TKACADEMY : Nadine Priam-Plesnage fait des savoirs africains et caribéens un levier de transformation culturelle

Heure de publication 18:45 - Temps de lecture : 3 min 42 s

Nadine Priam-Plesnage (au centre), lors de la présentation de TKACADEMY à la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), les 23 et 24 octobre 2026, à la mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris. – © Notre Voix.

Texte par : Thalf Sall

À la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), les 23 et 24 octobre 2026, à la mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris, Nadine Priam-Plesnage a captivé l’assistance avec TKACADEMY, une plateforme numérique qui démocratise l’accès aux connaissances sur les arts, les cultures et les patrimoines africains et caribéens. Entre enseignement, recherche, transmission et innovation numérique, son initiative apporte une réponse concrète à un enjeu majeur : permettre aux savoirs du Sud de circuler, de rayonner et de trouver leur place dans les espaces de connaissance internationaux.

Il y a des présentations qui exposent une idée. D’autres qui donnent envie de la faire grandir. Celle de Nadine Priam-Plesnage à la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) appartient à la seconde catégorie. Devant un public composé d'entrepreneurs, de responsables institutionnels, de journalistes, de chercheurs et de porteurs d'initiatives, la fondatrice de TKACADEMY a défendu une conviction : la richesse culturelle de l'Afrique et de la Caraïbe doit pouvoir s'appuyer sur des connaissances solides, accessibles et transmissibles.

Avec une présentation particulièrement maîtrisée, brillante et convaincante, elle a su donner corps à cette ambition. Son intervention, chaleureusement applaudie, a retenu l'attention par la clarté de son propos, la pertinence de son diagnostic et la portée de la solution proposée.

Sa présence s'inscrivait dans une édition exceptionnelle de la SAS, qui a réuni 100 intervenants venus présenter leurs initiatives et leurs engagements suivant les principes du journalisme de solutions. Pour tous, c'était une première : expliquer un problème, en rechercher les causes, démontrer le fonctionnement d'une réponse concrète, présenter ses résultats et envisager les conditions de son développement. Emmanuel Ebo, venu spécialement du Bénin, témoignait également de cette dimension internationale et de la capacité de la rencontre à faire dialoguer les expériences au-delà des frontières.

 

Quand les richesses culturelles peinent à rencontrer leurs publics

 

Derrière TKACADEMY se trouve une réalité souvent moins visible que la vitalité des industries culturelles : les artistes, les médiateurs, les enseignants et les entrepreneurs culturels ne disposent pas toujours des ressources documentaires nécessaires pour approfondir leurs pratiques, contextualiser leurs projets ou convaincre leurs partenaires.

Un projet artistique ne se résume pas à une œuvre. Il faut en comprendre l'histoire, les influences, les références, les conditions de création et la portée. De même, valoriser un patrimoine exige de maîtriser les connaissances qui permettent de le raconter avec justesse.

Or, les recherches universitaires, les travaux de spécialistes et les ressources pédagogiques consacrés aux sociétés africaines et caribéennes restent dispersés. Les connaissances existent, mais leur accessibilité et leur appropriation par les professionnels constituent encore un défi.

Nadine Priam-Plesnage a identifié ce décalage à partir de son expérience dans les médias et les métiers de la culture. Journaliste pendant plus de trente ans, notamment au sein de France Télévisions, elle a développé une connaissance approfondie des territoires caribéens, des patrimoines et des dynamiques culturelles. Son parcours lui a permis d’imaginer un dispositif capable de rapprocher recherche, transmission et pratiques professionnelles.

 

TKACADEMY, une université numérique pour faire circuler les savoirs

 

Créée en 2023 dans l'écosystème de l'association TraysKreyol, TKACADEMY est une plateforme de formation en ligne consacrée aux sciences humaines et sociales, à l'histoire de l'art, à la muséologie et aux patrimoines de la Caraïbe, du monde atlantique et de l'Afrique de l'Ouest.

Son principe est simple : mettre à la disposition du plus grand nombre les connaissances produites par des universitaires, des chercheurs et des professionnels spécialisés, à travers des cours vidéo, des chapitres pédagogiques, des quiz et des ressources documentaires.

L'offre s'adresse à des publics complémentaires : artistes, étudiants, enseignants, chercheurs, professionnels des musées, médiateurs culturels, acteurs du marché de l'art et porteurs de projets. Chacun peut ainsi approfondir ses connaissances, consolider ses compétences et mieux inscrire son travail dans son environnement historique et culturel.

La plateforme propose également des contenus accessibles en six langues : français, anglais, espagnol, portugais, créole haïtien et mandarin. Une ouverture linguistique qui élargit considérablement les possibilités de circulation des savoirs.

