Visa Medical : de la Guinée à la RDC, une innovation africaine qui change d’échelle

Heure de publication 13:41 - Temps de lecture : 4 min 26 s

De la Guinée à la RDC, Visa Medical accélère le déploiement de la santé numérique en Afrique. – © DR.

Texte par : Thalf Sall

Après avoir digitalisé 19 hôpitaux publics en Guinée, Visa Medical franchit une nouvelle étape en République démocratique du Congo. Déployée avec SANRU, le réseau hospitalier de l’Armée du Salut et Sanofi Global Health Unit (GHU), la solution entend améliorer le suivi du diabète et de l’hypertension tout en expérimentant un modèle de financement présenté comme « Zéro Dette ». Pour la startup guinéenne, l’enjeu dépasse désormais la technologie : il s’agit de démontrer qu’une innovation conçue en Afrique peut s’intégrer à différents systèmes de santé, produire des données utiles aux soins et changer d’échelle sans alourdir les contraintes budgétaires des établissements.

Le passage d’une innovation conçue dans un pays à son déploiement dans un autre constitue une étape importante dans la trajectoire d’une entreprise technologique. Pour Visa Medical, cette nouvelle phase s’écrit désormais en République démocratique du Congo (RDC), après plusieurs années de développement et de déploiement en Guinée.

Derrière cette expansion se trouve une problématique sanitaire qui dépasse les frontières nationales : améliorer la continuité du suivi médical, notamment pour les personnes vivant avec des maladies chroniques. Le diabète et l’hypertension nécessitent en effet des consultations régulières, des examens successifs et une conservation fiable de l’historique médical.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les maladies non transmissibles ont provoqué au moins 43 millions de décès dans le monde en 2021. Les maladies cardiovasculaires, le diabète, les cancers et les maladies respiratoires chroniques figurent parmi les principales catégories concernées.

Dans ce contexte, la transformation numérique des systèmes de santé ouvre de nouvelles possibilités pour améliorer la circulation de l’information médicale, accompagner les professionnels et renforcer le suivi des patients.

Visa Medical s’inscrit dans cette dynamique avec une solution développée par la société guinéenne KOUMA ACADEMY, fondée par Ibrahima 1 Diallo.

 

De la Guinée à la RDC : une technologie africaine au service du parcours patient

 

Visa Medical a été pensée pour répondre à une difficulté concrète rencontrée dans de nombreux établissements : la dispersion des informations médicales.

Lorsqu’un dossier reste principalement sur support papier ou que les informations sont réparties entre plusieurs services, le parcours du patient peut devenir difficile à reconstituer. Pour les personnes atteintes de maladies chroniques, suivies sur plusieurs années, disposer d’un historique médical structuré représente un outil précieux pour les professionnels de santé.

La solution permet de créer une identité de santé numérique et de centraliser les informations relatives au patient. Consultations, examens, bilans et traitements peuvent être enregistrés dans un dossier numérique accessible aux professionnels autorisés.

La plateforme intègre également des fonctionnalités de gestion hospitalière, de suivi des parcours de soins et de digitalisation de certaines opérations administratives.

En Guinée, cette technologie a déjà franchi une première étape d’implantation. Selon les données communiquées par Visa Medical, la solution est désormais présente dans 19 hôpitaux publics guinéens et compte plus d’un million de patients enregistrés.

Cette expérience constitue le socle du déploiement congolais.

Le 10 mars 2026, l’Université William Booth de l’Armée du Salut a accueilli le lancement officiel du projet « Renforcement des capacités et numérisation du dossier des patients – Armée du Salut/RD Congo ». Soutenu par Sanofi, le programme est coordonné par SANRU ASBL, récipiendaire principal, et mis en œuvre par l’Armée du Salut. Visa Médical intervient comme partenaire technique pour accompagner la digitalisation des pratiques médicales.

Plus de 90 participants issus des structures sanitaires de l’Armée du Salut ont pris part au lancement, notamment des médecins, des responsables de zones de santé, des prestataires et des représentants d’associations de patients.

Cette mobilisation traduit une approche qui associe technologie, renforcement des compétences et participation des acteurs directement concernés par la prise en charge.

 

À Kinshasa, le numérique renforce le suivi du diabète et de l’hypertension

 

La première traduction concrète de cette démarche se trouve notamment au Centre Hospitalier Boyambi de l’Armée du Salut, à Kinshasa.

Le projet vise à améliorer la prise en charge des personnes vivant avec le diabète et l’hypertension grâce à la digitalisation du dossier médical et à l’utilisation d’outils permettant de renforcer le suivi dans la durée.

