Guinée : quand les étudiants deviennent les entrepreneurs de demain

Heure de publication : 12:30 - Temps de lecture : 3 min 44 s

La finale du Concours Universitaire de l’Entrepreneuriat de Guinée a mis en lumière une nouvelle génération d’innovateurs déterminés à transformer les défis du pays en opportunités de développement économique et social. – © DR.

Texte par : Thalf Sall

Dans une salle comble de Conakry, des étudiants présentent leurs projets avec l’assurance de jeunes dirigeants convaincus que l’avenir peut se construire dès les bancs de l’université. Applications numériques, innovations agricoles, solutions environnementales, projets industriels ou sociaux : derrière chaque initiative se dessine une même ambition, celle de contribuer au développement de la Guinée par l’innovation et l’entrepreneuriat. Avec le Concours Universitaire de l’Entrepreneuriat de Guinée (CUEG), une initiative inédite qui met en compétition les universités du pays à travers leurs meilleurs porteurs de projets, l’entrepreneuriat étudiant quitte les amphithéâtres pour devenir un véritable levier de transformation économique et sociale. Une réponse concrète à l’un des défis majeurs du pays : l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.

Ce mardi 12 mai 2026, dans un complexe hôtelier de Conakry, l’atmosphère est électrique. Face à un jury composé d’universitaires, d’experts et d’acteurs du secteur privé, huit équipes finalistes se préparent à défendre leurs projets. Lorsque Diaka Condé prend la parole, le silence s’installe. Étudiante en deuxième année de licence en génie informatique à l’Université Mahatma Gandhi, elle présente avec son équipe une innovation technologique développée après plusieurs mois de recherche et de travail.

Dans la salle, les regards sont attentifs. Chaque minute compte. Chaque argument peut faire la différence. Les candidats ne parlent pas seulement de théorie. Ils évoquent des marchés, des modèles économiques, des besoins sociaux, des opportunités de création d’emplois et des solutions aux problèmes quotidiens rencontrés par les populations.

L’ambiance rappelle davantage celle d’un concours de start-up ou d’un forum d’investissement que celle d’une compétition universitaire classique. Pourtant, c’est bien l’université guinéenne qui est à l’honneur.

Cette scène symbolise une évolution profonde. Longtemps considérée principalement comme un lieu de transmission des savoirs, l’université devient progressivement un espace de création, d’expérimentation et d’innovation. Une transformation particulièrement importante dans un pays où chaque année, des milliers de jeunes diplômés arrivent sur un marché de l’emploi incapable d’absorber tous les talents disponibles.

Pour Mohamed Cissé, commissaire général du concours et initiateur du concept « L’Avenir, c’est Nous », le constat est simple : la Guinée regorge de jeunes innovateurs dont les idées restent souvent invisibles faute d’accompagnement, de financement et d’opportunités de valorisation. Le Concours Universitaire de l’Entrepreneuriat de Guinée est né de cette volonté de révéler ces talents et de leur offrir une plateforme nationale d’expression.

 

Transformer les idées en entreprises : une réponse concrète au défi de l’employabilité

 

La Guinée figure parmi les pays les plus jeunes d’Afrique. Cette jeunesse constitue une richesse considérable, mais elle représente également un défi majeur pour les pouvoirs publics. Chaque année, des milliers de diplômés cherchent à s’insérer professionnellement dans un contexte économique marqué par un déficit d’emplois formels.

Face à cette réalité, le CUEG propose une approche innovante : encourager les étudiants à devenir des créateurs de solutions plutôt que de simples demandeurs d’emploi.

Le mécanisme est structuré. Les universités participantes sélectionnent leurs meilleurs porteurs de projets. Les candidats sont ensuite évalués selon plusieurs critères rigoureux : innovation, faisabilité technique, viabilité économique, impact social, potentiel de création d’emplois et capacité de mise à l’échelle.

Mais la véritable force du concours réside dans l’accompagnement prévu après la compétition. Contrairement à de nombreuses initiatives qui s’arrêtent à la remise des trophées, le CUEG entend assurer un suivi des projets les plus prometteurs. Les organisateurs ont mis en place un dispositif destiné à orienter les lauréats vers des structures d’accompagnement, des incubateurs, des partenaires techniques et des potentiels investisseurs.

L’objectif est clair : transformer les idées présentées devant le jury en entreprises réelles capables de créer de la valeur économique et sociale.

