Sephora Maganga Nziengui : à 17 ans, une jeune Gabonaise ouvre une porte vers l’espace

Heure de publication 18:35 - Temps de lecture : 3 min 26 s

À 17 ans, Sephora Maganga Nziengui, élève au Lycée d’Excellence d’Essassa, a été sélectionnée pour représenter le Gabon dans le cadre de Mission ShakthiSAT, une initiative internationale dédiée aux jeunes filles et aux sciences spatiales. – © DR.

Texte par : Thalf Sall

À 17 ans, Sephora Maganga Nziengui s’apprête à porter les couleurs du Gabon dans une aventure scientifique internationale consacrée aux sciences spatiales. Élève au Lycée d’Excellence d’Essassa, la jeune Gabonaise a été sélectionnée dans le cadre de Mission ShakthiSAT, initiative portée par Space Kidz India qui ambitionne de réunir 12 000 jeunes filles de 108 pays autour des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et de l’exploration spatiale. Au-delà d’un parcours individuel, sa sélection pose une question stratégique pour le Gabon et, plus largement, pour l’Afrique : comment transformer l’émergence de jeunes talents féminins en véritable capacité scientifique et technologique ?

La trajectoire de Sephora Maganga Nziengui illustre une réalité souvent moins visible que les grands programmes spatiaux : les futures scientifiques, ingénieures et innovatrices africaines peuvent déjà se trouver dans les salles de classe, loin des grands centres technologiques. Leur potentiel dépend toutefois de leur accès à l’information, aux équipements, aux mentors et surtout à des expériences capables de transformer une curiosité en compétence.

C’est précisément l’ambition affichée par Mission ShakthiSAT. Selon Space Kidz India, le programme vise à faire participer 12 000 filles issues de 108 pays à des activités liées aux STEM, aux technologies satellitaires et aux systèmes spatiaux. L’initiative prévoit notamment une formation pratique et une collaboration internationale entre jeunes participantes.

 

Une expérience spatiale qui dépasse le symbole

 

La sélection de Sephora intervient dans un contexte où la représentation des jeunes filles dans les sciences et technologies demeure un enjeu majeur. En Afrique, les inégalités d’accès à l’enseignement et aux filières STEM restent liées notamment au revenu, au territoire et au genre, selon une analyse de l’ONU consacrée à l’éducation scientifique sur le continent.

L’intérêt de Mission ShakthiSAT réside donc moins dans le caractère spectaculaire du mot « espace » que dans l’exposition précoce des jeunes filles à des disciplines et à des métiers encore perçus comme difficiles d’accès.

Le programme revendique une approche pratique : formation aux systèmes satellitaires, ingénierie, codage, intelligence artificielle, robotique, leadership et collaboration internationale. Space Kidz India présente la mission comme un projet destiné à développer des compétences sur l’ensemble du cycle d’une mission spatiale.

Pour une jeune lycéenne gabonaise, l’expérience peut ainsi constituer bien davantage qu’un déplacement international. Elle peut permettre de découvrir des environnements scientifiques, de rencontrer d’autres jeunes passionnées par les STEM et d’élargir les représentations de ce qui est professionnellement possible.

« Il ne s’agit pas simplement du voyage d’une seule élève. Sephora portera les espoirs de nombreuses jeunes Gabonaises qui n’ont peut-être jamais imaginé que les sciences spatiales puissent un jour leur être accessibles », souligne la Dr Mireille Toulekima, ambassadrice du Gabon pour Mission ShakthiSAT.

Cette dimension de représentation est importante. Une jeune fille qui voit une personne de son âge accéder à un univers scientifique international peut plus facilement considérer cet univers comme accessible. La démonstration par l’exemple devient alors un outil d’orientation et d’émancipation.

 

Du talent individuel à une capacité scientifique africaine

 

L’enjeu ne concerne cependant pas uniquement l’orientation scolaire. Il touche à la capacité du continent à développer ses propres compétences dans un secteur appelé à prendre une importance croissante.

