SM10 AGRO : le pari de Sadio Mané sur la transformation locale

Heure de publication 14:10 - Temps de lecture : 3 min 11 s

À Bambali, au Sénégal, Sadio Mané lors de la pose de la première pierre de SM10 AGRO, son futur parc agro-industriel. Annoncé avec un investissement de 11,7 milliards de francs CFA, le projet ambitionne de développer la production et la transformation de la mangue, de créer des emplois et de renforcer les compétences agricoles locales. – © DR.

Texte par : Thalf Sall

À Bambali, son village natal, Sadio Mané veut transformer une réussite sportive en outil de développement local. Avec SM10 AGRO, un investissement annoncé de 11,7 milliards de francs CFA, l’international sénégalais mise sur l’agriculture, la transformation de la mangue, la formation et l’emploi pour créer de la valeur en Casamance.

Samedi 19 septembre 2026, Bambali n’a pas seulement vu une première pierre être posée. Dans cette localité de la région de Sédhiou, au sud du Sénégal, une autre ambition a pris forme : celle d’un territoire qui entend davantage transformer ses ressources sur place.

Au cœur de la cérémonie, Sadio Mané. L’enfant de Bambali, devenu l’un des visages les plus connus du football sénégalais, lance officiellement SM10 AGRO, un parc agro-industriel annoncé sur environ 500 hectares, pour un investissement estimé à 11,7 milliards de francs CFA. Le projet est porté par sa structure SM10 AGRO, avec notamment l’accompagnement de l’APIX.

Mais derrière les chiffres, il y a une histoire personnelle. « Bambali m’a donné mes racines. Bambali m’a donné mon identité », rappelle le footballeur. Sa démarche consiste désormais à rendre une partie de ce que son territoire lui a apporté.

 

De la mangue perdue à la valeur créée localement

 

Le point de départ du projet est un problème très concret : une partie importante des récoltes de mangues de la région ne parvient pas à être valorisée. Lors de la présentation de SM10 AGRO, Sadio Mané a évoqué des pertes pouvant atteindre 30 à 40 % faute d’équipements suffisants de stockage et de transformation.

La réponse imaginée est donc moins de vendre uniquement la matière première que de construire progressivement une chaîne de valeur locale.

Le futur parc doit associer plantation, réception, tri, préparation, transformation, conditionnement, formation et accès aux marchés. Le site officiel de SM10 AGRO prévoit des unités destinées à la pulpe et à la purée de mangue, à la mangue séchée et au beurre de mangue. La plantation doit, elle, être développée progressivement sur 500 hectares.

L’objectif annoncé est de parvenir à une capacité cible de traitement de 8 500 tonnes par an et de créer plus de 1 000 emplois directs à terme. D’autres emplois doivent apparaître autour du transport, de l’approvisionnement, de la logistique et des services.

Le projet prévoit par ailleurs environ 78 000 manguiers. Selon Aminata Tope, directrice adjointe de SM10 AGRO, la première récolte est attendue dans trois ans.

Cette temporalité rappelle une réalité souvent oubliée dans les annonces d’investissement agricole : entre la plantation, la maturation des arbres, la construction des unités industrielles, la formation des salariés et l’accès aux marchés, la transformation économique d’un territoire se construit sur plusieurs années.

 

Former, employer et faire rester les talents

 

Pour Sadio Mané, l’enjeu ne se limite pas à produire des mangues. Il s’agit aussi de créer des perspectives professionnelles dans une région où de nombreux jeunes cherchent des opportunités ailleurs. « L’ambition est aussi de montrer qu’un jeune de la Casamance peut construire son avenir sur sa propre terre », explique-t-il.

SM10 AGRO prévoit ainsi un volet consacré aux compétences et à l’innovation. Le projet doit intégrer la formation aux métiers agricoles ainsi qu’une dimension de recherche et développement, afin d’accompagner l’évolution de l’activité industrielle.

Le message du promoteur est inhabituel par sa volonté d’associer directement les populations locales à l’avenir du projet. Face aux habitants de son terroir, Sadio Mané leur a déclaré : « Votre projet est là […] il ne m’appartient pas, il est à vous, je vous le confie. » Il a annoncé vouloir examiner les CV et procéder aux recrutements en fonction des compétences, du niveau de responsabilité le plus élevé aux postes opérationnels.

Cette approche place ainsi la question de l’appropriation locale au centre du modèle. Pour qu’un parc agro-industriel transforme durablement son territoire, l’investissement financier ne suffit pas : il faut des compétences, des fournisseurs, des producteurs structurés, des débouchés commerciaux et une gouvernance capable d’inscrire le projet dans le temps.

 

Une ambition économique qui dépasse le football


À Bambali, le contraste est saisissant : celui qui a construit sa notoriété sur les terrains veut désormais laisser une autre trace, faite de terres cultivées, d’emplois et d’activités économiques. « Je ne veux pas que l’on se souvienne seulement de moi pour les buts que j’ai marqués ou les trophées que j’ai remportés », a-t-il déclaré lors du lancement du projet. Son ambition est de faire de ce qui commence aujourd’hui un héritage collectif.

Le projet s’inscrit d’ailleurs dans une continuité. Avant SM10 AGRO, Sadio Mané avait déjà contribué à plusieurs infrastructures et initiatives à Bambali, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et du sport. Lors de cette visite, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, s’est rendu au stade réalisé à l’initiative du footballeur.

Lors de la cérémonie, Ousmane Sonko a présenté Sadio Mané comme « l’un des meilleurs ambassadeurs du Sénégal » et a appelé les Sénégalais, notamment les sportifs et les membres de la diaspora disposant de capacités d’investissement, à contribuer davantage au développement du pays. Il a souligné l’importance de la paix en Casamance pour permettre aux projets économiques de se développer.

Reste maintenant le passage décisif : transformer la première pierre en activité économique durable. La réussite de SM10 AGRO se mesurera moins à l’ampleur de son inauguration qu’à sa capacité, dans les années à venir, à réduire les pertes agricoles, créer des emplois, professionnaliser une filière, former des jeunes, ouvrir des marchés et permettre à une part plus importante de la valeur de la mangue de rester dans le territoire.

À Bambali, Sadio Mané ne plante donc pas seulement un projet. Il fait pousser un modèle : celui d’une réussite individuelle réinvestie dans une économie locale, où la terre devient une source de production, de compétences et d’avenir.


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