Au-delà du storytelling : Egregor explore le pouvoir stratégique des récits

Heure de publication 13:55 - Temps de lecture : 3 min 21 s

Le 25 août 2026, Egregor réunira des experts du récit et du leadership pour explorer une question essentielle : comment transformer les récits pour accélérer le changement durable ? – © Egregor.

Texte par : Thalf Sall

Un projet peut avoir une proposition pertinente, une technologie efficace ou un modèle économique solide sans pour autant être compris comme il le souhaite. Ce qui se joue alors dépasse la qualité du discours : ce sont les représentations, les références culturelles et les récits collectifs auxquels le public rattache le projet. Le 25 août 2026, la communauté Egregor consacrera une rencontre en ligne à cette dimension souvent moins visible de la communication : l’intelligence narrative et son rôle dans la manière dont les organisations construisent leur positionnement et influencent les perceptions.

Dans l’univers entrepreneurial, le storytelling est devenu un exercice presque incontournable. Présentation d’entreprise, levée de fonds, communication institutionnelle ou prise de parole publique : les dirigeants sont régulièrement invités à raconter leur parcours, l’origine de leur projet et la raison pour laquelle celui-ci mérite l’attention.

Cette pratique répond à une nécessité réelle. Une idée complexe doit pouvoir être comprise rapidement et une organisation doit être capable d’expliquer ce qu’elle fait, à qui elle s’adresse et pourquoi elle existe. Mais réduire la question narrative à la seule construction d’un discours revient à passer à côté d’un niveau plus profond.

C’est précisément cette distinction que la rencontre organisée par Egregor souhaite examiner. Une histoire, ou story, correspond à un récit particulier : celui d’une personne, d’une organisation ou d’un événement. Le storytelling désigne la manière dont cette histoire est construite et présentée à un interlocuteur ou à un public donné.

La narrative, en revanche, se situe à une échelle plus large. Elle désigne un ensemble de significations, d’associations et de représentations qui existent déjà dans une société ou au sein d’une communauté. Ces cadres influencent la façon dont les individus interprètent les informations qu’ils reçoivent.

L’intelligence narrative consiste alors à comprendre ces différents niveaux et leurs interactions. Il s’agit notamment d’identifier le cadre culturel ou social auquel une organisation est rattachée, volontairement ou non, puis de mesurer les effets de ce positionnement.

Cette approche permet de dépasser une question classique – « comment raconter mon histoire ? » - pour en poser une autre : « dans quel récit plus large mon histoire sera-t-elle entendue ? »

 

Alexis Niki et Ciku Kimeria : deux regards sur la construction du sens

 

Pour explorer cette question, Egregor réunira Alexis Niki et Ciku Kimeria, deux professionnelles issues d’univers différents mais complémentaires.

Storytelleuse et coach en leadership narratif, Alexis Niki s’est d’abord formée à l’écriture de scénarios et a travaillé comme consultante dans la production cinématographique indépendante. Elle a ensuite transposé cette expérience dans le secteur associatif et auprès d’entreprises et de dirigeants.

À travers StoryNova, son activité de conseil, elle accompagne notamment des responsables dans la clarification de leurs récits et dans la formulation de perspectives susceptibles de mobiliser leurs interlocuteurs.

Son parcours international constitue également un élément important de son approche. Née à New York et installée depuis de nombreuses années en Europe, elle a elle-même expérimenté la manière dont les changements de contexte culturel peuvent modifier la perception que l’on a de soi, des autres et de son environnement.

Ciku Kimeria apporte pour sa part une expérience située à l’intersection du journalisme, de l’écriture, de la communication et de la stratégie. Autrice et journaliste, elle s’intéresse particulièrement à la diversité des récits associés au continent africain et à la manière dont ceux-ci sont produits, diffusés et interprétés.

Chroniqueuse d’opinion à Bloomberg, intervenante TEDx et ancienne résidente du Bellagio Center de la Fondation Rockefeller, elle a également écrit pour plusieurs publications internationales consacrées aux affaires africaines. Elle est notamment l’autrice de deux romans policiers.

La confrontation de ces deux expériences devrait permettre d'aborder la question narrative à la fois sous l’angle de la communication individuelle et sous celui des représentations collectives.

La rencontre sera modérée par Arushi Gupta, cofondatrice d’Egregor.

 

Une compétence qui dépasse la communication

 

L’un des intérêts de cette réflexion est de replacer la narration dans un contexte stratégique. Une organisation ne communique jamais dans un espace neutre. Son discours rencontre des perceptions déjà constituées, des habitudes culturelles, des références historiques et parfois des préjugés.

Pour une entreprise, une association ou un fonds d’investissement, en tenir compte peut modifier la manière de présenter une activité, de dialoguer avec ses partenaires ou de s’adresser à différentes communautés.

Dans le cas des projets travaillant sur les enjeux africains, cette question prend une dimension particulière. Les récits sur le continent ont longtemps été dominés par des représentations extérieures, souvent centrées sur les crises, les déficits ou les difficultés. D’autres récits existent pourtant simultanément : ceux produits par les entrepreneurs, les chercheurs, les artistes, les journalistes et les organisations qui décrivent les réalités africaines depuis des perspectives différentes.

L’intelligence narrative ne consiste pas à imposer artificiellement un récit. Elle invite plutôt à comprendre les représentations existantes, à identifier les tensions entre différents discours et à mesurer les conséquences d’un choix narratif.

La rencontre du 25 août permettra précisément aux participants d’examiner trois questions : quelle différence existe entre une histoire et le récit collectif dans lequel elle s’inscrit ? Quels récits influencent déjà la perception de leur activité ? Et quelle position souhaitent-ils adopter à leur égard ?

Le programme prévoit un temps d’accueil et de réseautage, une conversation avec les intervenantes, une séance de questions-réponses avec la communauté, puis des réflexions finales accompagnées de pistes opérationnelles.

À travers cette initiative, Egregor poursuit son travail auprès des innovateurs sociaux et environnementaux en Europe et en Afrique. Le fonds de dotation français intervient notamment par le financement, l’accompagnement stratégique et la mise en relation au sein d’écosystèmes dédiés à l’innovation sociale et environnementale.

La rencontre du 25 août ne promet donc pas une nouvelle méthode pour rendre un pitch plus séduisant. Elle propose une réflexion plus fondamentale sur la manière dont les histoires prennent sens, circulent et influencent notre perception du monde.

Dans un environnement saturé de messages, savoir raconter constitue déjà un avantage. Comprendre pourquoi une histoire est entendue, ignorée ou interprétée différemment peut représenter un niveau supplémentaire de maîtrise.


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