Les Jeudis du Pouvoir : penser la transmission au cœur de l’action publique
Heure de publication : 18:40 - Temps de lecture : 3 min 41 s
Texte par : Thalf Sall
À Paris, dans le cadre de l’édition de mars des Jeudis du Pouvoir, espace d’échange mensuel créé par Carole Da Silva pour décrypter les codes du pouvoir et accompagner celles et ceux qui veulent agir, une question essentielle s’est imposée au cœur des discussions : que vaut le pouvoir sans transmission ? Dans un contexte politique en mutation, cette rencontre a offert une plongée immersive dans les enjeux souvent invisibles de l’exercice du pouvoir.
Dans une salle feutrée, au cœur de la capitale française, les échanges débutent sans détour. Ce soir-là, le Jeudi du Pouvoir de mars ne ressemble pas aux autres. Le contexte est particulier : entre-deux tours électoraux, transitions municipales en préparation, incertitudes politiques en toile de fond. L’actualité impose son rythme, mais c’est une autre urgence qui s’invite au centre des débats : celle de la transmission.
Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres, à Montréal, Carole Da Silva présente son documentaire Sagesse partagée. Un titre qui résonne étrangement avec les discussions parisiennes. Comme un fil invisible entre deux continents, la question de la transmission s’impose, universelle.
À Paris, sous la modération engagée de Kourtoum Sackho-Niaré, les intervenants prennent place. Olga Johnson, Jessica Elonguert et Atanase Périfan composent un panel intergénérationnel, aux parcours contrastés mais complémentaires. Très vite, le ton est donné : ici, pas de langue de bois.
Un pouvoir sans héritage ?
« La transmission reste un impensé du pouvoir. Ne pas préparer sa succession fragilise autant les institutions que les projets. Transmettre, ce n’est pas perdre du pouvoir, c’est lui donner une chance de durer », lance Atanase Périfan, brisant d’emblée un tabou tenace. Dans un système où la conquête prime souvent sur la continuité, penser à l’après reste marginal. Et pourtant, ne pas anticiper sa succession, c’est fragiliser durablement les institutions.
Les interventions se succèdent, lucides. Olga Johnson insiste sur une idée simple mais puissante : « La transmission ne se décrète pas à la fin d’un mandat. On s’intéresse beaucoup plus à la conquête du pouvoir qu’à son exercice et sa transmission. Transmettre, c’est permettre à l’autre de faire mieux, à sa manière ». Une réalité que beaucoup reconnaissent sans toujours oser la formuler.
Face à elle, Jessica Elonguert apporte une perspective plus personnelle, presque introspective. « L’engagement est différent du pouvoir. Je n’aime pas le pouvoir. Je ne cherchais pas le pouvoir, mais à être utile. Personne ne m’a transmis le pouvoir. J’ai appris seule. » Son témoignage souligne une autre facette du débat : celle des trajectoires individuelles, souvent construites sans mentorat, sans relais.
Dans la salle, les réactions sont attentives. Les regards se croisent, les têtes acquiescent. Le sujet touche. Parce qu’il dépasse la politique au sens strict. Il interroge la manière dont chacun conçoit sa place, son impact, sa responsabilité.
Transmettre pour durer
Au fil des échanges, une conviction s’impose : la transmission ne peut plus être une réflexion tardive. Elle doit être intégrée dès le début du mandat, comme le rappelle Kourtoum Sackho-Niaré : « La transmission doit être pensée dès le premier jour pour garantir la continuité du service public. »
Ce déplacement du regard est fondamental. Il ne s’agit plus de céder une place, mais de construire un héritage. Non pas transmettre pour disparaître, mais transmettre pour faire grandir.
Dans ce cadre, la notion d’engagement prend une dimension nouvelle. Loin de la quête de pouvoir, elle devient un moteur d’action durable. « L’engagement politique n’est pas un chemin linéaire », rappelle une participante. Il est fait d’apprentissages, d’essais, d’erreurs… et de relais.
Car la relève existe. Elle est là, souvent discrète, parfois invisible. Mais elle ne peut émerger sans préparation. Sans volonté. Sans transmission.
Les échanges deviennent alors plus ouverts, presque intimes. On parle de mentorat, de confiance, de peur aussi. Peur de perdre sa place, son influence, sa légitimité. Autant de freins qui expliquent, en creux, pourquoi la transmission reste si peu organisée.
Au moment de conclure, les mots résonnent avec une intensité particulière. « Nous avons vécu un cadeau : celui de la rencontre, de la transmission et du partage », confie Atanase Périfan. Un moment suspendu, où la parole a circulé sans filtre. Olga Johnson renchérit : « Transmettre, c’est faire grandir l’autre. » Une définition simple, mais exigeante. Qui suppose humilité, vision et courage. Jessica Elonguert, enfin, rappelle une vérité essentielle : « Il faut savoir apprendre… même sans modèle. » Une invitation à ne pas attendre que tout soit tracé pour avancer.
Les Jeudis du Pouvoir confirment ainsi leur ambition : créer un espace rare, où les codes du pouvoir sont questionnés, déconstruits, réinventés. Un lieu où l’on apprend autant des autres que de soi-même. Le prochain rendez-vous est d’ores et déjà fixé : le 30 avril 2026, de 18h30 à 20h30. Le thème promet d’ouvrir de nouvelles perspectives : « Et si votre plus grand levier de leadership était la connaissance profonde de vous-même ? » Une nouvelle invitation à explorer, ensemble, les ressorts invisibles du pouvoir.
