Léandre Junior Gnawa et Vincent Percier : quand l’Afrique rencontre Bordeaux autour d’un vin qui crée des passerelles

Heure de publication 12:00 - Temps de lecture : 3 min 58 s

Vincent Percier et Léandre Junior Gnawa : une rencontre entre l’Afrique et Bordeaux autour du Château Bel-Air l’Espérance, où savoir-faire viticole, commerce international et transmission ouvrent de nouvelles passerelles. – © Léandre Junior Gnawa.

Texte par : Thalf Sall

À Targon, en Gironde, une rencontre entre un spécialiste ivoirien du commerce international et un vigneron héritier de six générations de savoir-faire fait émerger une histoire singulière. Autour du Château Bel-Air l’Espérance, Léandre Junior Gnawa et Vincent Percier explorent une autre manière de faire circuler le vin, les compétences et les cultures, de Bordeaux jusqu’aux marchés africains.

L’histoire commence loin des discours sur la coopération entre les territoires. Elle commence sur une propriété viticole de Targon, au cœur de la Gironde, là où Vincent Percier poursuit une histoire familiale commencée plusieurs générations avant lui.

Né à Bordeaux et formé à la viticulture, à l’œnologie, au commerce et à la QHSE, Vincent a repris la direction de l’exploitation familiale en 2014. Le domaine Vignobles Percier est aujourd’hui associé à plusieurs cuvées, dont le Château Bel-Air l’Espérance, marque déposée depuis 1990. Le vignoble familial, présent à Targon depuis six générations, a engagé sa conversion vers l’agriculture biologique en 2023 et bénéficie du niveau 3 de la certification HVE.

Le Château Bel-Air l’Espérance n’est d’ailleurs pas seulement un patrimoine transmis. Le vin a déjà trouvé sa place dans les concours professionnels : son millésime 2021, en appellation Entre-Deux-Mers Haut-Benauge, a obtenu une médaille d’or au Concours de Bordeaux 2022.

C’est dans cet univers que Léandre Junior Gnawa fait son entrée. Ivoirien installé près de Bordeaux, spécialiste des questions douanières et du commerce international, il s’intéresse depuis longtemps aux mécanismes qui permettent aux produits de franchir les frontières. Son approche repose sur une conviction : un marché ne se résume pas à une destination commerciale ; il faut en comprendre les règles, les usages, les attentes et les connexions humaines.

Sa rencontre avec Vincent va progressivement déplacer cette expertise.

 

Du commerce international à l’apprentissage du vin

 

Au départ, Léandre vient avec son regard de professionnel du commerce international. Il observe, questionne, analyse. Mais le vin impose une autre temporalité.

Il découvre la vigne, les contraintes du terroir, les gestes du chai, les choix techniques et cette part de patience qui distingue une production agricole d’une simple opération commerciale. À mesure que les échanges se multiplient, sa relation avec Vincent dépasse la question de l’exportation.

Léandre devient apprenti vigneron aux côtés de Vincent.

Cette évolution donne à leur collaboration une dimension particulière. L’un possède une connaissance intime du produit, de la terre et de la transmission familiale ; l’autre apporte une culture des flux, des réglementations et des marchés internationaux. Leur complémentarité ne consiste donc pas à effacer leurs différences, mais à les rendre utiles à un même projet.

Pour Léandre, comprendre le vin signifie désormais aussi comprendre ce qui se trouve derrière la bouteille. La terre, les cépages, les choix du vigneron, le temps de production, mais aussi l’histoire que le produit peut raconter lorsqu’il change de territoire.

C’est là que le Château Bel-Air l’Espérance prend une nouvelle dimension dans leur démarche. Produit à Targon, il devient potentiellement un vecteur de découverte et de dialogue avec d’autres marchés, notamment africains.

Le vin blanc du domaine est notamment élaboré à partir de sauvignon gris et présenté par la Maison des Vins de Cadillac comme issu d’une agriculture respectueuse du sol et de la biodiversité.

 

Une bouteille comme passerelle entre Bordeaux et l’Afrique

 

Pour Vincent, transmettre constitue déjà une partie du métier. Pour Léandre, faire circuler un produit suppose de lui donner un contexte, une histoire et les conditions nécessaires à son appropriation par de nouveaux publics.

Leur collaboration réunit ces deux dimensions. Elle pose aussi une question plus large : comment faire d’un produit du terroir un support de relations économiques et culturelles entre des territoires qui ne partagent ni la même histoire viticole ni les mêmes habitudes de consommation ?

La réponse ne passe pas uniquement par l’exportation. Elle repose sur la connaissance réciproque, la qualité du produit, la maîtrise des circuits et la capacité à raconter ce que l’on transporte.

Léandre revendique une méthode fondée sur l’observation, la compréhension et la structuration avant l’action. Cette philosophie trouve dans le travail viticole un terrain concret d’apprentissage. Vincent, de son côté, découvre à travers cette collaboration de nouvelles perspectives pour un domaine dont l’identité reste profondément enracinée dans son terroir.

Leur histoire illustre ainsi une forme de coopération entrepreneuriale où chacun apporte ce qu’il maîtrise le mieux. La vigne fournit le produit ; le commerce international ouvre les chemins ; la rencontre humaine donne du sens à l’ensemble.

C’est précisément cette capacité à faire émerger de nouvelles connexions à partir de savoir-faire existants qui rejoint l’esprit de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS). La solution n’est pas nécessairement une technologie spectaculaire. Elle peut aussi résider dans une rencontre, dans la transmission d’une compétence, dans la création d’un marché ou dans la capacité à connecter deux écosystèmes qui se connaissaient peu.

Le parcours de Léandre et celui de Vincent racontent finalement une même idée : un savoir-faire ne change véritablement d’échelle que lorsqu’il rencontre d’autres compétences et de nouveaux territoires.

À Targon, le Château Bel-Air l’Espérance porte l’héritage d’une famille de vignerons. Avec Léandre Junior Gnawa, il commence aussi à porter une ambition de dialogue avec l’Afrique. Une bouteille peut alors devenir plus qu’un produit : un objet de transmission, une porte d’entrée vers une culture et un trait d’union entre Bordeaux et le continent africain.

L’histoire de Léandre Junior Gnawa et de Vincent Percier ne repose ni sur l’effacement des identités ni sur une simple logique commerciale. Elle montre ce que peut produire la rencontre entre un patrimoine viticole solidement ancré dans son territoire et une expertise tournée vers les échanges internationaux. Autour du Château Bel-Air l’Espérance, deux parcours se complètent et ouvrent une réflexion sur la manière dont les savoir-faire peuvent voyager, se rencontrer et créer de nouvelles opportunités entre la France, l’Afrique et leurs diasporas.


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