COFINA et Neemba : financer, équiper et former pour construire des chaînes de valeur africaines
Heure de publication 10:45 - Temps de lecture : 3 min 56 s
Jean-Luc Konan, Président Directeur Général du Groupe COFINA et Chairman de Neemba, figure majeure de l’entrepreneuriat africain, engagé dans la construction de solutions de financement, d’équipements et de compétences au service de la transformation économique du continent. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
En Afrique, l’accès au financement ne constitue qu’un maillon du développement économique. Une PME peut disposer d’un marché sans obtenir le crédit nécessaire pour grandir. Une industrie peut investir dans des équipements sans disposer localement des compétences nécessaires pour les maintenir. À la croisée de ces deux réalités, COFINA et Neemba, deux groupes dirigés par l’entrepreneur et banquier Jean-Luc Konan, développent des réponses différentes mais complémentaires : la mésofinance pour les entreprises, les équipements et leur maintenance pour l’industrie, et la formation technique pour renforcer les capacités locales. Une démarche qui pose une question plus large : comment faire en sorte qu’une part croissante de la valeur créée à partir des ressources et des talents africains reste sur le continent ?
Pour de nombreuses PME africaines, le problème apparaît dans un espace situé entre la microfinance et le système bancaire traditionnel. Les besoins deviennent trop importants pour les dispositifs de microcrédit, tandis que l’entreprise, encore en structuration, ne remplit pas toujours les critères exigés par une banque classique. C’est ce « missing middle » que COFINA cherche à adresser avec son modèle de mésofinance.
Fondé en 2013, le groupe a construit son développement autour d’une idée simple : adapter les solutions financières à la réalité des entrepreneurs plutôt que demander à ces derniers de se conformer à un modèle unique. Crédit, épargne, services financiers et accompagnement sont articulés en fonction des besoins des entreprises.
Le parcours de Jean-Luc Konan explique en partie cette orientation. Avant de créer COFINA, il a exercé plusieurs responsabilités dans le secteur bancaire, notamment au Gabon et au Sénégal. Cette expérience l’a confronté aux limites de l’offre financière classique pour une partie du tissu entrepreneurial africain.
Au 31 décembre 2025, le groupe revendique une présence dans neuf pays africains ainsi qu’en France, un réseau de 96 agences et 400 000 clients. Depuis sa création, il indique avoir contribué au financement de plus de 156 000 projets, en s’adressant notamment aux entrepreneurs, aux PME et aux acteurs du secteur informel. Cette montée en puissance se reflète aussi dans ses principaux indicateurs : 320 milliards de FCFA d’encours de dépôts, 337 milliards de FCFA d’encours de crédits, 1 600 milliards de FCFA de production totale de crédits depuis le démarrage et 570 milliards de FCFA de total bilan. Des chiffres communiqués par le groupe qui donnent une mesure de l’échelle atteinte par son modèle et de sa capacité à mobiliser des ressources au service du financement de l’économie réelle.
Mobiliser des capitaux pour financer l’économie réelle
L’enjeu ne consiste cependant pas seulement à distribuer des crédits. Il faut également disposer de ressources permettant de financer durablement les entreprises.
COFINA a ainsi expérimenté d’autres mécanismes de mobilisation de capitaux. En 2018, sa première opération de titrisation de créances, réalisée à la BRVM, portait initialement sur une émission de 10 milliards de francs CFA. L’opération a finalement permis de mobiliser plus de 16 milliards de francs CFA, soit une sursouscription de 60 %. Selon COFINA, les fonds collectés devaient être réinvestis dans l’économie réelle pour accompagner les PME de la sous-région.
Cette expérience illustre une autre dimension de la mésofinance : rapprocher les besoins de financement des entreprises des capacités de mobilisation de l’épargne et des investisseurs.
Le groupe a parallèlement développé des dispositifs ciblant certains publics. FIN’Elle, créée en 2018 en Côte d’Ivoire, est consacrée aux femmes entrepreneures, avec des produits d’épargne et de crédit ainsi que des programmes de renforcement de capacités. Le groupe indique que cette filiale accompagne aujourd’hui plus de 30 000 clientes.
