Africa Talent Summit Luxembourg : connecter les compétences africaines aux opportunités

Heure de publication 16:30 - Temps de lecture : 3 min 04 s

Trésor Botembe, fondateur et président de l’Africa Talent Summit Luxembourg (ATSL). À travers cette initiative, il entend rapprocher talents, entreprises, institutions, investisseurs et diasporas afin de mieux connecter les compétences aux besoins des économies africaines et aux opportunités de coopération entre l’Afrique et l’Europe. – © ATSL.

Texte par : Thalf Sall

Et si la prochaine bataille du développement africain se jouait moins dans la disponibilité des ressources que dans la capacité à identifier, former, connecter et mobiliser les compétences ? C’est le pari porté par l’Africa Talent Summit Luxembourg (ATSL), dont la première édition se tiendra les 5 et 6 novembre 2026 au European Convention Center Luxembourg. La plateforme entend réunir pouvoirs publics, entreprises, investisseurs, universités, institutions, diasporas et experts autour d’un sujet longtemps traité séparément : la circulation des compétences et leur transformation en opportunités économiques.

L’enjeu est d’abord démographique. Entre 2025 et 2050, la population en âge de travailler en Afrique subsaharienne devrait augmenter de plus de 620 millions de personnes, selon la Banque mondiale. Cette progression représente à la fois une importante réserve de main-d’œuvre et un besoin considérable de création d’emplois. La même institution souligne que les économies de la région doivent accélérer la création d’emplois tout en améliorant leur qualité, leur stabilité et leurs perspectives de revenus.

À cette transformation démographique s’ajoute celle des économies. Numérique, industrie, énergie, technologies et évolution des chaînes de valeur font apparaître de nouveaux besoins en compétences. L’Organisation internationale du Travail relève notamment un décalage entre l’offre de compétences et les besoins actuels et futurs de plusieurs secteurs économiques africains.

C’est dans ce contexte que l’ATSL entend installer une plateforme de dialogue et de coopération au Luxembourg. Le rendez-vous se tiendra au European Convention Center Luxembourg, les 5 et 6 novembre, avec une programmation annoncée autour des compétences, du capital humain, de l’investissement, de l’innovation, du leadership et du développement durable.

 

Le capital humain comme point de rencontre

 

L’idée défendue par Trésor Botembe consiste à traiter les compétences comme une question transversale. Une entreprise qui cherche un profil spécialisé, une institution qui souhaite renforcer une expertise, un investisseur à la recherche de partenaires ou une administration qui veut attirer certaines compétences sont confrontés à des problématiques différentes, mais qui peuvent se rejoindre autour du capital humain.

L’ATSL prévoit donc de réunir dans un même espace des acteurs qui évoluent habituellement dans des environnements distincts. Gouvernements, institutions internationales, entreprises, investisseurs, universités, fondations, experts et représentants des diasporas doivent participer aux échanges.

La plateforme ne se présente pas comme un événement isolé. Le projet prévoit une organisation permanente destinée à prolonger les échanges au-delà des deux journées du sommet. Son champ d’action couvre notamment le développement des compétences, l’investissement, l’innovation, le leadership et le développement durable.

Cette orientation prend une résonance particulière dans le contexte de l’emploi des jeunes. L’OIT et l’Union africaine ont identifié le décalage entre l’offre de travail et les besoins des économies comme l’un des enjeux structurels du marché du travail africain. Leur stratégie commune pour l’emploi des jeunes insiste notamment sur le développement de compétences adaptées aux transformations sectorielles et sur une meilleure implication des employeurs dans les dispositifs de formation.

 

Une cartographie des compétences de la diaspora

 

L’un des dispositifs annoncés par l’ATSL vise précisément à mieux connaître les compétences disponibles au sein des diasporas africaines en Europe.

L’Africa Talent Observatory doit servir de cadre de référencement et de cartographie des profils. L’objectif est de disposer d’informations permettant de rapprocher les expertises des opportunités professionnelles, entrepreneuriales ou institutionnelles.

Cette démarche répond à une difficulté concrète : les compétences existent, mais leur identification et leur accessibilité ne sont pas toujours organisées à l’échelle des écosystèmes. Un spécialiste installé en Europe peut disposer d’une expertise recherchée par une entreprise ou une institution africaine sans que cette demande et cette compétence ne se rencontrent.

L’ATSL cherche donc à construire un outil de connexion fondé sur la connaissance des profils plutôt que sur la seule logique de réseautage.

Le projet prévoit aussi un système baptisé « Passport », destiné à recueillir des informations sur les parcours, les compétences et les disponibilités. Selon les objectifs annoncés par l’organisation, 500 profils pourraient être référencés au lancement, avec une ambition de 2 000 profils à douze mois.

La plateforme prévoit par ailleurs de faciliter des missions, du mentorat et d’autres formes de mobilisation des compétences. La donnée devient ainsi un moyen de passer de la visibilité des talents à leur identification en fonction de besoins précis.

 

Des rencontres prolongées par la connaissance et les partenariats

 

La particularité du dispositif tient aussi à son prolongement après le sommet. L’ATSL prévoit la production de contenus et de ressources destinés à nourrir les échanges entre décideurs.

Parmi les formats annoncés figurent des notes de politique publique, avec un objectif de quatre à six publications par an. Ces travaux doivent contribuer à documenter les questions liées au capital humain, aux compétences et aux dynamiques économiques entre l’Afrique et l’Europe.

Cette dimension documentaire s’inscrit dans un contexte où les politiques d’emploi et de formation doivent suivre des transformations rapides. L’OIT estime que les systèmes de développement des compétences doivent davantage tenir compte des besoins sectoriels et du fonctionnement réel des marchés du travail. Elle relève également que les transformations technologiques modifient progressivement les métiers et les compétences recherchées.

Le Luxembourg offre, de son côté, un cadre européen particulier pour cette initiative. Situé au cœur de l’Union européenne et fortement connecté aux milieux financiers, institutionnels et internationaux, le pays doit accueillir pendant deux jours des acteurs issus de plusieurs régions et secteurs.


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