Alfred da Silva : une vie au service d’une Afrique qui protège, soigne et construit ses solutions

Heure de publication 08:30 - Temps de lecture : 3 min 06 s

Alfred da Silva, médecin de santé publique et dirigeant engagé, met son expertise au service du renforcement des systèmes de santé africains et de l’émergence de solutions durables pour le continent. – © Alfred da Silva.

Texte par : Thalf Sall

Médecin de santé publique, économiste et dirigeant, Alfred da Silva a consacré plus de trois décennies à la santé mondiale, avec une partie essentielle de son parcours tournée vers l’Afrique. Vaccination, maladies infectieuses, formation des responsables sanitaires, économie de la santé et mobilisation de ressources ont jalonné son engagement. Invité de la Semaine du média Notre Voix et fidèle participant à la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) depuis 2023, il porte une conception exigeante de l’engagement : accompagner les acteurs africains pour qu’ils disposent eux-mêmes des compétences, des outils et des moyens nécessaires pour répondre aux enjeux de santé de leurs populations.

Pour comprendre le parcours d’Alfred da Silva, il faut regarder au-delà de son titre de médecin. Sa trajectoire s’est progressivement construite à la croisée de la santé publique, du management, de l’économie et des politiques sanitaires. Une approche qui l’a conduit à considérer la prévention et la vaccination non comme des actes isolés, mais comme des composantes d’un système dans lequel interviennent également la formation, la logistique, le financement, la gouvernance et l’évaluation.

Cette vision trouve notamment son expression à l’Agence de Médecine Préventive (AMP), organisation à but non lucratif créée en 1972 pour mobiliser des ressources scientifiques, techniques, humaines et financières au service de la lutte contre les maladies infectieuses dans les pays à ressources limitées. Son champ d’intervention couvre notamment l’épidémiologie appliquée, la vaccinologie, les technologies de laboratoire, l’économie de la santé, la logistique sanitaire, la formation et le développement institutionnel.

Alfred da Silva y a exercé d’importantes responsabilités de direction. Il est aujourd’hui secrétaire général exécutif bénévole du Bureau exécutif de l’AMP-Afrique. Cette expérience lui a permis de travailler à l’interface entre expertise scientifique, politiques publiques, gestion et mobilisation de ressources, dans un secteur où la qualité d’une décision sanitaire dépend autant des connaissances disponibles que de la capacité des institutions à les transformer en action.

L’un des exemples les plus significatifs de cette démarche est EPIVAC, programme de formation consacré au renforcement des compétences des responsables africains chargés des programmes de vaccination.

Développé par l’AMP à partir de 2002 avec plusieurs gouvernements africains et des partenaires internationaux, EPIVAC a été déployé dans onze pays francophones d’Afrique. Le programme visait à renforcer les capacités des responsables sanitaires afin d’améliorer la gestion et la performance des programmes de vaccination.

En 2014, l’AMP a reçu le Gates Vaccine Innovation Award pour EPIVAC. Alfred da Silva figurait parmi les professionnels distingués pour leur contribution au programme. La Fondation Bill & Melinda Gates souligne notamment son implication dans le développement d’EPIVAC, la stratégie de formation, le modèle de supervision, les relations avec les partenaires et la mobilisation des ressources financières.

Ce parcours montre surtout une chose : dans la santé publique, une solution ne se mesure pas uniquement à son innovation scientifique. Elle se mesure aussi à la capacité des institutions et des professionnels à la faire vivre dans la durée.

 

Former, financer, décider : la santé comme affaire de capacités

 

Cette conviction traverse les travaux auxquels Alfred da Silva a participé.

La vaccination constitue un bon révélateur des fragilités et des capacités d’un système de santé. Pour qu’une campagne atteigne effectivement les populations, il faut disposer de personnels formés, de chaînes logistiques fonctionnelles, de données fiables, de ressources financières et d’une organisation capable de prendre les bonnes décisions au bon moment.

