Paris transforme des vêtements et des matières existants en créations originales, tout en plaçant la transmission, l’économie circulaire et la valorisation des savoir-faire au cœur de sa démarche. Son initiative sera présentée les 23 et 24 octobre 2026 à Paris, lors de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), pour mettre en lumière les possibilités de création de valeur et de partenariats entre la France, le Brésil et l’Afrique.
Dans les ateliers de mode, le déchet n’a pas toujours l’apparence d’un déchet. Une veste encore en bon état, une robe devenue trop grande, un stock dormant ou des chutes de tissu peuvent contenir une matière première qui n’attend qu’un nouveau dessin.
C’est sur cette intuition que Monica Nogueira a construit sa démarche. Sa marque se présente aujourd’hui comme une maison de mode « upcyclée et engagée », avec des pièces uniques et une création responsable. Sur son site, la créatrice résume son approche par une formule : « Créer moins, créer mieux, créer juste. » Ses collections ne suivent pas le calendrier classique des saisons et certaines pièces sont fabriquées à partir de stocks dormants de maisons de couture ou de vêtements existants.
Le sujet dépasse toutefois la mode. Chaque année, environ 92 millions de tonnes de déchets textiles sont produites dans le monde, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement. Une partie importante des vêtements dont les pays les plus riches se débarrassent finit dans les pays du Sud, où les capacités de collecte, de tri, de réemploi et de traitement ne suivent pas toujours les volumes reçus.
Un problème industriel devenu un enjeu africain
La difficulté commence en amont. Le modèle dominant repose encore largement sur la production rapide, la consommation et le renouvellement fréquent des collections. Résultat : des ressources, de l’eau, de l’énergie et du travail sont mobilisés pour fabriquer des vêtements dont une partie aura une durée d’usage limitée.
L’Afrique se trouve directement concernée par cette circulation mondiale des textiles. Le marché de Kantamanto, à Accra, constitue à lui seul un exemple révélateur des enjeux liés au commerce des vêtements d’occasion. En 2024 et 2025, le PNUE y a organisé des dialogues avec les acteurs du secteur afin d’identifier les difficultés de la filière, mais aussi les possibilités de développer davantage sa circularité et sa valeur socio-économique.
Le problème n’est donc pas simplement celui du vêtement jeté. Il concerne toute une chaîne : production, consommation, collecte, tri, transport, réemploi et fin de vie.
Face à cette mécanique linéaire, l’upcycling propose de changer de logique : plutôt que de réduire un textile usagé à une matière à éliminer, lui conserver une valeur en le transformant directement en un nouveau produit.
De l’ancien vêtement à la pièce unique
Chez Monica Nogueira, cette transformation commence par la matière. Le client peut apporter une pièce qu’il ne porte plus et participer à sa nouvelle conception. Le travail consiste ensuite à étudier le textile disponible, sa qualité, ses contraintes et son potentiel esthétique.
Le processus repose sur un savoir-faire de création et de transformation : sélectionner, nettoyer, démonter lorsque cela est nécessaire, découper puis reconstruire. La contrainte devient alors une composante du design. Une ancienne veste peut changer de coupe ; une robe peut devenir une nouvelle pièce ; des matières différentes peuvent être assemblées dans une création originale.
Cette approche est visible dans plusieurs pièces proposées par la marque. Une robe-gilet, par exemple, est réalisée à partir de lin premium provenant de stocks dormants de grandes maisons de couture, tandis qu’un modèle de jean est présenté comme fabriqué à partir de denim récupéré.
L’intérêt de la méthode est double : prolonger la durée de vie d’une matière existante tout en évitant de reproduire systématiquement le schéma « produire-consommer-jeter ». La Commission européenne considère elle aussi l’upcycling, le réemploi et la réparation comme des composantes importantes de la transition vers une économie textile plus circulaire.
Transmettre plutôt que simplement produire
L’autre dimension de la démarche est la transmission. Pour qu’une économie circulaire textile puisse changer d’échelle, la transformation ne peut rester limitée à quelques créateurs. Elle doit pouvoir s’appuyer sur des compétences locales : couture, patronage, réparation, transformation, design et valorisation commerciale.
C’est là que la dimension France-Afrique annoncée autour de l’initiative prend son intérêt. La coopération peut permettre de transmettre une méthode, mais aussi de l’adapter aux réalités locales : disponibilité des matières, savoir-faire artisanaux, besoins des marchés, formation des jeunes et structuration de petites activités.
Le principe est reproductible à condition de ne pas copier mécaniquement une collection ou un modèle économique. Ce qui peut être transféré, c’est une méthodologie : identifier les flux textiles disponibles, organiser leur tri, former les personnes à leur transformation, créer des produits adaptés au marché et mesurer ce qui est effectivement détourné de la mise au rebut.
L’enjeu est d’autant plus actuel que les politiques publiques évoluent. Dans l’Union européenne, de nouvelles règles renforcent depuis 2025 la responsabilité des producteurs dans la gestion des textiles et la circularité du secteur. Depuis juillet 2026, les grandes entreprises européennes ne peuvent plus détruire leurs vêtements, accessoires et chaussures invendus.
Faire du déchet une ressource économique
L’initiative portée par Monica Nogueira ne prétend pas, à elle seule, résoudre la crise mondiale du textile. Sa portée se situe ailleurs : démontrer, par la création, qu’une autre relation au vêtement est possible.
La solution consiste à prolonger la vie de ce qui existe déjà, à remettre le savoir-faire humain au centre et à faire de la contrainte environnementale un moteur d’innovation. Elle peut aussi créer des débouchés pour des couturiers, artisans, stylistes et jeunes professionnels capables de travailler sur des matières récupérées.
L’enjeu africain est particulièrement important : il ne s’agit pas seulement de recevoir des vêtements venus d’ailleurs, mais de développer localement davantage de valeur autour des matières qui circulent déjà sur les marchés du continent.
C’est cette articulation entre écologie, création, transmission et activité économique que Monica Nogueira viendra mettre en lumière à la 4è édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), les 23 et 24 octobre 2026 à Paris. Son initiative pose finalement une question simple : que se passerait-il si, avant de considérer un vêtement comme un déchet, nous commencions par regarder tout ce qu’il peut encore devenir ?