L’Union africaine considère désormais l’économie spatiale comme un domaine stratégique. Dans son deuxième plan décennal de mise en œuvre de l’Agenda 2063, l’organisation fixe notamment comme objectif de doubler l’économie spatiale africaine d’ici 2033 et insiste sur le développement des capacités en sciences, technologies et innovation. Le document prévoit aussi le renforcement des infrastructures de recherche en sciences spatiales et technologies associées.

Les applications sont loin de se limiter à l’exploration lunaire. Les technologies spatiales interviennent dans l’observation de la Terre, l’agriculture, la surveillance environnementale, la gestion des catastrophes, les télécommunications, la cartographie et l’analyse climatique.

Pour le Gabon, l’enjeu consiste donc à transformer une participation ponctuelle en trajectoire durable. Une jeune fille peut découvrir l’ingénierie satellitaire à 17 ans, mais l’écosystème national doit ensuite lui permettre de poursuivre des études, d’accéder à des laboratoires, de rencontrer des chercheurs et, à terme, de participer à des projets scientifiques ou industriels.

D’autres initiatives africaines montrent que cette logique commence à se structurer. L’UNESCO présente par exemple PIC-ASEFA, portée par l’agence spatiale nigériane, comme un programme destiné à renforcer la participation des filles et des femmes africaines dans l’intelligence artificielle, la robotique et l’exploration spatiale. Le programme s’est étendu à plusieurs pays africains et associe formation, mentorat et compétitions.

La dynamique est également visible dans les programmes d’éducation spatiale destinés aux jeunes. En Afrique de l’Est et de l’Ouest, la Future African Space Explorer’s STEM Academy développe notamment des activités visant à rapprocher l’exploration spatiale des salles de classe et à préparer les élèves aux métiers émergents du secteur.

 

Faire d’une sélection un point de départ

 

La prochaine étape est donc essentielle : transformer la visibilité créée par la sélection de Sephora en opportunité durable. Son parcours rappelle une évidence souvent oubliée : le talent ne suffit pas toujours. Il faut aussi des passerelles pour qu’il puisse se révéler. Une sélection internationale peut ouvrir une porte ; l’école, les institutions, les entreprises, les universités et les partenaires doivent ensuite permettre au talent de poursuivre son chemin.

Mission ShakthiSAT entend précisément créer ce type de passerelles à une échelle internationale. Le projet annonce une participation de jeunes filles de 108 pays et une formation orientée vers les technologies spatiales et les compétences STEM. Il ambitionne également de créer des collaborations entre participantes de différents pays.

Pour Sephora Maganga Nziengui, cette expérience peut donc devenir une étape fondatrice. Pour le Gabon, elle représente une occasion de mettre en lumière une jeunesse scientifique qui demande à être davantage accompagnée. Pour l’Afrique, elle rappelle que la conquête des nouveaux espaces technologiques ne pourra être durable sans investissement dans les filles et les garçons qui seront appelés à concevoir les solutions de demain.

« La soutenir, c’est investir dans l’éducation, les compétences scientifiques, la visibilité internationale et l’avenir du Gabon », estime Mireille Toulekima.

La véritable réussite ne se mesurera toutefois pas uniquement au voyage en Inde ni à la participation à une mission internationale. Elle se mesurera à ce qui viendra après : une formation poursuivie, des compétences acquises, des projets développés, des vocations suscitées et, pourquoi pas, une nouvelle génération de Gabonaises capables de prendre part à l’aventure spatiale africaine.

À 17 ans, Sephora Maganga Nziengui ne représente donc pas seulement son pays dans un programme international. Elle incarne une possibilité : celle d’une jeunesse africaine qui peut trouver sa place dans des secteurs scientifiques longtemps considérés comme l’apanage d’autres régions du monde. Son parcours rappelle surtout que l’accès aux sciences commence souvent par une rencontre, une opportunité et quelqu’un qui accepte de croire dans un potentiel. La véritable ambition sera désormais de faire de cette opportunité individuelle un levier collectif pour que davantage de jeunes filles africaines puissent, elles aussi, regarder vers le ciel avec l’idée non plus seulement de l’observer, mais de contribuer à son exploration.


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