Freddy Lounana : l’architecte des imaginaires africains qui fait entrer le cinéma dans une nouvelle dimension

Heure de publication 15:30 - Temps de lecture : 3 min 55 s

Freddy Lounana (Dom Fred) lors de sa présentation à la 4e édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), les 23 et 24 octobre 2026, à la mairie du 16e arrondissement de Paris. – © Notre Voix.

Texte par : Thalf Sall

De la science-fiction à l’animation 3D, le réalisateur congolais Freddy Lounana, alias Dom Fred, explore les possibilités des technologies numériques pour produire des univers africains capables de conquérir les écrans internationaux. À la 4e édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), à Paris, il a livré une démonstration remarquée : les créateurs africains peuvent aussi maîtriser les outils, les techniques et les chaînes de production qui donnent vie à leurs histoires. Une démarche qui associe innovation, indépendance créative et transmission des savoir-faire.

Dans la grande salle des fêtes de la mairie du 16e arrondissement de Paris, les 23 et 24 octobre 2026, les initiatives se succèdent, les expériences se croisent et les convictions prennent forme. Parmi les intervenants de cette quatrième édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), Freddy Lounana, connu dans l’univers audiovisuel sous le nom de Dom Fred, attire particulièrement l’attention. Élégant dans sa tenue, assuré dans sa posture et généreux dans ses explications, le cinéaste d’origine congolaise prend la parole avec une ambition clairement affirmée : donner aux histoires africaines les moyens techniques de leurs ambitions.

Son intervention est particulièrement suivie. Avec une présentation structurée, des exemples de réalisations et une connaissance manifeste des outils numériques, il emmène le public dans les coulisses de la fabrication d’un film en trois dimensions. Il ne parle pas seulement de cinéma ou de nouvelles technologies. Il raconte comment une idée devient un personnage, comment un personnage prend place dans un décor, comment une scène est animée et comment un univers imaginaire finit par exister à l’écran. Sa démonstration, brillante et pédagogique, est saluée par de chaleureux applaudissements.

« Nos histoires méritent les moyens techniques de leur ambition », résume-t-il dans sa présentation. Une phrase qui donne le fil conducteur de son parcours.

Cette prise de parole s'inscrit dans une édition inédite de la SAS, qui a réuni 100 intervenants venus présenter leurs initiatives et leurs engagements selon l'approche du journalisme de solutions. Pour chacun, l'exercice consistait à dépasser le discours : identifier un problème, en expliquer les causes, démontrer le fonctionnement de la réponse proposée, présenter les résultats et ouvrir des perspectives de développement. Une première expérience de cette nature pour les 100 intervenants, invités à soumettre leurs démarches à une présentation concrète et documentée.

 

La maîtrise des outils, une réponse à un obstacle majeur du cinéma indépendant

 

Derrière les images spectaculaires du cinéma d’animation se cache une réalité exigeante. Concevoir un film en 3D demande des compétences spécialisées, des logiciels adaptés, des équipements performants, du temps et des financements. Pour les studios indépendants, ces contraintes peuvent ralentir la production, limiter les ambitions artistiques et rendre difficile l’accès aux circuits de diffusion.

Freddy Lounana a choisi de travailler précisément sur cette équation. Son parcours, engagé dans la création audiovisuelle et les effets spéciaux, s'est construit autour du suivi de caméra, de la capture de mouvement, de la composition 3D et des technologies de production en temps réel. Il développe ainsi une méthode qui associe écriture, conception visuelle et maîtrise technique.

Concrètement, le processus commence par la création des personnages et des environnements numériques. Viennent ensuite la prévisualisation des scènes, le travail sur les cadrages et les mouvements, l'animation, puis la finalisation des images. Avec des outils comme Character Creator, iClone, ActorCore et Unreal Engine, il organise une chaîne de production permettant de concevoir, d'animer et de mettre en scène des univers complexes.

L'intérêt de cette approche réside dans l'utilisation coordonnée de technologies accessibles aux studios indépendants, notamment pour accélérer certaines étapes de fabrication et rendre les processus plus maîtrisables. La technologie ne remplace ni l'écriture ni la direction artistique : elle leur offre de nouveaux moyens d'expression.