C’est dans cette perspective que ses travaux ont notamment porté sur les conditions de financement durable des programmes de vaccination en Afrique subsaharienne. À Ouidah, au Bénin, une rencontre consacrée à cette question a réuni des responsables africains des secteurs de la santé et des finances autour d’un enjeu déterminant : comment garantir dans le temps les ressources nécessaires à des politiques de vaccination efficaces ?

D’autres travaux auxquels il a contribué se sont intéressés aux conséquences économiques et sanitaires d’épidémies de maladies infectieuses, notamment au Burkina Faso, ainsi qu’aux moyens de renforcer les capacités nationales de décision dans le domaine de la vaccination.

Cette approche donne à son engagement une dimension qui dépasse la seule expertise médicale. Elle pose une question essentielle pour l’avenir des systèmes de santé africains : comment faire en sorte que les compétences, les données, les ressources et les décisions restent suffisamment ancrées dans les institutions nationales pour produire des effets durables ?

La réponse ne réside évidemment pas dans une formule unique. Elle suppose de former des professionnels, de renforcer les institutions, de mieux articuler les politiques publiques et de construire des partenariats capables de transférer durablement des compétences.

C’est précisément cette culture de la capacité et de la transmission qui donne aujourd’hui une résonance particulière à son engagement auprès de la SAS.

 

Quand l’expertise rencontre les solutions africaines

 

Depuis 2023, Alfred da Silva participe régulièrement à la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), rendez-vous consacré aux initiatives, innovations et acteurs qui apportent des réponses concrètes aux défis du continent. Il y a reçu la Médaille d’Honneur d’Ambassadeur de solutions pour l’Afrique, distinction qui prend un relief particulier au regard de son parcours.

La SAS ne lui offre pas seulement une nouvelle tribune. Elle constitue un espace où son expérience rencontre une génération d’entrepreneurs, de chercheurs, de professionnels de santé, de journalistes et de porteurs de projets qui cherchent, chacun dans leur domaine, à transformer des problèmes en possibilités d’action.

Cette rencontre est cohérente avec son propre itinéraire. Pendant plus de trente ans, Alfred da Silva a travaillé sur des questions dont les réponses exigent précisément ce que la SAS cherche à mettre en lumière : de la compétence, de la coopération, de l’innovation, mais aussi de la persévérance et une compréhension fine des réalités locales.

Son attachement à l’Afrique ne se résume donc ni à une fonction ni à une distinction. Il s’inscrit dans une trajectoire professionnelle au cours de laquelle la santé africaine a occupé une place constante, notamment à travers le renforcement des compétences et des institutions.

À l’heure où la souveraineté sanitaire devient un enjeu majeur pour le continent, cette expérience rappelle que l’indépendance ne se construit pas uniquement à travers la production locale de médicaments, de vaccins ou de technologies. Elle passe aussi par la capacité à disposer de professionnels capables d’analyser les besoins, de piloter des programmes, de mobiliser des ressources, d’évaluer les résultats et de transmettre leur savoir.

C’est cette dimension du parcours d’Alfred da Silva que Notre Voix souhaite aujourd’hui mettre en lumière en le choisissant comme Invité de la Semaine du média. Non pour dresser le catalogue de ses responsabilités, mais pour raconter une trajectoire dont la cohérence apparaît dans le temps : faire de l’expertise un outil au service des populations et du renforcement des capacités.

Son parcours rappelle enfin que les solutions africaines ne naissent pas toutes dans des laboratoires ou des start-ups. Elles peuvent aussi se construire patiemment dans les écoles de santé, les administrations, les programmes de vaccination, les institutions et les réseaux de professionnels.

C’est peut-être là que réside la portée la plus durable de son engagement : avoir contribué, à son échelle, à faire grandir les compétences qui permettent à l’Afrique de mieux penser, décider et agir pour sa propre santé.


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