SAS 2026 : une newsroom pour apprendre le journalisme sur le terrain

Heure de publication 18:56 - Temps de lecture : 3 min 54 s

Mael Anasthasie Mengue, directrice de la communication de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), et Laurent Bigot, directeur de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT). – © Notre Voix.

Texte par : Thalf Sall

À Paris, les 23 et 24 octobre 2026, la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) a expérimenté un dispositif éditorial inédit dans le cadre de son rendez-vous international : une newsroom constituée avec l’École publique de journalisme de Tours (EPJT). Une dizaine d’étudiants, accompagnés de leurs enseignants et intégrés aux équipes de l’événement, ont vécu une expérience de rédaction grandeur nature, au contact des acteurs et des initiatives présentés.

Au milieu des rencontres, des prises de parole et des présentations de projets qui ont rythmé la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), une autre activité s’est déroulée en coulisses. Carnets ouverts, appareils en main, regards attentifs et échanges avec les intervenants : une dizaine d’étudiants de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT) ont pris part à une expérience professionnelle particulière. Leur mission : couvrir l’événement, recueillir la matière journalistique et produire des contenus consacrés aux initiatives africaines et afrodescendantes présentées à Paris.

Ce dispositif est né du partenariat stratégique conclu entre la SAS et l’EPJT. Loin d’une simple visite pédagogique, il a placé les étudiants au cœur du fonctionnement de l’événement, aux côtés des équipes d’organisation, des enseignants encadrants, des journalistes et des professionnels des médias mobilisés pour sa couverture.

 

Une rédaction au cœur de l’événement

 

Pendant les deux journées, les étudiants ont travaillé dans les conditions d’une véritable rédaction. Ils ont été amenés à identifier les sujets, rencontrer les intervenants, conduire des entretiens, recueillir des informations et sélectionner les éléments utiles à la construction de leurs productions.

Le travail ne s’arrêtait pas à la collecte. Il fallait aussi vérifier les déclarations, recouper les informations, hiérarchiser les faits, analyser les données disponibles et déterminer comment restituer chaque sujet au public. Les contenus étaient ensuite préparés pour être diffusés sur les supports médiatiques mobilisés autour de la SAS.

Cette chaîne éditoriale, de la recherche d’informations à leur publication, a confronté les étudiants aux réalités du métier : contraintes de temps, diversité des interlocuteurs, imprévus du terrain et nécessité de distinguer les faits des discours promotionnels. Les enseignants ont assuré leur accompagnement pédagogique, tandis que le regard des professionnels a contribué à inscrire cette expérience dans les exigences du travail journalistique.

 

Apprendre le métier en faisant le métier

 

Pour les étudiants, l’expérience a représenté une occasion de mettre en pratique des compétences acquises en formation, mais aussi de mesurer les exigences d’une couverture médiatique en situation réelle. Il fallait oser aller vers les intervenants, poser les bonnes questions, écouter, comprendre des sujets parfois techniques et restituer l’essentiel avec précision.

La présence des enseignants a joué un rôle déterminant. Encadrer sans se substituer aux étudiants, les aider à prendre du recul, les orienter dans leurs choix éditoriaux et les accompagner face aux difficultés du terrain : cette transmission a donné à la newsroom sa dimension pédagogique.

Cette approche correspond à la vocation de l’EPJT, qui forme aux différents formats journalistiques et accorde une place importante à la vérification de l’information, à l’éducation aux médias et à la pratique professionnelle. L’école figure parmi les cursus reconnus par la profession en France et est membre de la Conférence des écoles de journalisme.

 

Le journalisme de solutions comme fil conducteur

 

La particularité de cette newsroom tenait aussi à son objet éditorial. Les étudiants ne couvraient pas uniquement un événement : ils travaillaient sur des initiatives qui répondent à des difficultés économiques, sociales, sanitaires, environnementales, éducatives ou technologiques.

Le journalisme de solutions leur proposait donc un cadre d’analyse exigeant. Présenter une innovation ou une initiative ne suffit pas. Il faut comprendre le problème auquel elle répond, examiner les causes, expliquer le fonctionnement de la réponse, rechercher les éléments qui attestent de ses résultats et en identifier les limites.

Cette démarche permet de dépasser le récit enthousiaste ou la communication institutionnelle. Elle invite à poser des questions précises : à quel besoin répond cette initiative ? Comment fonctionne-t-elle ? Quels changements produit-elle ? Quelles preuves permettent de l’établir ? Dans quelles conditions peut-elle être reproduite ou développée ?

La newsroom a ainsi donné une traduction pratique à l’ambition éditoriale de la SAS : faire connaître les solutions sans renoncer à la rigueur, au discernement et à la vérification.

 

Une première expérience appelée à ouvrir de nouvelles perspectives

 

La mise en place de ce dispositif constitue une première pour la SAS et, selon les organisateurs, une expérience inédite dans le cadre d’un événement international de cette nature. Elle a permis de réunir, dans une même dynamique de production, une école de journalisme, ses étudiants et enseignants, des professionnels des médias et les équipes d’un rendez-vous consacré aux solutions.

Au-delà des contenus réalisés, cette collaboration a aussi mis en évidence l’intérêt de rapprocher formation journalistique, pratique de terrain et valorisation des initiatives à impact. Elle ouvre des perspectives pour renforcer les coopérations entre établissements de formation et événements internationaux, tout en donnant aux futurs journalistes des occasions concrètes d’exercer leur regard et leur responsabilité.

Pour la SAS, le partenariat avec l’EPJT représente aussi une étape dans la réflexion autour du développement de l’École panafricaine de journalisme de solutions. L’enjeu est de favoriser, à terme, la formation de journalistes capables de documenter les réponses aux défis des sociétés et de contribuer à une information plus rigoureuse et mieux ancrée dans les réalités du terrain.

À la Mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris, cette newsroom aura donc été bien davantage qu’une équipe chargée de couvrir un événement. Elle a constitué un espace de transmission, d’expérimentation et de production collective, où les étudiants ont pu apprendre au contact du réel. Une expérience qui rappelle que le journalisme se construit aussi sur le terrain : en allant vers les autres, en vérifiant les faits et en donnant à comprendre ce qui change.


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