« Ensemble pour l’Égalité » : à Paris, la mobilisation qui veut changer la donne

Heure de publication 23:38 - Temps de lecture : 4 min 38 s

Quelques participants de la 2ᵉ édition de la conférence « Ensemble pour l’Égalité », réunis à l’Hôtel de l’Industrie à Paris autour des enjeux de lutte contre les violences faites aux femmes et de construction d’une égalité réelle entre les femmes et les hommes, le 18 mai 2026. – © Notre Voix.

Texte par : Thalf Sall

Dans le prestigieux Salon Lumière de l’Hôtel de l’Industrie, au cœur du 6ᵉ arrondissement de Paris, la 2ᵉ édition de la conférence « Ensemble pour l’Égalité » a réuni, le 18 mai 2026, juristes, magistrates, élues, militantes, experts et citoyens autour d’une même urgence : faire de l’égalité entre les femmes et les hommes une réalité concrète. Entre témoignages poignants, analyses sans détour et propositions fortes, cette rencontre initiée par l’association Violences et Droits des Femmes, présidée par Ayih Ekue, a confirmé une évidence : l’égalité ne se décrète pas, elle se construit.

Dès 17 heures 30, les invités affluent sous les lustres du Salon Lumière. Dans les couloirs feutrés de l’Hôtel de l’Industrie, les discussions s’engagent déjà autour des violences sexistes, du cyberharcèlement, du masculinisme, ou encore des inégalités professionnelles. Très vite, la salle affiche complet. Avocates, magistrates, responsables associatifs, élus locaux, universitaires et acteurs de la société civile prennent place dans une atmosphère mêlant gravité, écoute et espoir.

La conférence, remarquablement modérée par Samia Badat-Karam, première adjointe au maire du 16ᵉ arrondissement de Paris chargée de l’Administration générale, de la Vie associative, des Finances et de la Caisse des Écoles, ainsi que correspondante Défense, Violaine De Filippis-Abate, avocate, activiste et autrice, ainsi que par Solenne Brugere, avocate au Barreau de Paris, conseil en stratégie juridique, éthique et RSE, ancienne membre du Conseil de l’Ordre, bénéficie d’une animation à la fois rigoureuse, fluide et engagée. À travers leurs interventions, leurs relances et leur maîtrise des échanges, elles contribuent à donner du rythme, de la profondeur et de la cohérence aux débats tout au long de la soirée.

Au pupitre, Ayih Ekue, président de l’association Violences et Droits des Femmes et initiateur de la conférence, donne le ton. Pour lui, cette rencontre ne peut se réduire à un simple rendez-vous institutionnel : « Les droits des femmes restent fragiles. Chaque recul, chaque silence, chaque banalisation nourrit les violences. »

Autour de lui, plusieurs personnalités fortement engagées dans la promotion des droits des femmes et de l’égalité prennent part à la rencontre. Parmi elles, Bérangère Couillard, présidente du Haut Conseil à l'Egalité ; Chantal Lambert Burens, adjointe au maire du 6eme arrondissement de Paris en charge de l’égalité femmes/hommes ; Danielle Girondin, présidente des associations Génération II Citoyenneté Intégration et Puissance de Femmes ; Léonce Houngbadji, fondateur de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) ; Faiza Chaker, présidente de l’Association Internationale pour le Développement Économique et Social – Afrique/France (AIDES/A.F), ainsi que Marinette Rikong, auteure engagée.

Tous rappellent, à travers leur présence, que le combat pour l’égalité dépasse largement le cadre militant et concerne désormais l’ensemble des sphères politiques, économiques, éducatives, culturelles et sociales.

 

Déconstruire les stéréotypes pour changer durablement les mentalités

 

La première table ronde plonge immédiatement l’assistance au cœur d’un enjeu majeur : déconstruire les stéréotypes de genre et comprendre leurs multiples manifestations dans la société contemporaine. Les échanges, à la fois lucides, pédagogiques et profondément engagés, mettent en lumière les mécanismes invisibles qui alimentent les discriminations et contribuent à banaliser les violences faites aux femmes.

Yseline Fourtic-Dutarde, avocate, cofondatrice d’Ensemble contre le sexisme et porte-parole de la Fondation des Femmes, dénonce une société où les violences symboliques, verbales et psychologiques précèdent trop souvent les violences physiques. Selon elle, le sexisme ordinaire demeure profondément enraciné dans les mentalités, les institutions, les pratiques sociales et certains discours publics.

À ses côtés, Typhaine D, autrice, comédienne, metteuse en scène et chroniqueuse média, interpelle le public sur le poids du langage, des représentations culturelles et des imaginaires collectifs dans la perpétuation des inégalités. Avec force, finesse et sensibilité, elle rappelle combien les mots, l’éducation et la culture façonnent durablement les comportements sociaux et les rapports entre les femmes et les hommes.

Les interventions de Charlotte Baelde, présidente du Centre Hubertine Auclert – Centre francilien pour l’égalité femmes-hommes, enrichissent les débats par une approche institutionnelle et territoriale. Elle insiste sur le rôle essentiel des politiques publiques, de l’école, de la vie associative et des collectivités locales dans la diffusion d’une véritable culture de l’égalité dès le plus jeune âge.

Au fil des prises de parole, une conviction commune s’impose : les stéréotypes de genre ne sont ni anodins ni sans conséquences. Ils influencent les parcours scolaires, orientent les choix professionnels, façonnent les relations sociales et participent à la reproduction des inégalités structurelles entre les femmes et les hommes.