Le programme comprend plusieurs composantes complémentaires : numérisation des dossiers, formation des prestataires, dépistage, campagnes de sensibilisation et redynamisation des clubs de patients. SANRU présente cette approche comme un moyen de renforcer la continuité des soins, la qualité des données et la prise de décision fondée sur l’information sanitaire.

Le numérique devient ainsi un outil au service du parcours patient.

L’enjeu est particulièrement important pour les maladies chroniques, pour lesquelles la prise en charge ne s’arrête pas à une consultation. Le suivi repose sur la régularité des rendez-vous, la conservation des résultats d’examens, l’évolution des paramètres médicaux et la coordination des interventions.

La digitalisation permet de rassembler ces informations dans un même environnement et de faciliter leur accès par les professionnels habilités.

Le programme congolais prévoit aussi une dimension importante de sensibilisation. Selon SANRU, plus de 25 000 dossiers médicaux doivent être digitalisés et près de 100 000 personnes sensibilisées, avec un réseau de patients appelé à contribuer à la prévention et à la prise en charge des maladies non transmissibles.

Cette approche associe donc l’outil numérique à l’information, au dépistage et à l’accompagnement des patients.

Elle illustre une conception de la santé numérique qui ne se limite pas à installer une plateforme, mais cherche à l’intégrer dans une organisation globale des soins.

 

« Zéro Dette » : quand une entreprise africaine finance sa propre innovation sanitaire

 

L’autre particularité de Visa Medical réside dans son modèle économique. La startup présente son approche sous le nom de « Zéro Dette ». Le principe consiste à préfinancer les investissements nécessaires au déploiement de la solution afin de permettre aux établissements partenaires d’accéder aux infrastructures numériques sans supporter directement l’ensemble des coûts initiaux.

En Guinée, Visa Medical indique notamment avoir pris en charge le financement des équipements informatiques, des serveurs, des cartes d’identification, de l’installation de la plateforme et de la formation des équipes.

Ce mécanisme accompagne une ambition plus large portée par son fondateur, Ibrahima 1 Diallo : montrer qu’une entreprise africaine peut participer directement à la modernisation des services publics, contribuer au financement d’infrastructures essentielles et développer des solutions pensées à partir des réalités du continent.

Cette vision place l’entreprise dans une dynamique où l’innovation technologique et le financement de la transformation numérique avancent ensemble.

Le modèle développé en Guinée trouve désormais un nouveau terrain d’application en RDC, où la digitalisation du dossier patient est associée à des actions de formation, de dépistage et de sensibilisation.

La trajectoire de Visa Medical ne s’arrête d’ailleurs pas à ces deux pays. L’entreprise annonce travailler avec le ministère de la Santé du Tchad dans le cadre de la digitalisation des hôpitaux et avoir ouvert un bureau régional au Maroc. Son ambition affichée est de toucher 10 millions de personnes en Afrique à l’horizon 2030.

Cette stratégie traduit une volonté de construire une solution capable de circuler d’un système de santé à l’autre, en s’appuyant sur des problématiques communes et sur des infrastructures numériques adaptées aux contextes locaux.

 

De l’innovation locale à l’ambition continentale

 

De la Guinée à la République démocratique du Congo, puis vers le Tchad et le Maroc, Visa Medical construit ainsi progressivement une présence régionale autour d’une même idée : faire du numérique un levier concret d’amélioration du parcours de soins et de modernisation des établissements de santé.

Le déploiement congolais marque à cet égard une nouvelle étape dans l’histoire de la startup guinéenne. Il montre aussi la capacité croissante d’entreprises africaines à développer leurs propres technologies, à mobiliser des partenaires institutionnels et privés et à porter leurs solutions au-delà de leur marché d’origine.

Visa Medical ne se présente donc plus seulement comme une technologie développée en Guinée. À travers son implantation en RDC et ses perspectives régionales, elle cherche à construire un modèle africain de santé numérique capable de s’étendre à plusieurs territoires.

L’ambition annoncée pour 2030 donne une mesure de cette trajectoire. Si elle se concrétise, elle placerait une solution née dans l’écosystème technologique guinéen au cœur d’une transformation numérique touchant plusieurs millions de personnes.

De la digitalisation du dossier patient au financement des infrastructures, Visa Medical illustre une nouvelle génération d’innovations africaines qui ne se limitent plus à répondre aux défis du continent, mais contribuent directement à transformer ses systèmes de santé. Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large, à l’image de l’application iYara, développée au Bénin par l’ingénieur Kamari Martial Pascal Batcho, qui met elle aussi le numérique au service de solutions de santé adaptées aux réalités africaines.


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