Vankwezole : au Cameroun, une jeune pharmacienne transforme le clou de girofle en piste d’innovation contre la candidose

Heure de publication 15:15 - Temps de lecture : 3 min 11 s

Vankwe Gillian Ngam, Docteure en pharmacie (PharmD), passionnée par la santé génitale féminine, future pharmacienne clinicienne et philanthrope, est à l’origine de Vankwezole, une formulation d’ovule vaginal à base d’extrait de clou de girofle, développée dans le cadre de ses recherches sur la candidose vulvovaginale. – © Université De Dschang.

Texte par : Thalf Sall

Et si une plante médicinale courante pouvait contribuer à renouveler l’arsenal contre une infection intime qui touche des millions de femmes ? À Dschang, dans l’ouest du Cameroun, la pharmacienne Gillian Vankwe Ngam a consacré son travail de recherche à une question précise : comment transformer le potentiel antifongique de plantes médicinales en une formulation pharmaceutique destinée à lutter contre la candidose vulvovaginale ? De cette démarche est né Vankwezole, un ovule expérimental à base d’extrait de clou de girofle. Une innovation prometteuse, mais qui doit encore franchir plusieurs étapes avant de pouvoir prétendre à une utilisation médicale.

Démangeaisons, brûlures, irritation, douleurs et pertes vaginales anormales : la candidose vulvovaginale est une infection courante, généralement liée à une prolifération excessive de levures du genre Candida. L’Organisation mondiale de la santé rappelle qu’elle affecte des millions de femmes dans le monde. Candida albicans constitue l’une des principales espèces en cause, même si d’autres espèces peuvent également provoquer l’infection.

Le problème ne se résume toutefois pas à la fréquence de la maladie. Les récidives compliquent la prise en charge de certaines patientes et les résistances aux antifongiques azolés deviennent un sujet croissant de préoccupation. Le CDC souligne notamment que la résistance de C. albicans aux azolés devient plus fréquente et que les espèces dites non-albicans peuvent être particulièrement difficiles à traiter.

À cela s’ajoutent des facteurs qui favorisent la prolifération de Candida : certaines prises d’antibiotiques, les variations hormonales, le diabète mal contrôlé ou encore certaines situations d’immunodépression.

C’est dans cet espace entre besoin sanitaire et recherche pharmaceutique que s’inscrit le travail de Gillian Vankwe Ngam, docteure en pharmacie de l’Université de Dschang.

 

Du patrimoine végétal à l’ovule pharmaceutique


Le 18 juillet 2026, la jeune pharmacienne a soutenu son travail consacré à l’évaluation antifongique in vitro de cinq plantes médicinales contre Candida albicans et à la formulation d’un ovule vaginal à partir de l’extrait présentant la meilleure activité.

Sa démarche s’est structurée en plusieurs étapes. Les premiers travaux ont consisté à caractériser les espèces de Candida étudiées et à examiner leur sensibilité à des antifongiques de référence. La recherche s’est ensuite concentrée sur cinq plantes médicinales afin d’identifier celles présentant le potentiel antifongique le plus intéressant.

Le Syzygium aromaticum, communément appelé clou de girofle, s’est distingué dans les analyses rapportées par la chercheuse. Cette plante contient notamment de l’eugénol, un composé bioactif auquel des travaux scientifiques ont déjà associé une activité antifongique contre différentes espèces de Candida. Une étude expérimentale publiée dans la littérature scientifique a notamment observé une activité du clou de girofle et de l’eugénol contre C. albicans, C. glabrata et C. tropicalis.

Mais Gillian Vankwe ne s’est pas arrêtée à l’identification d’une plante active. L’enjeu était de franchir une étape supplémentaire : transformer un extrait végétal en une forme pharmaceutique susceptible, à terme, d’être étudiée comme traitement.

Après différents essais de formulation, elle a développé un ovule vaginal à partir de l’extrait sélectionné. Baptisée « Vankwezole », la formulation porte ainsi le nom de la chercheuse et symbolise le passage d’une ressource végétale étudiée en laboratoire vers une innovation pharmaceutique potentielle.

Le projet a été conduit sous la supervision des professeurs Donatien Gatsing et Guy Sédar Sengor Njateng. Pour Gillian Vankwe, ce travail représente le début d’un parcours qu’elle souhaite prolonger dans la recherche, la pharmacie clinique et l’action philanthropique.

 

Une piste à confirmer, un modèle à faire changer d’échelle

 

L’intérêt de Vankwezole tient moins à une promesse de guérison immédiate qu’à la démarche qu’il illustre : partir d’une ressource accessible, identifier scientifiquement ses molécules d’intérêt, mesurer leur activité, puis tenter de construire une formulation pharmaceutique standardisée.

Cette approche pourrait, si les étapes suivantes sont concluantes, ouvrir des perspectives pour la recherche pharmaceutique africaine. Elle pose aussi une question stratégique : comment transformer davantage de connaissances sur les plantes médicinales africaines en produits dont la qualité, la sécurité, la dose et l’efficacité sont scientifiquement établies ?

La réponse exige cependant de ne pas brûler les étapes. Les résultats obtenus par Gillian Vankwe sont principalement issus d’études de laboratoire. Ils ne permettent pas encore de conclure que Vankwezole est efficace chez la femme, qu’il est sûr en situation réelle ou qu’il est supérieur aux traitements disponibles. Des études complémentaires, notamment toxicologiques, pharmacologiques et cliniques, ainsi qu’une évaluation réglementaire et une procédure d’homologation, seraient nécessaires avant toute commercialisation.

Cette prudence est d’autant plus importante que toutes les infections vaginales ne sont pas dues à Candida et que les symptômes peuvent avoir plusieurs causes. En cas de récidive ou d’échec thérapeutique, les recommandations médicales insistent sur l’identification de l’espèce responsable et, lorsque nécessaire, sur les tests de sensibilité aux antifongiques.

Le véritable potentiel de Vankwezole réside donc aujourd’hui dans la preuve de concept qu’il représente. Pour passer du laboratoire à l’échelle, il faudra standardiser l’extrait végétal, garantir une composition constante, établir son profil de sécurité, confirmer son activité sur des modèles appropriés puis démontrer, par des essais cliniques rigoureux, son bénéfice chez les patientes.

C’est précisément là que se jouera la prochaine bataille : financement de la recherche, partenariats avec des laboratoires pharmaceutiques, accompagnement réglementaire, propriété intellectuelle et accès à des infrastructures capables de produire selon les normes pharmaceutiques.

Le parcours de Gillian Vankwe Ngam raconte ainsi quelque chose de plus vaste qu’une nouvelle formulation. Il montre qu’une jeune scientifique africaine peut partir d’un problème de santé concret, interroger les ressources de son environnement et engager une chaîne de recherche allant de la plante au prototype pharmaceutique.

Vankwezole n’est pas encore un médicament. C’est une piste scientifique. Et sa véritable réussite se mesurera demain, non à l’enthousiasme qu’elle suscite aujourd’hui, mais à sa capacité à franchir les exigences de la science, de la réglementation et de la clinique pour, peut-être, devenir une solution accessible aux femmes.


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