Max : propulser une mobilité écologique grâce à des véhicules électriques haute performance
Heure de publication 09:06 - Temps de lecture : 3 min 25 s
À travers ses véhicules électriques, ses solutions de financement, ses stations d’échange de batteries et l’assemblage local, la startup nigériane MAX veut rendre les déplacements plus propres, plus accessibles et plus économiques. Une ambition désormais portée à l’échelle régionale, du Nigeria au Ghana et au Cameroun. – © IG.
Texte par : Thalf Sall
Dans des métropoles africaines confrontées aux embouteillages, au coût du carburant, à la précarité des conducteurs et aux émissions polluantes, MAX – Metro Africa Xpress – veut changer la donne. La startup nigériane combine véhicules électriques, financement, échange de batteries, outils numériques et assemblage local pour rendre la mobilité plus accessible et plus propre. Après être devenue rentable au Nigeria, elle vient de lever 24 millions de dollars pour accélérer son déploiement en Afrique de l’Ouest et du Centre. Une trajectoire qui pose toutefois une question essentielle : comment transformer une réussite nationale en modèle continental réellement reproductible ?
Dans de nombreuses villes africaines, les deux-roues jouent un rôle essentiel dans les déplacements et la livraison. Ils permettent de contourner des réseaux routiers saturés et répondent à une demande croissante de mobilité rapide. Mais pour une partie des conducteurs, cette activité demeure marquée par l’absence de financement adapté, d’assurance, de protection et de perspectives d’accès à la propriété.
MAX, fondée en 2015 par Adetayo Bamiduro et Chinedu Azodoh, a progressivement fait évoluer son modèle. Partie de la mobilité à la demande, l’entreprise s’est orientée vers le financement et l’abonnement de véhicules avant de renforcer son positionnement dans l’électrique. Son principe : permettre à des conducteurs d’accéder à un véhicule sans supporter immédiatement le coût total de son acquisition, grâce notamment au financement pay-as-you-go.
La solution repose désormais sur un écosystème intégré. MAX associe véhicules électriques, financement, gestion de flotte, technologies IoT et infrastructures d’échange de batteries. Cette dernière composante répond à l’un des obstacles majeurs de l’électromobilité africaine : disposer rapidement d’une batterie opérationnelle lorsque les infrastructures classiques de recharge restent limitées.
L’entreprise développe également une capacité d’assemblage local à Ibadan, au Nigeria, annoncée à hauteur de 3 600 véhicules électriques à deux et trois roues par mois. Ce choix vise à réduire la dépendance aux importations et à adapter les véhicules aux réalités des marchés africains.
Le modèle présente ainsi un double intérêt : réduire les coûts d’exploitation liés au carburant pour les conducteurs et favoriser progressivement une mobilité moins émettrice.
24 millions de dollars pour changer d’échelle
Le changement de dimension est désormais financier. En janvier 2026, MAX a annoncé une levée de 24 millions de dollars, combinant fonds propres et dette. Parmi les investisseurs figurent Equitane DMCC, Novastar Ventures et Endeavor Catalyst, tandis que le financement par dette comprend notamment le soutien de l’Energy Entrepreneurs Growth Fund, géré par Triple Jump, et d’autres partenaires financiers du développement.
Cette enveloppe doit servir à augmenter la flotte électrique, multiplier les stations d’échange de batteries alimentées notamment par l’énergie solaire, renforcer les systèmes de gestion et d’IoT et financer l’expansion géographique. MAX opère actuellement au Nigeria, au Ghana et au Cameroun, avec une ambition d’expansion plus large en Afrique de l’Ouest et centrale.
L’entreprise affirme avoir atteint la rentabilité au Nigeria, son principal marché, un élément important pour démontrer que l’électromobilité peut dépasser le stade de l’expérimentation. Elle vise désormais 250 000 conducteurs accompagnés d’ici 2027 et plus de 150 millions de dollars de revenus récurrents annuels.
Les résultats revendiqués donnent une première mesure de l’impact : MAX indique avoir déjà engagé plus de 56 millions de dollars dans le financement de flottes, dont 44 millions auraient été remboursés par les utilisateurs. Selon les données publiées par l’entreprise et rapportées en 2026, son réseau a accompagné plus de 52 000 conducteurs et facilité plus de 653 millions de trajets. Ces chiffres doivent toutefois être considérés comme des données déclaratives de l’entreprise, qui méritent un suivi indépendant dans la durée.
C’est là que se situe le principal enjeu critique. La mobilité électrique exige des capitaux importants, une alimentation énergétique fiable, des infrastructures de batteries, des compétences techniques et des cadres réglementaires adaptés. Le modèle doit aussi démontrer sa pertinence économique dans des marchés aux caractéristiques très différentes.
MAX dispose néanmoins d’un avantage : son modèle combine financement, véhicules, technologie et infrastructure, plutôt que de traiter séparément chacun de ces obstacles. Sa capacité à reproduire cette architecture dans d’autres pays sera déterminante.
Le financement de 2026 constitue à cet égard davantage qu’une nouvelle levée de fonds : il représente un test grandeur nature de la scalabilité d’un modèle africain de mobilité électrique.
Si MAX parvient à maintenir la rentabilité, l’accessibilité financière et la qualité de service tout en déployant ses infrastructures dans de nouveaux marchés, son expérience pourrait inspirer d’autres solutions de transport propre adaptées aux réalités urbaines africaines.
Le véritable pari n’est donc plus de prouver que la mobilité électrique est possible. Il est désormais de démontrer qu’elle peut être abordable, rentable et reproductible à l’échelle du continent.