Mais une entreprise financée ne peut croître durablement sans accès aux équipements, aux infrastructures et aux compétences nécessaires à son activité. C’est à ce niveau que l’activité industrielle de Jean-Luc Konan entre en jeu.
Neemba : quand la machine devient un enjeu économique
En 2022, un consortium dirigé par Jean-Luc Konan a acquis les sociétés liées à la concession Caterpillar en Afrique de l’Ouest francophone, historiquement associées au réseau JA Delmas. L’ensemble a pris le nom de Neemba en 2023 et opère aujourd’hui dans onze pays d’Afrique de l’Ouest.
Neemba ne se limite pas à commercialiser des machines. Le groupe intervient dans les mines, les infrastructures, l’industrie, l’énergie et les carrières, avec des activités de maintenance, de pièces détachées, de diagnostic, de réparation et de suivi des équipements.
L’enjeu est très concret. Dans une mine, sur un chantier ou dans une installation industrielle, l’arrêt d’un équipement essentiel peut interrompre la production et générer des pertes importantes. La disponibilité des pièces, la rapidité des interventions et la qualification des techniciens deviennent donc des facteurs de performance au même titre que le financement initial.
Cette présence régionale, qui couvre notamment le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Togo, Maurice et la France, cherche ainsi à rapprocher les services industriels des marchés où les investissements sont réalisés.
Pour Jean-Luc Konan, cette approche répond à une problématique plus large. « L’Afrique possède les ressources dont le monde a besoin pour sa transition énergétique. Mais saura-t-elle enfin capter la valeur créée par ces ressources ? », interroge-t-il. Selon lui, une mine peut être africaine sans qu’une véritable chaîne de valeur africaine soit construite autour d’elle. Transformation, énergie, infrastructures, équipements, maintenance, sous-traitance et financement doivent donc être pensés ensemble.
Former pour ne pas dépendre uniquement de l’extérieur
Reste un autre maillon : les compétences. Neemba Academy s’inscrit dans cette logique en proposant des parcours associant enseignement théorique, pratique en centre, tutorat sur site et certification par niveaux. L’objectif affiché est de rapprocher la formation des besoins opérationnels des industries. Neemba indique que plus de 750 techniciens suivent actuellement des parcours de formation certifiants au sein du groupe.
Cette dimension est stratégique. Une économie peut attirer des capitaux, construire des infrastructures et importer des équipements tout en restant dépendante de compétences extérieures pour exploiter, réparer ou maintenir ses outils de production. La formation technique cherche précisément à réduire cette dépendance.
La méthode repose sur des programmes directement liés aux métiers, des référentiels de compétences et un maillage régional destiné à rapprocher la formation des sites opérationnels. Sa capacité de reproduction repose sur la possibilité de conserver des standards communs tout en les adaptant aux besoins de chaque marché.
Une même question : comment retenir davantage de valeur ?
COFINA et Neemba évoluent dans des secteurs différents. L’un intervient principalement sur le financement des entrepreneurs et des PME ; l’autre sur les équipements, leur disponibilité et les compétences industrielles. Leur point de convergence se situe pourtant dans une même problématique : créer les conditions permettant aux acteurs économiques africains de produire, investir et grandir sur leurs propres marchés.
Le financement peut permettre à une entreprise d’acquérir un équipement. L’équipement peut accroître sa capacité de production. La maintenance peut préserver cet investissement dans le temps. La formation peut permettre à des techniciens locaux de l’exploiter et de le maintenir. C’est cette chaîne, plutôt qu’une solution isolée, qui détermine en partie la capacité d’une économie à transformer durablement ses ressources en activité et en emplois.
Le passage à l’échelle demeure néanmoins un enjeu central. Une solution économique ne produit un impact durable que si elle atteint suffisamment d’entreprises et de territoires tout en conservant son modèle de viabilité.
C’est autour de cette articulation entre capital, industrie et capital humain que se construit la démarche portée par Jean-Luc Konan. Au-delà du financement ou de la fourniture de machines, elle pose la question de la construction progressive de chaînes de valeur africaines capables de produire, maintenir, transformer et multiplier la richesse sur le continent.
