Mozambique : quand les drones deviennent des alliés pour sauver des vies face aux catastrophes climatiques
Heure de publication 20:00 - Temps de lecture : 3 min 44 s
Le Mozambique forme ses premiers opérateurs de drones certifiés pour améliorer la prévention des catastrophes naturelles et sauver davantage de vies lors des crises climatiques. © Banque africaine de développement.
Texte par : Thalf Sall
Dans l’un des pays les plus exposés aux cyclones et aux inondations en Afrique, le Mozambique mise sur la technologie, la formation locale et le transfert de compétences pour renforcer sa résilience. Avec la certification de ses premiers opérateurs de drones, le pays ouvre une nouvelle page dans la gestion des catastrophes naturelles et démontre qu’innovation et prévention peuvent faire la différence lorsque chaque minute compte.
Chaque année, les images se répètent. Des villages engloutis par les eaux, des routes coupées, des milliers de familles déplacées et des infrastructures détruites par des cyclones toujours plus intenses. Au Mozambique, les catastrophes naturelles ne sont pas des événements exceptionnels ; elles font partie du quotidien d’un pays considéré comme l’un des plus vulnérables au changement climatique en Afrique.
Face à cette réalité, les autorités mozambicaines ont décidé de ne plus se limiter à la gestion des urgences. Elles investissent désormais dans l’anticipation. C’est dans cet esprit qu’a été lancé le projet « Solution de gestion des catastrophes par drone », soutenu par le Groupe de la Banque africaine de développement et financé par le Fonds fiduciaire de coopération économique Corée-Afrique (KOAFEC).
Quelques mois après son lancement officiel, le 3 avril 2025, l’initiative vient d’atteindre une étape décisive : la formation et la certification de la première promotion nationale de 30 opérateurs de drones capables d’intervenir lors de cyclones, d’inondations et d’autres urgences humanitaires.
Au-delà de la formation technique, le projet incarne une nouvelle approche du développement : utiliser l’innovation pour renforcer durablement les capacités locales et protéger les populations les plus exposées.
Former des experts locaux pour mieux anticiper les crises
Dans de nombreux pays confrontés aux catastrophes naturelles, l’intervention repose encore largement sur des moyens traditionnels ou sur l’assistance extérieure. Le Mozambique a choisi une autre voie : construire une expertise nationale capable d’agir rapidement sur le terrain.
La formation s’est déroulée à Maputo, en partenariat avec le ministère mozambicain de la Communication et de la Transformation numérique, Busan Technopark et PNU Drone, une entreprise spécialisée issue du département de génie aérospatial de l’Université nationale de Pusan, en Corée du Sud.
Les 30 professionnels certifiés, dont dix futurs instructeurs appelés à former d’autres spécialistes, ont bénéficié d’un programme complet couvrant le pilotage des drones, la réglementation aérienne, la collecte et l’analyse des données, la planification des missions de secours ainsi que la maintenance des équipements.
Pour Rômulo Corrêa, responsable pays de la Banque africaine de développement au Mozambique, cette montée en compétences constitue une étape essentielle vers une meilleure protection des populations. L’objectif est désormais de passer de la formation à l’action afin que les institutions nationales disposent des outils et du savoir-faire nécessaires pour intervenir rapidement, efficacement et à moindre coût lors des catastrophes.
Cette stratégie répond à un enjeu fondamental : réduire le temps de réaction lorsque surviennent des événements extrêmes. Dans un contexte où quelques heures peuvent faire la différence entre la vie et la mort, disposer d’équipes locales qualifiées représente un avantage considérable.
Quand la technologie devient un outil de prévention et de sauvetage
Le projet entre désormais dans sa phase opérationnelle. Dix des trente opérateurs certifiés seront prochainement déployés dans cinq zones identifiées par le gouvernement comme particulièrement exposées aux inondations et aux catastrophes climatiques.
Le rôle des drones ira bien au-delà de la simple observation aérienne. Ils seront mobilisés pour localiser des personnes isolées lors des inondations, cartographier les zones sinistrées, surveiller l’évolution des risques, contrôler la qualité de l’eau et collecter des données destinées aux systèmes d’alerte précoce.
Dans un pays où certaines régions deviennent difficilement accessibles après le passage d’un cyclone, ces appareils offrent un avantage stratégique majeur. Ils permettent d’obtenir en temps réel des informations précises sur l’état des infrastructures, les besoins des populations et les zones nécessitant une intervention urgente.
Cette capacité à produire rapidement des données fiables peut considérablement améliorer la coordination des secours, optimiser l’utilisation des ressources et accélérer la prise de décision.
Le projet, dont le coût s’élève à environ 967 000 dollars, illustre également une forme innovante de coopération internationale. En associant les compétences technologiques sud-coréennes aux priorités de développement mozambicaines, il démontre comment les partenariats triangulaires peuvent générer des solutions concrètes adaptées aux réalités locales.
Construire une résilience durable grâce au transfert de connaissances
L’ambition du programme ne se limite pas à l’acquisition de drones ou à la formation ponctuelle de quelques techniciens. Son objectif est plus profond : créer une capacité nationale durable.
Pour Aderito Celso Félix Aramuge, directeur général de l’Institut national de météorologie du Mozambique, cette première cohorte constitue le socle d’une stratégie plus large de résilience numérique. Les opérateurs et instructeurs certifiés formeront l’épine dorsale d’un dispositif appelé à se développer dans les années à venir.
Même constat du côté des partenaires coréens. Selon Changwoo Baek, directeur de PNU Drone, le Mozambique dispose désormais d’une main-d’œuvre qualifiée et autonome dans le domaine des drones, capable de poursuivre son développement sans dépendance permanente à une expertise extérieure.
Cette logique d’autonomisation est également au cœur de la vision portée par la Banque africaine de développement. Comme le souligne El Khili Lhoucine, chef du projet, l’enjeu principal consiste à permettre aux professionnels mozambicains non seulement d’utiliser ces technologies, mais aussi de les maîtriser, de les entretenir et, à terme, de les faire évoluer de manière indépendante.
Dans un monde confronté à l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes, l’expérience mozambicaine montre qu’il est possible de transformer une vulnérabilité en opportunité d’innovation. En associant technologie, formation locale et coopération internationale, le pays construit progressivement un modèle de gestion des catastrophes plus rapide, plus intelligent et plus efficace.
Au Mozambique, les drones ne représentent plus seulement une innovation technologique. Ils deviennent un instrument de résilience, un outil de prévention et, surtout, un moyen concret de protéger des vies humaines face aux défis croissants du changement climatique.
