Afrique : le véritable défi n’est pas le manque de ressources, mais la transformation du leadership
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Pour Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigéria, un leadership fondé sur la vision, l’intégrité et le sens du service reste capable de transformer durablement les sociétés africaines. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
Alors que l’Afrique regorge de richesses naturelles, humaines et culturelles, son développement reste contrasté. Pour de nombreux experts et anciens dirigeants, dont Olusegun Obasanjo, le continent souffre moins d’un déficit de ressources que d’un déficit de leadership. Une analyse qui relance un débat essentiel : comment transformer la gouvernance africaine pour libérer pleinement son potentiel ?
L’Afrique est souvent décrite comme un continent d’abondance et de promesses. Pourtant, elle continue de faire face à des défis structurels majeurs : pauvreté persistante, faiblesse des institutions, chômage des jeunes, corruption et instabilité politique dans certains États.
Ce paradoxe alimente une interrogation centrale : pourquoi un continent aussi riche peine-t-il à transformer ses ressources en prospérité durable ? La réponse avancée par plusieurs leaders africains est sans ambiguïté : le véritable frein est la qualité du leadership.
Le déficit de leadership en Afrique ne se limite pas à une question de personnes. Il est systémique. D’abord, la faiblesse des institutions favorise une concentration excessive du pouvoir et limite les mécanismes de contrôle démocratique. Ensuite, la formation des dirigeants reste insuffisamment orientée vers l’éthique, la gestion publique et la vision à long terme.
À cela s’ajoute un facteur déterminant : la difficulté persistante à instaurer des systèmes de succession politique et institutionnelle solides. Comme le souligne l’ancien président du Nigéria, Olusegun Obasanjo, de nombreux États peinent encore à assurer la continuité des politiques publiques au-delà des mandats individuels, fragilisant ainsi la stabilité et l’efficacité de l’action publique.
S’y ajoutent la pression socio-économique, la persistance de la corruption et, dans certains contextes, l’absence d’une véritable culture de redevabilité. Ces dynamiques combinées contribuent à éroder la confiance entre gouvernants et citoyens, tout en affaiblissant la légitimité des institutions.
Dans ce contexte, Olusegun Obasanjo a rappelé avec insistance une conviction devenue centrale dans le débat africain sur la gouvernance : « Le plus grand déficit de l’Afrique n’est pas l’argent, ni la terre, ni l’intellect, mais le vrai leadership ». Une déclaration faite le jeudi 5 mars 2026 à Abeokuta, dans l’État d’Ogun, lors de la cérémonie de remise des diplômes de l’Olusegun Obasanjo Leadership Institute (OOLI), organisée à la Presidential Library.
Les solutions proposées : reconstruire une ingénierie du leadership
Face à ce constat, plusieurs pistes structurantes émergent dans les débats contemporains sur la gouvernance en Afrique, articulées autour d’une idée centrale : reconstruire une véritable ingénierie du leadership, capable de produire des dirigeants intègres, compétents et tournés vers le bien public.
La première priorité consiste à investir de manière soutenue dans la formation de leaders éthiques et qualifiés, capables de conjuguer vision stratégique, sens de l’intérêt général et intégrité personnelle. Dans cette perspective, les instituts de leadership et les programmes spécialisés en gouvernance apparaissent comme des leviers essentiels de transformation, en dotant les futurs décideurs de compétences pratiques et de repères éthiques solides.
La deuxième orientation repose sur le renforcement des institutions publiques. Il s’agit de consolider l’indépendance de la justice, d’améliorer la performance des administrations, de rendre les parlements plus efficaces et de garantir le fonctionnement réel des organes de contrôle. Sans institutions fortes, le leadership individuel reste insuffisant pour produire des transformations durables.
La troisième piste touche à la culture politique elle-même. Elle implique de promouvoir une gouvernance fondée sur la transparence, la participation citoyenne et une véritable culture de la reddition de comptes. Cette évolution suppose un changement profond des pratiques politiques, mais aussi des attentes des citoyens et des standards d’exigence publique.
Enfin, la promotion d’un leadership intergénérationnel apparaît comme un levier stratégique pour assurer la continuité de l’action publique. Elle permettrait de réduire les ruptures systématiques observées à chaque alternance politique et de préserver la cohérence des politiques de développement sur le long terme.
Dans cette dynamique, Olusegun Obasanjo rappelle l’impact décisif d’un leadership bien formé et intègre : « Un leader avec vision, discipline, intégrité, sens du service et incorruptibilité, animé par le courage de servir plutôt que de s’approprier, peut transformer une communauté, sauver une institution et rediriger une nation. J’ai vu ce qu’un leader bien formé peut faire. »
Une approche intégrée et progressive
La transformation du leadership africain nécessite une approche structurée en quatre étapes. Premièrement, diagnostiquer les faiblesses institutionnelles et humaines propres à chaque pays. Deuxièmement, réformer les systèmes éducatifs pour intégrer la gouvernance, l’éthique et le service public dès la formation initiale. Troisièmement, créer des programmes de mentorat entre leaders expérimentés et jeunes décideurs.
Quatrièmement, instaurer des mécanismes d’évaluation des politiques publiques basés sur des résultats concrets et mesurables.
Cette approche doit être progressive, adaptée aux contextes locaux et soutenue par une volonté politique forte.
Une amélioration significative du leadership pourrait avoir des effets transformateurs. Elle permettrait d’abord une meilleure gestion des ressources publiques et une réduction de la corruption. Ensuite, elle renforcerait la stabilité politique et la confiance des investisseurs. Enfin, elle favoriserait l’émergence de politiques publiques centrées sur l’éducation, la santé, l’innovation et l’emploi des jeunes.
À long terme, un leadership renouvelé pourrait repositionner l’Afrique comme un acteur central dans l’économie mondiale, non plus seulement comme un réservoir de ressources, mais comme un espace de solutions et d’innovation.
Le débat sur le leadership en Afrique ne doit pas être perçu comme une critique, mais comme une opportunité de transformation. Comme le rappellent plusieurs voix africaines influentes, dont Olusegun Obasanjo, un seul leader bien formé, intègre et visionnaire peut transformer une nation.
L’enjeu est de transformer durablement la manière de concevoir, former et exercer le leadership en Afrique.
