« Le Grand Écart » : qui décide, qui finance et qui bénéficie de la valeur créée en Afrique ?

Heure de publication 18:30 - Temps de lecture : 3 min 45 s

Guillaume Soto-Mayor, cofondateur d’Egregor, lors de son intervention à la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) 2026, à Paris. Il est à l’initiative de la rencontre « Le Grand Écart », consacrée aux enjeux de financement, de représentation et de partage du pouvoir de décision entre acteurs internationaux et organisations de terrain. – © Notre Voix.

Texte par : Thalf Sall

À Paris, le 27 novembre 2026, Egregor réunira des acteurs de la philanthropie, de l'investissement à impact, de la décision publique et de la société civile autour d'une question centrale : comment rapprocher les ambitions affichées par les financeurs des réalités vécues par les organisations de terrain ? Trois débats aborderont le partage du pouvoir de décision, les nouveaux instruments financiers et la perception du risque africain. Une rencontre qui intervient dans un contexte de recomposition des financements internationaux et de recherche de nouveaux modèles de coopération.

Associer les populations aux décisions qui les concernent est devenu un principe largement revendiqué dans les politiques de développement. Mais entre consultation, participation et véritable partage du pouvoir, les différences restent importantes. Être invité à donner son avis sur un projet ne signifie pas nécessairement pouvoir définir ses priorités, choisir les modalités de financement ou participer à l'évaluation des résultats.

Cette question est particulièrement importante pour les organisations africaines et les structures communautaires, qui connaissent les besoins locaux, les contraintes sociales et les dynamiques territoriales. Leur expertise constitue une ressource pour concevoir des interventions adaptées. Pourtant, elles ne disposent pas toujours d'un accès direct aux financements ni d'une place équivalente dans les instances de décision.

Le rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Pathways Towards Effective Locally Led Development Co-operation, publié en septembre 2024, documente ces difficultés. Il préconise notamment des financements directs, prévisibles et flexibles, ainsi qu'une plus grande autonomie des acteurs locaux dans la définition et la conduite des projets.

C'est l'objet de la première séquence de la matinée, de 9 h à 10 h : « Philanthropie : quand la décision revient aux premiers concernés ». Claire Dognin, directrice générale de la Fondation Caritas, Abdelaali El Badaoui, de Banlieues Santé, School et Climat, et Vincent David, de l'agence la RUP, confronteront leurs expériences. Une keynote de Flore Vasseur, consacrée aux « écarts de récit », viendra prolonger la réflexion sur la manière dont les réalités sociales sont racontées et représentées.

L'enjeu sera de distinguer une participation de façade d'une gouvernance réellement partagée : à quel moment les personnes concernées peuvent-elles peser sur les décisions et pas seulement réagir à des choix déjà effectués ?

 

Nouveaux financements : suivre le parcours de l'argent et mesurer le partage de la valeur

 

Financement mixte, crédits carbone, coopératives et financements citoyens : les instruments se multiplient pour mobiliser des ressources au service des transitions économiques, sociales et environnementales. Leur diversité ouvre des possibilités, mais soulève aussi une question essentielle : quelle part des ressources atteint effectivement les porteurs de projets ?

Entre investisseurs, intermédiaires, opérateurs techniques et bénéficiaires, la circulation de l'argent peut devenir complexe. Les frais de structuration, les coûts de transaction et les mécanismes de rémunération influencent la répartition finale de la valeur. Un dispositif présenté comme innovant ne garantit donc pas, à lui seul, un partage équitable des bénéfices.

De 10 h 30 à 11 h 30, la deuxième séquence, intitulée « Nouveaux instruments de financement : à qui revient la valeur ? », examinera ces mécanismes. Sofiane Ammar (Sydney 57, Partech), Thaïs Drozdowski (Inuk) et Patrick Somerhausen (Funds for Good) apporteront leurs éclairages sur les modèles de financement et leurs conditions de mise en œuvre.

La question dépasse la seule ingénierie financière : elle concerne la transparence des coûts, la rémunération du risque, la propriété des actifs créés et la capacité des acteurs locaux à conserver une part significative de la valeur générée par leurs initiatives.

 

Afrique : remettre en question le prix du risque

 

Pourquoi les capitaux internationaux restent-ils parfois si coûteux pour les économies africaines ? La troisième séquence, de 11 h 45 à 13 h, intitulée « Afrique : le prix du risque », s'attaque à l'un des obstacles majeurs au financement du développement sur le continent : la manière dont le risque africain est évalué et intégré dans les décisions d'investissement.

Les taux d'emprunt, les notations souveraines, les garanties exigées et les perceptions des investisseurs influencent directement le coût du capital. Or, les méthodes d'évaluation ne prennent pas toujours suffisamment en compte les spécificités économiques, les dynamiques territoriales et les transformations engagées dans les différents pays.

Un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), publié en août 2025, consacré aux notations souveraines africaines, relève notamment des limites méthodologiques, des asymétries d'information et une prise en compte insuffisante de certaines réalités économiques du continent.

Des initiatives africaines cherchent désormais à agir sur ces mécanismes. L'une des évolutions importantes est le lancement officiel, le 7 octobre 2026, à Maurice, de l'Africa Credit Rating Agency (AfCRA), portée par une initiative de l'Union africaine. Cette institution indépendante entend apporter des évaluations complémentaires, fondées sur une meilleure connaissance des économies africaines et de leurs contextes.

Parallèlement, la Banque africaine de développement soutient la mise en place d'un mécanisme panafricain de garantie destiné à mobiliser davantage de capitaux et à réduire les obstacles au financement des projets.

Ces évolutions donnent une actualité particulière aux échanges prévus avec Hakim Benbadra (Tigritud), Amadou Sondé (Doonya Labs), Clinton Nnaemeka (SPARK Africa), Jacqueline Fatima Bocoum (Jacadémie) et Léonce Houngbadji (Semaine l'Afrique des Solutions et Notre Voix).

La discussion devra notamment examiner ce qui peut faire évoluer les pratiques des investisseurs : des données plus représentatives, des instruments de garantie adaptés, une meilleure connaissance des marchés locaux et une présence accrue des acteurs africains dans les espaces où se décident les allocations de capitaux.

 

Transformer le dialogue en nouvelles pratiques

 

Portée par Egregor, cette matinée-débat fait le choix de la confrontation des expériences plutôt que des prises de parole institutionnelles descendantes. Une centaine de participants issus d'une douzaine de pays africains et européens sont attendus au Learning Planet Institute, à Paris. Des temps de networking et un déjeuner permettront de prolonger les échanges.

L'événement est construit avec plusieurs partenaires : l'agence la RUP, le Club du 21e Siècle, Doonya Labs, Notre Voix, la Semaine l'Afrique des Solutions (SAS), SPARK Africa, On Purpose et la Chaire UNESCO Futur de la Valeur.

La portée de « Le Grand Écart » dépendra désormais de ce que les participants feront des questions soulevées. Car réduire les inégalités de financement suppose davantage qu'une meilleure circulation de l'argent : cela exige de revoir les rapports de pouvoir, les critères d'évaluation et les mécanismes de partage de la valeur. L'enjeu est de passer d'une coopération qui parle des acteurs africains à une coopération qui leur reconnaît pleinement une place dans les décisions, les financements et les bénéfices du développement.

Informations pratiques

  • Date : vendredi 27 novembre 2026, en matinée.
  • Lieu : Learning Planet Institute, Paris.
  • Participation : environ 100 personnes, sur inscription et validation.
  • Déjeuner : proposé à l'issue des échanges.

•      Inscriptions : Participer à la rencontre « Le Grand Écart »


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Catégories

video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon