FESTIFÉES 2026 : à Paris, les arts au féminin veulent changer de scène et d’échelle

Heure de publication 16:22 - Temps de lecture : 3 min 02 s

Le FESTIFÉES 2026 investira Paris et Saint-Denis du 7 au 10 octobre pour célébrer la création artistique féminine et favoriser les rencontres entre artistes, professionnels et publics venus de différents horizons. – © FESTIFÉES .

Texte par : Thalf Sall

Du 7 au 10 octobre 2026, Paris et Saint-Denis accueilleront la 9ᵉ édition du FESTIFÉES, Festival international féminin des Arts. Né en Côte d’Ivoire en 1999 sous l’impulsion de Bello Elisabeth Oseini, le rendez-vous revient en France avec une ambition qui dépasse la seule programmation artistique : donner davantage de visibilité aux créatrices, favoriser les rencontres professionnelles et faire de la culture un espace de transmission, de dialogue et d’autonomisation. À quelques semaines de l’ouverture, l’organisation lance également une campagne de financement participatif pour consolider cette nouvelle étape.

À première vue, tout pourrait commencer par une scène, des lumières et des artistes. Mais derrière le rideau du FESTIFÉES 2026 se joue une histoire plus longue. Celle d’un festival créé en 1999 à Abidjan et progressivement inscrit dans une circulation artistique entre l’Afrique, la France et d’autres territoires. Pour sa 9ᵉ édition, l’événement s’installe à Paris et Saint-Denis pendant quatre jours, avec une programmation annoncée autour du théâtre, de la danse, de la musique, du conte, de la poésie, des marionnettes, du slam, des expositions et des rencontres.

L’originalité du FESTIFÉES tient d’abord à son choix de placer les femmes au centre de la scène artistique. Sa règle est précise : les femmes sont les interprètes présentes sur scène, sans que les hommes soient exclus des autres fonctions de création, notamment comme metteurs en scène ou chorégraphes. Cette formule, déjà présentée lors de précédentes éditions, permet de distinguer le festival d’une manifestation consacrée à un genre artistique particulier. Il s’agit plutôt de créer un espace où la création portée par les femmes peut être vue, entendue et mise en relation avec des professionnels.

Cette orientation est intimement liée au parcours de sa fondatrice. Comédienne, metteuse en scène, réalisatrice et productrice, Bello Elisabeth Oseini a créé le festival à une époque où elle constatait la faible présence des femmes dans certaines compagnies théâtrales. La création d’une compagnie féminine, Afrique Théâtre, devenue ensuite Culture du Monde, a précédé celle du FESTIFÉES. Le festival est ainsi né d’une expérience concrète du secteur culturel et d’une volonté de créer des espaces supplémentaires pour les artistes femmes.

Vingt-sept ans après sa création, cette histoire prend une nouvelle dimension avec l’étape parisienne. Le festival accueille des groupes féminins venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie, tout en ouvrant ses espaces aux professionnels, promoteurs et acteurs internationaux de la culture.

 

De la représentation à la transmission

 

Le thème annoncé pour cette 9ᵉ édition, « Femmes et Arts : héritières du passé, actrices du présent et bâtisseuses du futur », donne une profondeur particulière au programme. Il relie création contemporaine, mémoire culturelle et projection vers l’avenir. Le festival prévoit notamment des conférences, panels, ateliers, masterclass et rencontres professionnelles, en complément des spectacles et expositions.

Cette articulation entre spectacle et transmission constitue l’un des leviers les plus intéressants du projet. Une artiste ne vient plus seulement présenter une œuvre : elle peut également partager une pratique, rencontrer d’autres professionnelles, accéder à de nouveaux réseaux et confronter son expérience à celle de créatrices venues d’autres espaces culturels.

L’édition 2024, organisée à Grand-Bassam, illustre déjà cette volonté de créer des rencontres au-delà de la représentation. Des compagnies venues de Côte d’Ivoire et de France y avaient notamment participé, avec des distinctions attribuées dans plusieurs disciplines. L’événement avait également associé les prestations artistiques à une découverte du patrimoine de Grand-Bassam.

À Paris, le changement d’échelle peut donc servir un objectif supplémentaire : rapprocher les artistes des professionnels susceptibles d’accompagner la diffusion, la production ou la circulation de leurs œuvres. Les rencontres annoncées avec des décideurs, partenaires et investisseurs culturels vont dans cette direction.

 

Paris, nouvelle étape d’une aventure née à Abidjan

 

Le passage par Paris ne signifie pas pour autant que le festival abandonne son ancrage ivoirien. Le calendrier 2026 prévoit déjà une 10ᵉ édition en Côte d’Ivoire, du 2 au 5 décembre, quelques semaines seulement après le rendez-vous parisien. Le FESTIFÉES fonctionne donc désormais sur deux territoires, avec la France comme espace de diffusion internationale et la Côte d’Ivoire comme autre point d’ancrage de son histoire.

Cette circulation entre les deux rives peut devenir un atout pour les artistes et les professionnels. Elle permet de penser la création féminine non comme un phénomène enfermé dans un territoire, mais comme une réalité capable de voyager, de se confronter à d’autres publics et de créer des collaborations.

Mais cette ambition a aussi un besoin très concret : des moyens. À l’approche de l’édition parisienne, l’organisation a lancé une campagne de financement participatif destinée à soutenir la location des espaces, les moyens techniques, la communication et la modernisation du site internet du festival.

Ce financement participatif raconte une autre réalité du secteur culturel : faire vivre une initiative internationale nécessite autant des artistes et des idées que des infrastructures, des partenaires et des ressources. Le soutien recherché doit permettre au FESTIFÉES de renforcer son outil de visibilité et de poursuivre son développement.

Du 7 au 10 octobre, les scènes parisiennes et dionysiennes deviendront ainsi le prolongement d’une aventure commencée à Abidjan en 1999. Entre création, transmission et circulation internationale, le FESTIFÉES 2026 entend montrer que donner davantage de place aux femmes dans les arts ne consiste pas seulement à leur ouvrir une scène. C’est aussi leur permettre d’y construire des réseaux, d’y transmettre leurs savoir-faire et d’y inscrire durablement leurs œuvres dans le paysage culturel international.


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