IR-HiCi : à Madagascar, un institut citoyen veut faire du savoir un moteur de transformation du Sud global
Heure de publication 15:35 - Temps de lecture : 3 min 22 s
Depuis Madagascar, l’IR-HiCi construit un nouvel espace de recherche pour valoriser les savoirs du Sud et contribuer aux grandes réflexions du monde contemporain. – © IR-HiCi.
Texte par : Thalf Sall
Face aux fractures éducatives, scientifiques et intellectuelles qui freinent le développement de nombreux pays du Sud, l’Institut de Recherches en Histoire et Civilisations (IR-HiCi) propose une réponse nouvelle : replacer la connaissance, la recherche et le dialogue des civilisations au cœur des stratégies d’avenir. Né à Madagascar, ce premier Institut d’Études Avancées de l’île et de l’océan Indien ambitionne de faire émerger un nouvel humanisme porté par les savoirs du Sud.
Dans de nombreuses régions du monde, les défis économiques, sociaux et environnementaux sont aussi des défis de connaissance. Sans recherche solide, sans transmission des savoirs et sans institutions capables de produire une pensée autonome, les sociétés peinent à construire des réponses adaptées à leurs réalités.
Madagascar illustre cette urgence. Confronté à de fortes difficultés éducatives et socio-économiques, le pays connaît encore d’importants retards en matière d’apprentissage, d’accès à l’enseignement supérieur et de production scientifique. Selon les données avancées par l’IR-HiCi, le taux de pauvreté des apprentissages atteint 97 %, tandis que l’accès à l’enseignement supérieur reste limité.
C’est à partir de ce constat qu’est née l’idée de l’Institut de Recherches en Histoire et Civilisations. Ses fondateurs partent d’une conviction : le développement durable ne peut être construit uniquement à partir de solutions économiques ou technologiques. Il nécessite aussi une capacité à comprendre les trajectoires historiques, valoriser les cultures et produire des connaissances nouvelles.
L’initiative répond également à un appel lancé en 2024 par la représentation du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à Madagascar, invitant les universitaires, intellectuels, acteurs privés et citoyens à se mobiliser face aux retards accumulés dans l’atteinte des Objectifs de développement durable.
Un laboratoire intellectuel pour faire dialoguer les savoirs du Sud
L’IR-HiCi se positionne comme un espace indépendant de recherche, de réflexion et de dialogue. Sa mission : fédérer chercheurs, universitaires et penseurs autour des grands enjeux contemporains en s’appuyant sur l’histoire et les civilisations comme outils de compréhension du présent et d’anticipation du futur.
Son approche repose sur un concept central : les « Lumières du Sud ». L’objectif n’est pas de rejeter les héritages intellectuels existants, mais de reconnaître que les sociétés du Sud ont aussi produit leurs propres courants de pensée capables d’éclairer les transformations du monde.
De la Négritude portée notamment par Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor à la Renaissance bengalie de Rabindranath Tagore, en passant par la Nahda arabe ou les philosophies du Buen Vivir en Amérique latine, l’Institut souhaite créer un espace où ces différentes traditions intellectuelles peuvent dialoguer.
Cette ambition dépasse Madagascar. L’IR-HiCi développe une triple échelle d’action : Madagascar comme laboratoire d’expérimentation, l’Indianocéanie comme espace de coopération régionale, et le Sud global comme communauté historique confrontée à des défis communs.
Concrètement, l’Institut prévoit de développer des programmes de recherche, des publications, des rencontres scientifiques, des formations et des espaces d’échanges interdisciplinaires. Sa gouvernance s’inspire des grands instituts internationaux d’études avancées, avec plusieurs instances chargées de garantir la qualité scientifique, la transparence financière et l’indépendance intellectuelle.
Une initiative reproductible pour reconstruire la confiance dans la connaissance
L’un des enjeux majeurs de l’IR-HiCi est sa capacité à devenir un modèle reproductible dans d’autres territoires confrontés à une marginalisation des savoirs locaux. L’idée n’est pas de créer une institution isolée, mais de proposer une nouvelle manière de penser la recherche : connectée aux réalités sociales, ouverte aux collaborations internationales et attentive aux héritages culturels.
Pour assurer sa pérennité, l’Institut mise sur une gouvernance responsable, un financement diversifié et des mécanismes de contrôle destinés à préserver son autonomie scientifique. Il prévoit notamment des audits indépendants, des engagements éthiques dans la gestion des ressources et une organisation structurée autour de la responsabilité collective.
Cette démarche est portée par une équipe convaincue que les intellectuels ont un rôle actif à jouer dans les grandes transitions du XXIᵉ siècle. Parmi les personnalités engagées figure Fabien Razakandrainibe, Directeur France de l’IR-HiCi et Ambassadeur de Solutions pour l’Afrique, distinction reçue lors de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) 2025 à Paris.
L’impact attendu est multiple : renforcer la recherche africaine, valoriser les patrimoines intellectuels souvent invisibilisés, créer des réseaux entre chercheurs du Sud et contribuer à l’émergence de nouvelles politiques publiques fondées sur la connaissance.
L’IR-HiCi porte ainsi une idée simple mais ambitieuse : aucun développement durable n’est possible sans souveraineté intellectuelle. En redonnant une place centrale aux savoirs, aux histoires et aux civilisations du Sud, l’Institut malgache entend contribuer à écrire une nouvelle page de la pensée mondiale.
Son défi sera désormais de transformer cette vision en résultats concrets : attirer des chercheurs de haut niveau, financer durablement ses programmes, produire des travaux reconnus internationalement et démontrer que les institutions scientifiques nées dans le Sud peuvent devenir des références mondiales.