Cette démarche répond à l’un des principaux obstacles rencontrés par les jeunes entrepreneurs africains : le passage de l’idée au marché. Beaucoup de projets innovants disparaissent faute d’accompagnement adapté ou de financement. En créant un pont entre le monde universitaire et l’écosystème entrepreneurial, le concours tente de combler cette faiblesse structurelle.

Dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur du pays, cette dynamique commence déjà à porter ses fruits. Des cellules d’innovation, des programmes de mentorat et des formations à l’entrepreneuriat émergent progressivement pour aider les étudiants à structurer leurs ambitions.

 

De Conakry à Paris : une ambition nationale qui s’ouvre à l’international

 

À l’issue de cette première édition, l’Université Mahatma Gandhi a remporté le grand prix avec un chèque de dix millions de francs guinéens grâce à son projet « Sécuri-Sens », consacré à l’innovation technologique. Une victoire saluée comme le symbole du potentiel créatif de la jeunesse guinéenne.

Mais au-delà des récompenses, les organisateurs voient plus loin. Les meilleurs projets issus du concours bénéficieront d’une visibilité internationale lors de la quatrième édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), qui se tiendra les 23 et 24 octobre 2026 à Paris. Cet événement international rassemble chaque année des entrepreneurs, investisseurs, chercheurs, institutions, médias et porteurs de solutions venus d’Afrique et du reste du monde pour mettre en lumière les initiatives qui transforment positivement le continent.

Pour les étudiants sélectionnés, cette perspective représente une opportunité exceptionnelle. Elle leur permettra de présenter leurs innovations devant un public international, de nouer des partenariats stratégiques et d’accéder à de nouveaux réseaux de financement et d’accompagnement.

Cette ouverture vers l’international s’inscrit dans la continuité du parcours de Mohamed Cissé. Le promoteur du concours est un habitué de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS). Il avait notamment participé à l’édition 2024 organisée à Rabat, au Maroc, du 17 au 19 octobre. Cette expérience lui avait permis de découvrir des initiatives innovantes portées par des jeunes Africains venus de plusieurs pays du continent et de mesurer l’importance des espaces de valorisation des solutions africaines.

Cette connexion entre le CUEG et la SAS témoigne d’une ambition plus large : inscrire l’innovation universitaire guinéenne dans les grands réseaux africains et internationaux de l’entrepreneuriat.

Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation soutient pleinement cette orientation. Représentant la ministre lors de la finale, Fanta Touré a rappelé que l’agriculture, le numérique, l’énergie, l’intelligence artificielle et la recherche appliquée figurent désormais parmi les priorités stratégiques du pays. Selon elle, la refondation du système d’enseignement supérieur passe nécessairement par la valorisation du capital humain, l’encouragement de l’excellence et le soutien à l’innovation portée par les jeunes.

 

Une initiative prometteuse qui devra réussir l’épreuve du temps

 

Le regard critique reste toutefois indispensable. Comme toute initiative de promotion de l’entrepreneuriat, le CUEG sera jugé sur sa capacité à produire des résultats durables.

Le véritable défi commencera après les cérémonies, les trophées et les applaudissements. Les projets sélectionnés devront bénéficier d’un accompagnement de long terme, d’un accès effectif au financement et d’un environnement favorable à leur développement.

Les organisateurs en sont conscients. C’est pourquoi ils envisagent déjà d’élargir les prochaines éditions à davantage d’universités, notamment dans les régions de l’intérieur du pays, afin d’identifier les talents là où ils se trouvent.

Dans un contexte où l’Afrique cherche à transformer son immense potentiel démographique en moteur de croissance, le Concours Universitaire de l’Entrepreneuriat de Guinée apparaît comme une initiative porteuse d’espoir. En valorisant les talents étudiants, en stimulant l’innovation et en créant des passerelles entre l’université et le monde économique, il apporte une réponse concrète à la question de l’employabilité des jeunes.

Plus qu’un concours, le CUEG esquisse une vision : celle d’une université qui ne forme pas seulement des diplômés, mais aussi des créateurs d’entreprises, des innovateurs et des bâtisseurs d’avenir. Une vision dont la Guinée pourrait bien avoir besoin pour écrire l’un des chapitres les plus prometteurs de son développement.

Revivez en images les moments marquants de la finale du Concours Universitaire de l’Entrepreneuriat de Guinée, où les idées d’aujourd’hui dessinent les entreprises de demain


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