Comprendre pour agir : une autre architecture face à la violence

Heure de publication 21:19 - Temps de lecture : 3 min 11 s

Guillaume Soto-Mayor, chercheur, enseignant et auteur de La Violence en héritage, un ouvrage qui interroge les mécanismes contemporains de la violence et explore les conditions d’une reconstruction fondée sur l’éthique et le pouvoir d’agir. – © Guillaume Soto-Mayor.

Texte par : Thalf Sall

Et si la violence contemporaine ne relevait pas seulement d’une succession de crises, de conflits ou de dérives individuelles, mais de systèmes qui la rendent possible, rentable ou durable ? Avec La Violence en héritage. Déconstruire les fondements de notre monde pour ouvrir un chemin éthique, à paraître le 8 octobre 2026 chez Massot Éditions, Guillaume Soto-Mayor propose de déplacer le regard. Nourri par plusieurs années de recherches et d’enquêtes de terrain en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient, l’ouvrage entend décrypter les mécanismes qui entretiennent la violence tout en ouvrant une question décisive : si ces mécanismes ont été construits, comment les déconstruire ?

La force du livre tient d’abord à son changement de focale. Plutôt que de considérer la violence uniquement à travers ses manifestations les plus spectaculaires, Guillaume Soto-Mayor cherche à examiner les structures, les intérêts et les stratégies qui permettent son installation dans la durée.

Son analyse s’inscrit dans le prolongement d’un travail consacré depuis plusieurs années aux réseaux criminels, terroristes et aux différentes formes de violence politique, sociale et religieuse. Diplômé de l’Université d’Oxford et de l’Institut d’études politiques de Strasbourg, l’auteur a travaillé comme chercheur et expert sur les questions de sécurité et conduit des recherches de terrain sur les réseaux criminels et terroristes en Afrique de l’Ouest, du Centre et du Nord. Il enseigne également au niveau master dans plusieurs établissements, dont Sciences Po Paris, Sciences Po Strasbourg et le Cnam.

Cette expérience donne à son nouveau livre une profondeur particulière. Il ne s’agit pas seulement d’une réflexion théorique sur la violence, mais d’une tentative de relier les observations de terrain aux mécanismes politiques, économiques, technologiques et sociaux qui les rendent possibles.

Cette approche avait déjà trouvé une traduction académique dans The Economies of Violence: The Forgotten Variable, ouvrage collectif publié par Brill en 2024 sous la direction de Guillaume Soto-Mayor. Le livre étudie notamment les interactions entre économies licites et illicites, criminalité organisée, marchés, territoires et différentes formes de violence.

 

Corruption, mafias, technologie : une violence qui change de visage

 

Dans La Violence en héritage, l’auteur élargit cette réflexion. L’ouvrage s’intéresse aux acteurs et aux systèmes qui, selon sa thèse, contribuent à installer ou à banaliser la violence : extrêmes politiques, réseaux mafieux, acteurs religieux radicaux, mais aussi certaines dynamiques liées aux technologies et au pouvoir économique.

Le propos ne consiste toutefois pas à mettre ces réalités sur le même plan. Il cherche plutôt à identifier leurs mécanismes communs : captation du pouvoir, exploitation des vulnérabilités, instrumentalisation des récits, corruption, influence et capacité à tirer profit d’un système devenu difficile à remettre en cause.

L’un des enjeux contemporains abordés par l’auteur concerne précisément la transformation de la violence à l’ère numérique. La technologie ne produit pas mécaniquement la violence, mais elle peut devenir un amplificateur lorsqu’elle est utilisée pour manipuler, surveiller, polariser ou automatiser certaines formes de domination. Cette interrogation prolonge d’ailleurs les travaux menés par Soto-Mayor et ses collaborateurs sur les économies de la violence, où le numérique est étudié comme l’un des espaces susceptibles d’amplifier ces dynamiques.

L’intérêt journalistique du livre se situe ainsi dans cette volonté de dépasser le seul constat. Comprendre qui agit, avec quels outils, selon quelles stratégies et avec quels bénéfices permet de rendre les phénomènes moins opaques. La violence cesse alors d’apparaître comme une force abstraite et devient un objet que l’on peut observer, analyser et, potentiellement, combattre.

 

De l’analyse à l’action : construire une autre architecture

 

C’est ici que l’ouvrage rejoint une démarche résolument constructive. Après avoir décrit les mécanismes de domination et les formes contemporaines de violence, Guillaume Soto-Mayor pose la question de la sortie.

Son propos ne se résume pas à appeler à davantage de vigilance. Il défend l’idée qu’une transformation durable suppose de reconstruire les conditions éthiques de l’action collective : rapport aux autres, responsabilité, coopération, capacité à créer des institutions et des espaces qui renforcent plutôt qu’ils n’affaiblissent le vivant.

Cette orientation fait écho à son engagement au sein d’Egregor, structure qu’il a initiée et cofondée avec des professionnels issus notamment de la recherche, des ONG, des pouvoirs publics, du secteur privé et de la philanthropie. Egregor entend soutenir des innovateurs sociaux et environnementaux et développer une philanthropie orientée vers la transformation.

Le livre devient ainsi plus qu’un diagnostic. Il se présente comme une invitation à reprendre prise sur les mécanismes qui façonnent nos sociétés. Sa proposition est ambitieuse : opposer aux systèmes qui entretiennent la violence une autre manière d’organiser le pouvoir, l’économie, la technologie et les relations humaines.

Publié le 8 octobre 2026 chez Massot Éditions, La Violence en héritage compte 448 pages. Il est proposé en précommande avant sa sortie en librairie. Une soirée de lancement est annoncée le 20 octobre 2026, à Climate House Paris, autour d’interventions, d’échanges avec le public et d’une séance de dédicaces.

Dans un moment où la violence semble parfois gagner du terrain plus vite que notre capacité à la comprendre, Guillaume Soto-Mayor fait un pari intellectuel et citoyen : la lucidité ne doit pas conduire à la résignation. En remontant des symptômes vers les structures, des structures vers les acteurs et des acteurs vers les mécanismes de pouvoir, La Violence en héritage cherche à donner des clés pour comprendre ce qui se joue derrière les crises visibles.

Son message est finalement aussi simple qu’exigeant : une société ne transforme durablement ce qu’elle refuse de regarder. Mais lorsqu’elle accepte d’en comprendre les ressorts, elle peut commencer à imaginer autre chose. Déconstruire les architectures de la violence devient alors la première étape d’une reconstruction fondée sur l’éthique, la responsabilité et le pouvoir d’agir.


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