 

De Space Agents à Nkoa : des réalisations qui donnent corps à la méthode

 

Pour convaincre son auditoire, Freddy Lounana s'appuie sur des œuvres concrètes. Premier jalon marquant : Space Agents: The Mysterious AX, long métrage de science-fiction développé avec le scénariste Alick Macaire à partir de 2020. Sorti en 2023 et diffusé notamment sur Amazon Prime Video, le film illustre la capacité d'une production indépendante à construire un univers futuriste et à atteindre des plateformes internationales.

Autre réalisation, Nkoa, Child of the Forest, film d'animation 3D produit en 2026. L'histoire met en scène deux mondes réunis autour de la sauvegarde d'un sanctuaire menacé. Conçu avec des technologies de production numérique en temps réel, le projet mobilise animation, effets visuels et scènes d'action. Selon les éléments communiqués par le réalisateur, le film a obtenu près de trente distinctions internationales, dont deux récompenses de meilleur réalisateur aux Hollywood International Indie Screenplay Awards.

Son ambition se prolonge avec The World of Lisha: The Legacy, un univers de fantasy africaine présenté au Comic Con Africa 2026. À travers ces projets, le cinéaste construit des récits qui puisent dans des imaginaires africains tout en adoptant les codes techniques des grandes productions contemporaines.

Au-delà des films, son engagement s'étend à la transmission. En 2026, il a parrainé la huitième édition du Festival des films congolais (FESFICO), à Pointe-Noire. L'événement a rassemblé, selon son bilan, plus de 5 000 participants, mobilisé 12 universités et comptabilisé 44 bénéficiaires sociaux directs. Cette expérience témoigne de son intérêt pour les passerelles entre création, formation et inclusion.

 

Former, transmettre et faire émerger une nouvelle génération de créateurs

 

Avec Dom Fred Films, société implantée à Gradignan, près de Bordeaux, Freddy Lounana entend désormais prolonger son expérience de production par un dispositif de transmission des compétences en image numérique temps réel. L'objectif est de développer des ateliers pilotes avec des établissements de formation et des partenaires technologiques, puis d'accompagner les participants dans la réalisation de projets concrets.

La démarche prévoit une progression mesurable : compétences acquises, œuvres réalisées, portfolios constitués et possibilités d'insertion professionnelle. Sa reproduction dans d'autres territoires pourrait s'appuyer sur des partenariats entre écoles, studios, fournisseurs de technologies, financeurs et diffuseurs. Elle suppose également des équipements adaptés, des licences logicielles et un accompagnement pédagogique régulier.

« Je suis convaincu que les créateurs africains doivent pouvoir non seulement raconter leurs histoires, mais aussi maîtriser les outils qui leur permettent de leur donner vie et de les faire voyager », affirme le réalisateur. Une conviction qui trouve un écho auprès du public. Mariella, participante venue de Guadeloupe, salue une démarche qui associe créativité, innovation et transmission : « La présentation de Freddy m’a particulièrement marquée. Elle montre que les talents africains ont toute leur place dans les industries créatives et qu’ils peuvent s’appuyer sur les nouvelles technologies pour donner une autre dimension à leurs histoires. J’ai trouvé sa démarche inspirante. »

Son appel aux partenaires s'inscrit dans cette perspective : ouvrir davantage l'accès aux technologies, partager les méthodes de travail et transformer les talents émergents en professionnels capables de conduire leurs propres productions.

À Paris, son intervention a rappelé que l'innovation africaine ne se limite pas aux réponses aux besoins sociaux ou économiques. Elle se déploie aussi dans les industries culturelles, là où la maîtrise technologique peut devenir un levier de souveraineté créative et d'opportunités professionnelles.

En quittant la scène sous les applaudissements, Freddy Lounana laisse une conviction forte : l'Afrique doit pouvoir raconter ses histoires, mais aussi maîtriser les outils qui leur permettent de prendre vie. Produire ses propres univers, transmettre les compétences et faire circuler ses récits : une ambition qui donne à la création numérique africaine de nouvelles perspectives.

Retour en images sur les temps forts de la participation de Freddy Lounana à la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), à Paris


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