Dans l’assistance, plusieurs participantes acquiescent discrètement lorsque sont évoqués les mécanismes invisibles du sexisme ordinaire. « On apprend très tôt aux filles à se limiter », confie une jeune étudiante venue assister aux débats, dans un silence révélateur.

La discussion prend une dimension particulièrement forte lorsque les intervenantes abordent la haine en ligne, le cyberharcèlement et la montée du masculinisme. Les réseaux sociaux, expliquent-elles, sont devenus des espaces où les violences verbales et psychologiques contre les femmes se propagent avec une inquiétante banalisation. Face à cette réalité, les participantes appellent à une réponse globale, mêlant éducation, justice, prévention, responsabilité politique et transformation culturelle durable.

 

Construire une égalité réelle : du discours politique aux urgences de terrain

 

La seconde table ronde, consacrée à la construction d’une égalité réelle et durable, s’articule autour du Plan interministériel 2023-2027 pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Les échanges, particulièrement denses et parfois bouleversants, mettent en évidence l’écart persistant entre les avancées législatives et la réalité vécue par de nombreuses femmes.

Isabelle Steyer, avocate pénaliste, cofondatrice de l’Action Juridique Femmes et autrice, ouvre les débats sur la nécessité de mieux protéger les droits des femmes, notamment face aux violences sexistes et sexuelles. Elle revient sur les insuffisances judiciaires persistantes, les difficultés rencontrées par les victimes dans leur parcours judiciaire ainsi que les carences institutionnelles encore observées dans certaines affaires de violences graves.

Le ton devient plus grave encore lorsque les échanges abordent les féminicides et les défaillances persistantes des dispositifs de protection. « Certaines victimes meurent après avoir demandé de l’aide à plusieurs reprises », murmure, avec émotion, une participante, dans un silence soudain devenu pesant autour d’elle. Dans la salle, plusieurs femmes baissent les yeux, tandis que d’autres acquiescent discrètement, comme saisies par la brutalité d’une réalité que beaucoup connaissent, de près ou de loin.

La question de l’égalité économique et professionnelle occupe également une place centrale dans les discussions. Laurence Merger, fondatrice de LGMP Conseils et de la marque Up to Date Learning, dénonce la persistance des discriminations salariales, des plafonds de verre et des inégalités d’accès aux responsabilités. Selon elle, malgré les progrès affichés, les inégalités économiques entre les femmes et les hommes restent profondément structurelles et nécessitent des transformations ambitieuses dans les politiques publiques comme dans les pratiques des entreprises.

À ses côtés, Emilie Vergne, avocate en droit des affaires, en droit pénal et en droit civil, ainsi qu’autrice, insiste sur l’importance de construire une véritable culture de l’égalité dès l’école. Elle alerte sur les stéréotypes persistants dans les parcours éducatifs et professionnels, qui continuent d’influencer les orientations, les opportunités et les trajectoires des jeunes filles.

Au fil des échanges, une idée forte s’impose : l’égalité ne peut plus se limiter à un principe juridique ou à un objectif politique. Elle doit devenir une réalité concrète, visible et mesurable dans les institutions, le monde du travail, l’éducation, la justice et l’ensemble des espaces de la vie sociale.

 

Les hommes appelés à devenir acteurs du changement

 

Le dernier panel ouvre une réflexion essentielle et souvent sensible : quelle place les hommes doivent-ils occuper dans la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes ? Très vite, les échanges convergent vers une même conviction : aucune transformation durable ne sera possible sans une implication réelle, consciente et active des hommes.

Frédéric Robert, cofondateur de l’association Zéro Macho, appelle les hommes à sortir du silence et à prendre clairement position contre les violences sexistes et sexuelles. Pour lui, il ne suffit plus de se dire favorable à l’égalité ; il faut désormais agir concrètement, remettre en question certains comportements hérités et participer activement à la déconstruction des modèles de domination.

À ses côtés, Aurore Murat Mondoloni, adjointe à la maire du 5ᵉ arrondissement de Paris chargée de l’égalité femmes-hommes, insiste sur le rôle déterminant des collectivités territoriales, de l’éducation et des politiques publiques dans la prévention des violences et la promotion d’une culture du respect dès le plus jeune âge.

Isabelle Dréan-Rivette, magistrate et docteure en droit pénal et sciences criminelles, apporte quant à elle un éclairage juridique et sociétal sur les mécanismes de violences et les résistances culturelles encore profondément ancrées dans certaines sphères sociales. Elle rappelle que les avancées législatives, aussi importantes soient-elles, ne suffisent pas sans une évolution profonde des mentalités.

Au fil des interventions, l’idée fait largement consensus : l’égalité ne pourra progresser durablement sans une mobilisation collective impliquant femmes et hommes, institutions, écoles, familles, médias et acteurs de la société civile. Magistrates, élues, militants et experts insistent sur l’urgence d’éduquer à l’égalité, au respect et à la responsabilité dès l’enfance.

À mesure que la soirée avance, une conviction commune émerge dans les échanges : au-delà des lois et des discours, c’est un véritable changement culturel qui doit s’opérer. Autour du cocktail final, les discussions se poursuivent encore longuement entre participants et intervenants, preuve que le besoin de dialogue, d’écoute et d’action demeure immense.

Dans un monde traversé par les tensions identitaires, les violences numériques et les remises en cause croissantes des droits fondamentaux, la conférence « Ensemble pour l’Égalité » aura rappelé une évidence essentielle : défendre les droits des femmes, c’est aussi défendre la démocratie, la justice sociale et l’avenir des sociétés humaines.


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