Vérif’All : l’innovation béninoise qui arme les citoyens contre la désinformation
Heure de publication 11:52 - Temps de lecture : 3 min 11 s
René Fadonougbo, fondateur de Vérif’All, reçoit le Prix WSIS 2026 à Genève, décerné par l’Union internationale des télécommunications (UIT). Cette distinction des Nations unies récompense une innovation béninoise engagée dans la lutte contre la désinformation et la promotion d’une information fiable. – © Vérif’All.
Texte par : Thalf Sall
À l’heure où les fausses informations circulent plus vite que les faits, le Bénin apporte une réponse technologique ambitieuse. Avec Vérif’All, une application de fact-checking développée par René Fadonougbo et son équipe, chacun peut vérifier un texte, une image, une vidéo ou un audio avant de le partager. Récompensée par l’ONU en 2026, cette solution illustre le potentiel de l’innovation africaine face à un défi mondial : restaurer la confiance dans l’information.
Une rumeur sur WhatsApp, une image sortie de son contexte, une vidéo manipulée par l’intelligence artificielle ou une fausse offre d’emploi publiée sur les réseaux sociaux peuvent désormais toucher des milliers de personnes en quelques minutes. En Afrique, où les plateformes sociales constituent une source majeure d’information, la désinformation influence les comportements, alimente les tensions, favorise les escroqueries et affaiblit la confiance envers les institutions. Les études montrent qu’une majorité d’Africains a déjà été confrontée à de fausses informations en ligne, tandis que très peu prennent le temps de vérifier un contenu avant de le partager.
Face à cette réalité, le Béninois René Fadonougbo refuse de considérer la désinformation comme une fatalité. Son objectif est simple : donner à chaque citoyen les moyens de vérifier avant de croire et de partager. De cette ambition est née Vérif’All, une plateforme numérique pensée pour démocratiser le fact-checking et développer l’esprit critique.
Une « boîte à outils » pour vérifier l’information en quelques clics
Lancée officiellement le jeudi 16 juillet 2026 au Centre de Documentation et d'Information Juridique (CDIJ), dans l'enceinte de la Cour d'Appel de Cotonou, Vérif’All se présente comme une plateforme tout-en-un de fact-checking dédiée à l’Afrique de l’Ouest francophone. Son originalité réside dans la centralisation, au sein d’une interface unique, de nombreux outils de vérification habituellement dispersés sur Internet.
L’utilisateur peut analyser un texte, une photographie, une vidéo, un fichier audio ou encore un lien web. La plateforme guide ensuite la recherche à travers des sources fiables, des outils spécialisés et des méthodes reconnues de vérification. Elle propose également un répertoire de plus d’une centaine d’outils de fact-checking, un module pédagogique d’éducation aux médias ainsi qu’un espace communautaire destiné à encourager les bonnes pratiques numériques.
Conçue pour fonctionner même avec une connexion 3G, l’application répond aux contraintes techniques de nombreux utilisateurs africains. Son approche est volontairement pédagogique : il ne s’agit pas seulement de dire si une information est vraie ou fausse, mais d’expliquer la démarche de vérification afin que chacun acquière progressivement les bons réflexes.
Pour René Fadonougbo, l’enjeu dépasse le développement d’une simple application : il s’agit de faire de la vérification un réflexe citoyen.
Une reconnaissance mondiale pour une solution conçue au Bénin
Quelques jours avant son lancement officiel, Vérif’All reçoit une consécration internationale. Le 9 juillet 2026, lors du World Summit on the Information Society (WSIS) Forum organisé à Genève par l’Union internationale des télécommunications (UIT), agence spécialisée des Nations unies, la plateforme remporte le WSIS Prize 2026 dans la catégorie « Media ». Sélectionnée parmi 1 595 projets issus de 122 pays, elle figure parmi les 18 initiatives récompensées à l’échelle mondiale.
Cette distinction confirme la crédibilité d’une innovation développée au Bénin pour répondre à un problème universel.
Les premiers retours des utilisateurs illustrent son utilité. Lors d’une présentation publique à Porto-Novo, Romaric Tomavo, conseiller agricole, salue « un projet qui aide à rester au cœur de la réalité et à éviter les fausses informations ». De son côté, Peace Djevoessoun, technicien aquacole et membre d’AIESEC Porto-Novo, estime que la plateforme permet de « vérifier plusieurs informations et de mieux se protéger contre les conséquences liées aux fausses informations ».
Au-delà des particuliers, Vérif’All intéresse aussi les journalistes, les étudiants, les enseignants, les organisations de la société civile et les institutions souhaitant renforcer leurs pratiques de vérification.
Un modèle prometteur, mais des défis à relever
L’approche développée par Vérif’All présente un fort potentiel de réplication dans d’autres pays africains confrontés aux mêmes enjeux informationnels. Son modèle numérique, son caractère multilingue en développement et sa vocation éducative facilitent son adaptation à différents contextes.
Le projet ne se limite d’ailleurs pas à la technologie. Son équipe organise des formations, des ateliers d’éducation aux médias et des campagnes de sensibilisation afin d’accompagner les utilisateurs dans l’apprentissage du fact-checking. Cette combinaison entre innovation numérique et renforcement des compétences constitue l’un de ses principaux atouts.
Comme toute solution numérique, Vérif’All devra néanmoins relever plusieurs défis : maintenir l’actualisation permanente de ses outils, suivre l’évolution rapide des contenus générés par l’intelligence artificielle, renforcer la confiance des utilisateurs et assurer un modèle économique durable pour soutenir son développement.
Malgré les défis liés au changement d’échelle, Vérif’All démontre qu’il est possible de concevoir, depuis le Bénin, une réponse innovante et crédible à un enjeu mondial. En mettant la technologie au service de l’esprit critique, René Fadonougbo et son équipe rappellent que la lutte contre la désinformation ne repose pas uniquement sur les plateformes numériques ou les médias : elle commence aussi entre les mains de chaque citoyen.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large d’innovations africaines, à l’image d’Akili, développée par Tama Média, La Voix de Mopti et Sétanal Média, qui met aussi l’intelligence artificielle et l’expertise journalistique au service de la vérification des faits. Complémentaires dans leur approche, ces deux solutions témoignent de l’émergence d’un véritable écosystème africain du fact-checking, où l’innovation technologique, l’éducation aux médias et l’engagement citoyen convergent pour renforcer la confiance dans l’information et bâtir un espace informationnel plus fiable, plus transparent et plus résilient.
