Niébé : la graine africaine qui veut changer d’échelle

Heure de publication 20:15 - Temps de lecture : 3 min 15 s

Annie Estelle Adiogo, fondatrice de Sunnali et experte en alimentation durable diplômée d’AgroParisTech, est coauteure du Livre Blanc Sunnali x Appi Consulting 2026 consacré au potentiel du niébé pour l’alimentation de demain. – © Annie Estelle Adiogo.

Texte par : Thalf Sall

Et si une partie de l’alimentation africaine de demain se trouvait déjà dans ses champs ? Longtemps considéré comme une culture vivrière, le niébé révèle aujourd’hui des atouts qui intéressent à la fois nutrition, agriculture durable et innovation agroalimentaire. Dans leur Livre Blanc Agriculture durable africaine : Révéler le potentiel du niébé pour l’alimentation de demain, Annie Estelle Adiogo, fondatrice de Sunnali et experte en alimentation durable diplômée d’AgroParisTech, et Pauline Pinel, docteure-ingénieure en sciences des aliments et fondatrice d’Appi Consulting, explorent les voies permettant de mieux valoriser cette ressource africaine.

Cultivé depuis des générations en Afrique subsaharienne, le niébé (Vigna unguiculata) présente plusieurs caractéristiques qui prennent une nouvelle importance face aux défis climatiques et alimentaires. Relativement tolérant à la sécheresse, il peut s’intégrer à des systèmes agricoles confrontés à une disponibilité irrégulière de l’eau. Comme d’autres légumineuses, il contribue également à la fixation biologique de l’azote, participant ainsi au fonctionnement et à la fertilité des sols.

Son intérêt est aussi nutritionnel. Le grain apporte notamment des protéines végétales, des fibres et des micronutriments, tandis que les feuilles et les jeunes gousses sont consommées dans plusieurs régions du continent. Dans un contexte où la diversification des sources alimentaires et de protéines devient un enjeu majeur, cette légumineuse dispose donc d’atouts qui méritent d’être davantage exploités.

Mais connaître les qualités d’une culture ne suffit pas. Pour qu’elle contribue réellement aux transformations des systèmes alimentaires, il faut pouvoir la conserver, la transformer, la distribuer et surtout l’adapter aux nouveaux usages.

C’est précisément là que se situe l’intérêt du travail présenté dans le Livre Blanc. Il ne s’agit pas seulement de rappeler que le niébé existe, mais de réfléchir aux moyens de faire passer cette ressource du statut de culture traditionnelle à celui d’ingrédient capable de répondre aux attentes alimentaires contemporaines.

 

Transformer le niébé pour créer davantage de valeur

 

L’expérience de Sunnali illustre cette démarche. Fondée par Annie Estelle Adiogo, l’entreprise travaille à la valorisation de ressources alimentaires africaines et développe notamment des farines et semoules précuites de niébé. Ces formats élargissent les possibilités d’utilisation de la légumineuse : recettes salées, pâtisseries, pains, porridges ou préparations du quotidien.

La transformation devient ainsi un levier essentiel. Elle permet de diversifier les débouchés, de faciliter l’utilisation du produit et de créer de nouvelles activités autour d’une matière première cultivée localement.

La collaboration avec Pauline Pinel apporte à cette démarche une expertise scientifique en sciences des aliments et en transformation. Le rapprochement entre recherche et entrepreneuriat permet d’aborder le niébé autrement : non comme une ressource à simplement promouvoir, mais comme une matière première dont les propriétés doivent être étudiées, améliorées et converties en produits adaptés aux marchés.

Cette logique pose une question plus vaste pour l’Afrique : comment produire davantage de valeur à partir de ses propres ressources ? La réponse passe par la structuration des filières, l’accès aux équipements, la recherche, la qualité, la formation et le développement de marchés capables de rémunérer l’ensemble des acteurs, du producteur au transformateur.

Le niébé ne constitue évidemment pas une solution miracle. Rendements, ravageurs, accès aux semences, financement, infrastructures et changement climatique restent autant de défis à relever. Mais son intérêt réside justement dans cette combinaison entre résilience agricole, valeur nutritionnelle et potentiel de transformation.

Le Livre Blanc Agriculture durable africaine : Révéler le potentiel du niébé pour l’alimentation de demain ouvre ainsi une réflexion qui dépasse cette seule légumineuse. Il rappelle que l’innovation africaine peut aussi partir de ressources anciennes, profondément enracinées dans les territoires, pour construire de nouveaux modèles alimentaires et économiques.

Du champ à l’assiette, le niébé pourrait ainsi devenir l’un des symboles d’une transition fondée non sur l’importation de solutions, mais sur la capacité à révéler, transformer et valoriser ce que l’Afrique possède déjà.


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