Jacqueline Essiomley : « Le journalisme de solutions ne consiste pas seulement à informer : il doit donner envie d’agir »
Heure de publication 20:45 - Temps de lecture : 4 min 05 s
Koffi Jacqueline Essiomley, juriste et conseillère sociale en France, formée au Journalisme de Solutions, partage son expérience et sa vision d’un journalisme qui informe, inspire et donne envie d’agir. – © Koffi Jacqueline Essiomley.
Texte par : Thalf Sall
Formée au Journalisme de Solutions, Jacqueline Essiomley, juriste et conseillère sociale en France, témoigne de la transformation profonde que cette approche a opérée dans sa manière d’analyser, de traiter et de raconter l’information. Lors du webinaire international « Journalisme de solutions : raconter ce qui fonctionne pour inspirer le changement et révéler une autre Afrique », organisé le 15 juillet 2026 dans le cadre de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), elle a expliqué comment cette méthode lui a appris à dépasser le simple constat pour rechercher des réponses concrètes, vérifiables et porteuses d’impact. À travers son retour d’expérience, elle met en lumière les trois exigences fondamentales qui guident désormais sa pratique : la preuve par les données, l’analyse critique des limites et la transparence sur les impacts réels. Elle présente également son reportage de fin de formation consacré à SAMPAY Africa, une fintech nigérienne qui facilite l’accès aux paiements numériques dans le contexte sahélien. Une enquête qui illustre la vocation du journalisme de solutions : raconter des initiatives crédibles, mesurer leurs résultats et montrer qu’il existe, partout en Afrique, des réponses innovantes capables d’inspirer et de transformer les réalités.
Webinaire sur le journalisme de solutions
Pitch de Jacqueline ESSIOMLEY
Je suis Jacqueline ESSIOMLEY, juriste et conseillère sociale, résidant et exerçant en France. Je fais partie de la promotion 2026 de la formation au journalisme de solutions.
1. Ma découverte du journalisme de solutions
Plus jeune, j’écoutais régulièrement les radios BBC Afrique et RFI Afrique. Certaines de leurs émissions mettaient en lumière des initiatives à fort impact. Sans le savoir, j’étais déjà en contact avec ce que l’on appelle aujourd’hui le journalisme de solutions.
Par la suite, j’ai découvert les actions de l’ONG française Reporters d’Espoirs, qui œuvre à la promotion de cette approche journalistique. C’est ainsi que j’ai entendu parler du concept, sans toutefois m’y intéresser en profondeur.
Ma rencontre avec Léonce Houngbadji et la découverte de son média Notre Voix ont marqué un véritable tournant. J’ai alors compris toute la portée du journalisme de solutions. Ce qui m’a immédiatement séduite dans cette manière de traiter l’information, c’est son caractère concret et utile. Cette approche ne se limite pas à relater des faits : elle met en lumière des réponses à des problèmes réels et permet aux citoyens, quels que soient leurs domaines d’activité, d’acquérir des connaissances pratiques et parfois même de trouver des réponses à des questions qu’ils ne s’étaient pas encore posées.
2. Ce que cette formation a changé dans ma pratique
Dans mon métier, je suis habituée à la recherche, à la veille juridique et à l’analyse rigoureuse des faits à la lumière des textes. Depuis ma formation au journalisme de solutions, j’accorde une attention particulière à certains éléments qui pouvaient auparavant m’échapper.
Aujourd’hui, je ne me contente plus de présenter une initiative ou de rapporter des faits. J’analyse désormais chaque sujet à travers trois filtres essentiels :
- La preuve par les données : l’initiative produit-elle des résultats mesurables et quantifiables ?
- L’analyse des limites : la solution est-elle reproductible ? Quels sont ses freins et ses limites ?
- La transparence : quels sont ses impacts réels, positifs comme négatifs ?
J’applique cette grille de lecture à chaque étape du processus, du choix du sujet jusqu’à la rédaction finale, en passant par l’enquête de terrain.
Au-delà du respect des fondamentaux du journalisme et des critères du journalisme de solutions, l’information diffusée doit donner envie d’agir. Pour cela, l’altruisme intellectuel est indispensable : il faut rendre les solutions compréhensibles et accessibles au plus grand nombre.
Cette approche m’a également amenée à renforcer la vérification des informations, à diversifier mes sources et à rester particulièrement vigilante face aux risques de communication promotionnelle et de désinformation.
3. Premiers constats et défis rencontrés
Depuis que j’ai adopté cette méthode, j’ai constaté un intérêt plus marqué pour les contenus que je produis. Les lecteurs portent un regard plus attentif sur les articles qui apportent non seulement un constat, mais aussi des pistes d’action.
Je n’ai pas encore suffisamment de recul pour mesurer pleinement l’impact de mes productions, mais une réalité s’impose : à l’ère des réseaux sociaux et du défilement permanent de l’information, les formats courts – vidéos, slides, shorts ou infographies – attirent davantage l’attention que les longs textes.
Or, le journalisme de solutions exige de la rigueur, du contexte et de la profondeur. Il ne s’agit pas seulement d’informer, mais aussi de permettre au lecteur, à l’auditeur ou au spectateur de comprendre une réponse à un problème donné. Cela m’incite à réfléchir aux meilleures façons d’adapter cette approche aux nouveaux usages numériques.
4. L’exemple de SAMPAY Africa
L’un de mes principaux défis reste la spécialisation. Même si la transversalité constitue un atout précieux dans le journalisme de solutions, il est souvent plus confortable de travailler sur des sujets que l’on maîtrise déjà.
J’en ai fait l’expérience lors de la réalisation de mon reportage de fin de formation consacré à SAMPAY Africa, une fintech développée au Niger.
Le sujet portait sur les paiements numériques, un domaine qui ne fait pas partie de mon champ d’expertise initial. J’ai donc dû effectuer un important travail de documentation afin de comprendre les enjeux et d’en rendre compte avec précision.
L’article, disponible sur Notre Voix, traite des difficultés d’accès aux paiements en ligne dans le contexte sahélien. L’une des causes profondes identifiées est la faible disponibilité des cartes bancaires affiliées aux réseaux internationaux Visa et Mastercard, ce qui complique les paiements internationaux et le renouvellement de nombreux abonnements numériques.
Pour répondre à ce défi, des entrepreneurs nigériens ont créé SAMPAY Africa, une solution fintech adaptée aux réalités locales, conçue pour servir de passerelle entre les monnaies locales et l’économie numérique mondiale.
Pensée à partir des besoins réels des utilisateurs, la plateforme doit néanmoins relever plusieurs défis : adoption dans certaines zones rurales, éducation numérique, cybersécurité et concurrence croissante du secteur.
Malgré ces obstacles, les résultats obtenus sont significatifs. En moins de cinq ans, la fintech a conquis plusieurs milliers d’utilisateurs grâce à des tarifs accessibles et à des procédures simplifiées.
Son impact social est également notable : autonomisation économique des femmes, qui représentent 40 % des utilisateurs, insertion et employabilité des jeunes, amélioration de l’accès aux services numériques et contribution au développement économique local.
À travers ce reportage, mon objectif était de mettre en lumière une initiative concrète tout en montrant qu’il est possible d’apporter des réponses innovantes à des problématiques partagées dans de nombreuses régions du monde.
Je vous invite à découvrir cet article et serai ravie d’échanger avec vous à ce sujet. Mes coordonnées LinkedIn sont disponibles dans le chat.
J’ai été très heureuse de faire partie de cette promotion et je vous remercie chaleureusement pour votre attention.
