Énergie : la solution MyJouleBox pour éclairer, connecter et faire produire l’Afrique
Heure de publication 17:45 - Temps de lecture : 3 min 18 s
MyJouleBox développe des solutions solaires, numériques et intelligentes pour améliorer l’accès à l’énergie et accompagner le développement des territoires africains. – © MyJouleBox.
Texte par : Thalf Sall
Dans les territoires africains éloignés des grands réseaux électriques, produire de l’électricité ne suffit pas : il faut aussi pouvoir la distribuer efficacement, suivre les consommations, sécuriser les installations et assurer leur maintenance. Fondé en France en 2016 par Paul Berthomieu et Léonide Michael Sinsin, après la création d’ARESS au Bénin en 2012, MyJouleBox s’est développé autour d’une ambition : digitaliser et optimiser l’exploitation des systèmes énergétiques décentralisés. Aujourd’hui intégré au groupe ARESS/MyJouleBox, le dispositif associe solutions solaires, données, logiciels, mini-réseaux et services énergétiques, avec une nouvelle étape : l’utilisation de l’intelligence artificielle pour accélérer le traitement des incidents techniques.
L’accès à l’électricité demeure l’un des grands enjeux du développement en Afrique subsaharienne. Selon l’Agence internationale de l’énergie, 600 millions de personnes dans la région n’avaient toujours pas accès à l’électricité en 2024. Pour les territoires éloignés des réseaux nationaux, les systèmes solaires autonomes et les mini-réseaux constituent une réponse particulièrement importante.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le parcours de Paul Berthomieu, entrepreneur français spécialisé dans les énergies renouvelables et l’électrification rurale. En 2012, il cofonde ARESS au Bénin avec Léonide Michael Sinsin. L’entreprise se concentre alors sur le déploiement de solutions solaires destinées notamment aux territoires et aux populations insuffisamment desservis.
Quatre ans plus tard, en 2016, Paul Berthomieu fonde MyJouleBox. L’objectif évolue : il ne s’agit plus seulement d’installer des équipements, mais de digitaliser l’expérience de l’opérateur d’énergie décentralisée. La donnée devient progressivement un outil de pilotage : mesurer la production et la consommation, suivre les équipements, faciliter les opérations et améliorer la qualité du service.
En 2021, ARESS et MyJouleBox fusionnent pour constituer un groupe unique. Celui-ci opère aujourd’hui dans plusieurs marchés africains, notamment au Bénin, au Sénégal, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Niger, au Togo et en République démocratique du Congo.
Cette implantation permet au groupe de développer ses solutions au plus près des réalités locales, tout en construisant une approche reproductible d’un territoire à l’autre.
Une chaîne de valeur qui associe solaire, données et services
Le groupe ARESS/MyJouleBox structure aujourd’hui son activité autour de deux grands pôles. Le premier, OTC – Over-The-Counter, concerne la distribution d’installations et de produits solaires. Le second, PaaS – Power as a Service, élargit l’intervention à une logique de service énergétique. Il couvre notamment les activités commerciales et industrielles, les mini-réseaux électriques et la mobilité électrique.
Dans ce modèle, le groupe entend intervenir sur l’ensemble de la chaîne de valeur : développement des projets, financement, ingénierie, approvisionnement et construction – EPC – puis exploitation et opérations.
Cette intégration répond à une difficulté souvent rencontrée dans les projets d’électrification : assurer la continuité entre la conception d’une infrastructure, son financement, son installation et son fonctionnement quotidien. Le numérique devient alors une infrastructure complémentaire de l’infrastructure énergétique.
Les technologies développées par MyJouleBox comprennent notamment des compteurs intelligents capables d’enregistrer l’historique des données, de suivre les consommations et les productions et de communiquer avec l’écosystème de gestion. Des solutions comme NanoJouBox permettent la remontée de données depuis certains équipements, tandis que Smartclipper mesure la consommation et la production de manière non intrusive. Des compteurs monophasés et triphasés sont également destinés aux mini-réseaux.
À cette couche matérielle s’ajoutent des outils numériques : supervision, analyse des données, interfaces destinées aux clients, solutions de paiement mobile, suivi du stockage, relation avec les techniciens et gestion opérationnelle.
L’objectif est de disposer d’une vision plus complète du fonctionnement d’une installation et de faciliter la prise de décision.
FieldMate : quand l’intelligence artificielle entre dans la maintenance
Cette logique franchit une nouvelle étape avec FieldMate, projet développé par MyJouleBox dans le cadre du Digital Energy AI Hackathon organisé par l’Agence française de développement avec l’accompagnement de Onepoint.
Le projet a remporté le grand prix de cette compétition consacrée aux usages de l’intelligence artificielle dans le secteur énergétique.
Son principe part d’une situation très concrète. Lorsqu’une panne survient sur un mini-réseau, un client ou un technicien peut transmettre un signalement, notamment sous la forme d’une note vocale. FieldMate vise ensuite à exploiter ces informations pour produire un premier diagnostic et préparer l’intervention technique.
L’outil peut notamment contribuer à identifier la nature probable de l’incident et à générer un ordre de mission associé aux équipements ou pièces susceptibles d’être nécessaires.
Cette approche transforme l’IA en assistant opérationnel. Elle ne se substitue pas au technicien chargé de l’intervention ; elle cherche à lui fournir plus rapidement les informations utiles avant son déplacement.
Dans des zones rurales où les installations peuvent être éloignées les unes des autres, chaque déplacement technique représente du temps et des ressources. Une meilleure préparation de l’intervention peut donc contribuer à réduire les délais de remise en service et à améliorer la continuité de l’approvisionnement électrique.
L’expérimentation de FieldMate s’inscrit ainsi dans une trajectoire plus large : faire passer les mini-réseaux d’une logique essentiellement technique à une logique d’infrastructures énergétiques intelligentes, capables de produire, mesurer, analyser et anticiper.
Cette évolution prend une dimension particulière dans les villages où l’électricité ne constitue pas seulement un service domestique, mais un facteur de transformation économique.
À Gbarana, au Bénin, l’installation d’un mini-réseau solaire par les équipes d’ARESS/MyJouleBox a notamment accompagné de nouveaux usages productifs. Un moulin électrique de 7,5 kW a été installé pour mécaniser la transformation des productions agricoles et réduire la pénibilité du travail. Parallèlement, de nouvelles activités entrepreneuriales ont émergé, notamment dans les services de personnalisation textile.
L’expérience illustre une idée centrale du modèle : l’électrification prend toute sa valeur lorsqu’elle permet aux populations et aux entreprises locales de produire, de transformer, de conserver, de communiquer et de créer de nouvelles activités.
Avec son évolution vers les données et l’intelligence artificielle, MyJouleBox cherche désormais à ajouter une nouvelle dimension à cette transformation : rendre les systèmes énergétiques décentralisés non seulement accessibles, mais aussi mieux pilotés et plus réactifs.
Le parcours d’ARESS et de MyJouleBox témoigne ainsi d’une évolution progressive, de l’installation solaire à la fourniture de services énergétiques, puis vers des infrastructures connectées capables d’intégrer l’intelligence artificielle. Une trajectoire qui place la technologie au service d’un objectif concret : renforcer l’accès à une énergie propre, fiable et productive dans les territoires où les réseaux traditionnels peinent encore à répondre aux besoins.
