ALIMA : soigner dans l’urgence, transformer la médecine humanitaire dans la durée
Heure de publication 20:15 - Temps de lecture : 3 min 12 s
ALIMA transforme l’urgence médicale en solutions durables : soins, recherche, formation et partenariats locaux pour renforcer les systèmes de santé en Afrique et répondre aux crises à grande échelle. – © ALIMA.
Texte par : Thalf Sall
Face aux épidémies, aux conflits, à la malnutrition et à l’effondrement des systèmes de santé, ALIMA défend une autre manière de faire de l’humanitaire : intervenir vite sans renoncer au temps long. Née en Afrique en 2009, l’organisation médicale articule soins, recherche, formation et partenariats locaux pour transformer des réponses de terrain en solutions susceptibles d’être adaptées et reproduites à plus grande échelle. Une démarche qui sera au cœur de son rendez-vous annuel, le 4 novembre 2026 à Paris.
À Goma, au Kasaï, au Darfour ou au Soudan du Sud, les crises sanitaires ne se présentent jamais sous une seule forme. Conflits, déplacements forcés, épidémies, malnutrition et fragilité des infrastructures se combinent et compliquent l’accès aux soins. Dans ces contextes, l’urgence consiste à sauver des vies immédiatement, mais le défi est aussi d’éviter que chaque crise ne recommence avec les mêmes faiblesses.
C’est précisément sur cette articulation qu’ALIMA a construit son modèle. Créée en 2009 au Niger, l’ONG humanitaire médicale internationale associe intervention médicale, recherche et partenariats avec les acteurs locaux. Son siège opérationnel est installé à Dakar et 95 % de ses équipes proviennent des pays où elle intervient. Depuis sa création, ALIMA indique avoir soigné plus de 22 millions de personnes dans plus de 15 pays, principalement en Afrique.
Cette organisation n’est donc pas pensée comme une simple force d’intervention extérieure. Elle repose sur une alliance avec les autorités sanitaires, les ONG nationales, les communautés et les instituts de recherche. L’objectif est double : répondre aux besoins immédiats et renforcer les capacités qui permettront, demain, de mieux y répondre localement.
Soigner, mais aussi apprendre du terrain
L’une des particularités d’ALIMA tient à la place accordée à la recherche. En 2025, l’organisation a conduit 11 projets de recherche, portant notamment sur la fièvre de Lassa, la malnutrition et les maladies émergentes. Ces travaux sont conçus à partir de problèmes rencontrés directement dans les programmes médicaux.
La malnutrition illustre cette logique. Au Mali, l’approche OptiMA développée avec des partenaires locaux permet de simplifier la prise en charge et de favoriser le dépistage précoce par les mères elles-mêmes grâce au bracelet PB-Mères. En 2025, cette approche a permis la prise en charge de 14 002 enfants avec le partenaire national AMCP-SP. En République démocratique du Congo, ALIMA combine également dépistage précoce, traitement gratuit et formation des agents de santé locaux.
La même philosophie s’applique aux épidémies. Lors de la réponse à Ebola au Kasaï, ALIMA a travaillé avec les professionnels locaux et les communautés. Soixante-trois soignants locaux ont été formés aux procédures de protection et de prise en charge des patients. Cette transmission des compétences transforme l’intervention d’urgence en investissement dans le système de santé.
Une méthode africaine pensée pour changer d’échelle
L’enjeu n’est pas seulement de trouver une bonne réponse dans un lieu donné, mais de déterminer ce qui peut fonctionner ailleurs, dans d’autres contextes et avec les ressources disponibles. C’est là que la recherche, la formation et les alliances locales deviennent des leviers de reproductibilité.
Le modèle ALIMA repose ainsi sur une logique d’expérimentation, d’évaluation et d’adaptation. Les solutions sont testées au contact des réalités du terrain avant d’être documentées. Certaines deviennent ensuite des références susceptibles d’être déployées avec d’autres partenaires.
Les résultats donnent une idée de l’ampleur de cette stratégie. En 2025, 8,9 millions de personnes ont bénéficié des activités d’ALIMA, à travers 54 projets médicaux dans 14 pays. L’organisation a pris en charge 230 818 enfants malnutris, accompagné 98 181 accouchements et réalisé 73 031 consultations de santé mentale. Cinq réponses épidémiques ont également été conduites, notamment contre la méningite au Nigeria, le Mpox et Ebola en RDC et le choléra au Soudan et au Tchad.
Cette capacité repose aussi sur une réalité africaine assumée : les acteurs locaux ne sont pas considérés comme de simples bénéficiaires ou exécutants, mais comme des partenaires de la conception et de la mise en œuvre des réponses.
De l’Afrique à Paris, raconter ce qui fonctionne
Cette démarche sera mise en lumière à Paris le mercredi 4 novembre 2026 à 19h30, à la Maison des Centraliens, au 8 rue Jean Goujon, dans le cadre du rendez-vous annuel d’ALIMA. Selon la directrice de développement, Alexandra Seidel-Lauer, il réunira ses amis, partenaires et soutiens autour des témoignages de celles et ceux qui font vivre ses actions sur le terrain.
Le rendez-vous intervient dans un contexte financier particulièrement tendu pour l’aide humanitaire. ALIMA souligne notamment la diminution des financements institutionnels et la nécessité de diversifier ses ressources pour continuer à répondre rapidement aux crises, soutenir les talents médicaux africains et financer la recherche et l’innovation. Son dispositif européen s’articule précisément autour de trois priorités : réponse aux urgences, développement des talents humanitaires et recherche-innovation.
En 2025, le budget d’ALIMA s’est élevé à 74,7 millions d’euros, dont 92 % consacrés aux missions sociales.
Au-delà des chiffres, l’expérience d’ALIMA pose une question essentielle pour l’avenir de l’aide humanitaire : comment transformer une intervention temporaire en capacité durable ? Sa réponse se construit depuis l’Afrique, au plus près des patients et des soignants, en associant urgence, connaissance, innovation et transmission. C’est peut-être là que se joue la véritable capacité d’une solution humanitaire à changer d’échelle : lorsqu’elle ne se contente plus de répondre à une crise, mais contribue à rendre les communautés mieux armées pour la suivante.