A la SAS 2026, la fondatrice résume son ambition : « TK Academy est plus qu'un site internet, c'est un mouvement destiné à inscrire la parole du Sud dans les conversations qui le concernent. »

Cette vision prend une dimension particulière à l'heure où les patrimoines africains et caribéens suscitent un intérêt croissant dans les espaces universitaires, artistiques et culturels internationaux.

 

Des résultats mesurables et des passerelles déjà établies

 

Au-delà de son ambition intellectuelle, TKACADEMY présente des indicateurs qui témoignent d'une audience réelle. Selon les données communiquées par la plateforme, elle a enregistré 103 172 visiteurs cumulés sur trois ans, avec une moyenne de 2 886 visiteurs mensuels. Le trafic a progressé de 34 %, tandis que les visites provenant d'autres sites ont augmenté de 48 %.

La plateforme recense aussi 113 apprenants individuels. Son développement s'accompagne d'expérimentations et de partenariats avec des structures éducatives et patrimoniales. Un accès a notamment été mis en place dans une médiathèque en Guadeloupe, tandis que des phases pilotes et de test ont été engagées avec l'École du patrimoine africain et l'Université du Cameroun.

Autre illustration de son utilité : le parcours de Noor-Sharina Grondin. Ses premiers travaux de recherche sur le shatta ont été accueillis et publiés sur TKACADEMY. Cette visibilité lui a ensuite permis d'être sollicitée par des médias locaux et pour des contributions scientifiques. Le 29 janvier 2026, elle a été reçue sur France Inter dans l'émission D'où ça sort ?

Ce parcours montre comment une plateforme de transmission peut devenir un espace de valorisation des chercheurs émergents et de mise en relation entre production scientifique et médias.

La reconnaissance de la démarche dépasse le cadre de la plateforme. En mai 2022, le projet a reçu le GlobalWIIN Award, une distinction internationale récompensant l'innovation portée par les femmes.

 

Changer d'échelle pour faire des savoirs un patrimoine partagé

 

L'ambition de Nadine Priam-Plesnage ne s'arrête pas à la mise en ligne de cours. TKACADEMY entend construire un véritable espace de référence, capable de rapprocher les territoires, les générations et les communautés scientifiques.

Le modèle est reproductible. Il repose sur une architecture numérique qui peut être adaptée à d'autres territoires et à d'autres disciplines, à condition de mobiliser des spécialistes locaux, de contextualiser les contenus et de comprendre les besoins des publics concernés. Des médiathèques, des universités, des centres culturels et des établissements d'enseignement peuvent ainsi devenir des relais de diffusion et d'appropriation des ressources.

Pour franchir cette nouvelle étape, la fondatrice identifie plusieurs besoins : consolider les partenariats institutionnels et éducatifs, renforcer les capacités commerciales et mobiliser des compétences en stratégie et développement. L'enjeu est de transformer une audience numérique en communauté durable d'apprenants et d'utilisateurs.

Devant des participants venus d'une quarantaine de pays, elle défend une conviction qui résume son engagement : « Seuls des socles de connaissances partagées répondront aux défis qui sont devant nous. »

Cette conviction a trouvé un écho particulier auprès du public. Venu spécialement du Bénin pour participer à cette 4ᵉ édition de la SAS, Emmanuel Ebo a salué la pertinence de cette initiative et sa portée internationale. « TKACADEMY est une initiative particulièrement inspirante. Elle montre combien le numérique peut devenir un puissant levier de transmission des savoirs, de valorisation de nos patrimoines et de rapprochement entre les cultures. Donner accès aux connaissances sur l'Afrique et les Caraïbes, c'est aussi permettre aux nouvelles générations de mieux connaître leur histoire et de prendre pleinement part à la construction des récits de demain », souligne-t-il.

Son témoignage illustre l'intérêt suscité par cette démarche auprès de participants venus de différents horizons. En réunissant des acteurs internationaux autour de solutions concrètes, la SAS a ainsi permis à TKACADEMY de faire connaître son ambition, de susciter des échanges et d'ouvrir de nouvelles perspectives de collaboration.

La présentation de Nadine Priam-Plesnage illustre une idée essentielle : transmettre les savoirs, c'est aussi donner aux générations présentes et futures les moyens de comprendre leur histoire, de valoriser leurs patrimoines et de construire leurs propres récits.

TKACADEMY ne se contente pas de numériser des connaissances. Elle contribue à les rendre accessibles, à les faire dialoguer et à leur donner une portée nouvelle. Une initiative qui rappelle que la souveraineté culturelle commence aussi par la maîtrise et la circulation des savoirs.


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