Sanhaga Watches : quand le temps devient un trait d’union entre l’Afrique et la France

Heure de publication 20:45 - Temps de lecture : 3 min 54 s

Serge Malinet, président de Sanhaga Watches. À travers cette maison horlogère née à Lyon, l’entrepreneur porte une vision à la croisée de l’Afrique et du savoir-faire français, avec la Sanaga, fleuve emblématique du Cameroun, comme source d’inspiration identitaire. – © DR.

Texte par : Thalf Sall

Et si une montre pouvait raconter autre chose que l’heure ? À Lyon, Sanhaga Watches construit une réponse singulière à cette question en faisant dialoguer héritage africain, savoir-faire horloger français et technologies de fabrication avancées. Née de la rencontre de trois univers, la jeune maison transforme le temps en objet de transmission, d’identité et de création.

Certaines marques naissent d’une étude de marché. Sanhaga Watches revendique une autre origine : une rencontre humaine. Autour d’un dîner, trois hommes aux parcours différents échangent longuement. Serge Malinet, passé par la finance et originaire du Cameroun, Pierre Alanic-Lewi, expert horloger, et Ibrahim Abderamane, associé à la dimension numérique du projet, commencent à imaginer une montre capable de faire dialoguer leurs univers.

L’idée dépasse rapidement la création d’un accessoire. Elle devient celle d’un objet porteur d’une histoire, capable de relier deux espaces culturels sans les opposer. Le nom choisi donne immédiatement la direction. Sanhaga fait référence à la Sanaga, l’un des grands fleuves du Cameroun, auquel Serge Malinet rattache une part de son identité. Le fleuve devient ainsi un point d’ancrage symbolique : celui d’une Afrique enracinée dans son histoire mais tournée vers l’avenir.

À l’autre extrémité de cette géographie intime, Lyon représente le lieu où le projet prend forme. La ville et son environnement horloger deviennent le territoire de conception, de prototypage et de fabrication. Sanhaga ne cherche donc pas à reproduire un savoir-faire africain en France ni à plaquer une esthétique africaine sur une montre française. La marque assume plutôt une construction à deux héritages, avec l’Afrique comme source identitaire et la France comme terre de fabrication.

 

Du symbole à une fabrication de précision

 

Cette ambition se matérialise aujourd’hui avec la Raphaël, première montre signée Sanhaga. Son boîtier de 40 mm est réalisé en titane médical Grade 23 ELI par fabrication additive, une technologie permettant de produire des formes complexes tout en conservant légèreté et résistance. Le processus associe impression 3D, usinage de précision, polissage réalisé à la main et assemblage horloger.

La fabrication revendique un ancrage français particulièrement marqué : Sanhaga indique que 98,5 % de sa production est réalisée en France, avec des étapes réparties notamment entre Lyon, Besançon et Morteau. Le mouvement automatique provient de France Ébauches, tandis que les aiguilles, conçues spécifiquement pour la maison et inspirées de la pointe de sagaie, participent à l’identité visuelle de la pièce.

Autre signature : une tête de lion en or blanc 18 carats gravée sur le flanc du boîtier. Le symbole établit un pont explicite entre les deux territoires : le lion renvoie à l’imaginaire africain et constitue aussi un emblème historique de Lyon. Sur le cadran, trois propositions – doré, vert et rouge – prolongent cette identité.

La démarche s’appuie aussi sur une logique de production limitée. La Raphaël est annoncée en série numérotée de 300 exemplaires par modèle et accompagnée d’un passeport horloger permettant d’identifier et de suivre la pièce.

 

Faire de l’identité africaine une matière de création

 

L’intérêt de Sanhaga réside finalement moins dans le seul objet que dans la manière dont celui-ci tente de déplacer le regard sur l’Afrique. Ici, l’Afrique n’est ni un décor exotique ni un argument ajouté après coup. Elle constitue le point de départ d’une histoire entrepreneuriale et culturelle qui se déploie dans un univers – l’horlogerie haut de gamme – historiquement associé à d’autres territoires.

Le parcours de la marque reste récent. Sanhaga Watches a été constituée à Lyon en 2024, après le dépôt de la marque Sanhaga en 2023. Son développement s’est appuyé sur l’incubateur TECH360 d’ECAM LaSalle, où le projet a bénéficié d’un environnement consacré au prototypage et à l’innovation. Des phases de tests ont ensuite accompagné le développement du premier modèle, notamment sur sa résistance à différents usages et environnements.

Cette trajectoire illustre une conception particulière de l’innovation : partir d’une histoire africaine, mobiliser des compétences françaises et utiliser la technologie pour donner corps à une pièce contemporaine. La réussite du projet se mesurera désormais à sa capacité à franchir les étapes commerciales, à installer durablement sa signature dans l’horlogerie et à faire vivre, au-delà du produit, le récit qui l’a fait naître.

Sanhaga Watches propose ainsi une autre manière de raconter le temps : non plus seulement comme une succession d’heures, mais comme une rencontre entre des territoires, des savoir-faire et des mémoires. De la Sanaga à Lyon, la montre devient le support d’un dialogue. Et dans ce dialogue, l’Afrique n’est pas à la périphérie de l’histoire : elle en constitue l’un des points de départ.


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