Ursula Mrs D., Femme du Mois : « vivre pleinement, c’est choisir sa vie malgré tout »

Heure de publication : 12:10 - Temps de lecture : 6 min 41 s

À travers son livre Les Cahiers d’un départ du pays natal et sa conférence Memento Vivere, Ursula Mrs D. incarne une parole rare : celle d’une femme qui transforme ses blessures en force et son histoire en chemin de conscience. Entre introspection, courage et liberté, elle invite chacun à se penser pour mieux se choisir. – © DR.

Propos recueillis par : Thalf Sall

À l’occasion de la sortie de son livre Les Cahiers d’un départ du pays natal et de sa conférence Memento Vivere, Ursula Mrs D. est mise à l’honneur dans la rubrique Femme du Mois du média Notre Voix, qui célèbre chaque mois des femmes à fort impact. Elle se confie sur son parcours, ses combats et sa vision, mêlant témoignage intime et réflexion universelle. Dans cet entretien, elle explore les thèmes de l’émancipation, du courage et de la puissance du choix personnel, tout en revenant sur l’influence et l’héritage que ses œuvres cherchent à transmettre à son public.

Votre livre raconte un parcours intime et profond. Qu’est-ce qui vous a poussée à l’écrire ?

 

J’ai écrit ce livre parce que j’avais besoin de guérir. L’écriture a été pour moi un acte profondément cathartique, presque une nécessité pour mettre des mots sur une histoire que je portais depuis longtemps sans vraiment l’avoir interrogée. Nous grandissons souvent dans une culture où questionner son héritage, les choix de ses parents ou leurs conséquences sur notre vie peut être perçu comme une forme d’ingratitude. Pourtant, depuis l’enfance, j’ai toujours ressenti ce besoin d’intellectualiser, de comprendre, de questionner. 

Ayant grandi auprès de mes grands-parents, loin de mes parents, j’ai longtemps été habitée par des questions restées sans réponse. Même lorsque j’ai rencontré mon père, j’ai découvert un homme qui souhaitait être père, mais qui ne correspondait pas à l’image que j’avais construite. Il a donc fallu faire face à l’écart entre l’enfance que j’avais désirée et celle que j’avais réellement vécue, et accepter qu’il y avait là des blessures à reconnaître. 

Ce travail a pris une dimension plus urgente lorsque j’ai souhaité devenir mère à mon tour. À ce moment-là, j’ai entrepris une démarche thérapeutique pour ne pas transmettre à mon enfant le poids de mes propres manques. Je me suis accrochée à cette idée qu’il est nécessaire de prendre soin de ses blessures pour ne pas les faire porter à la génération suivante. L’écriture du livre s’inscrit dans ce cheminement : comprendre, réparer, et transformer. 

Et puis, au fil des lectures et des témoignages de femmes qui s’y reconnaissent, j’ai compris que ce livre dépassait mon histoire personnelle. Ce qui avait commencé comme une démarche intime de guérison est devenu aussi un espace de résonance pour d’autres. C’est sans doute là que l’écriture prend tout son sens : quand le personnel rejoint l’universel.

 

Aborder ces thèmes intimes n’était-il pas difficile ?


Oui, cela a été très difficile. Au départ, je n’étais même pas certaine de vouloir assumer ce texte publiquement. Je l’ai d’ailleurs publié sous un nom d’emprunt sur Amazon, presque comme on dépose quelque chose de très personnel dans un endroit discret. Je n’en ai pas fait la promotion, je n’en ai parlé à personne. C’était simplement une manière de mettre des mots sur mes maux, puis de les laisser là, comme pour m’en délester. 

L’écriture elle-même a été éprouvante. Elle a réveillé des blessures profondes et m’a obligée à me confronter à des émotions que j’avais longtemps tenues à distance. À certains moments, c’était trop intense : j’ai interrompu l’écriture pendant plusieurs mois, le temps de prendre du recul et de me faire accompagner. J’ai même eu besoin d’un suivi thérapeutique pour pouvoir continuer, tant revisiter cette histoire était chargé émotionnellement. 

Ce n’est que bien plus tard, en 2025, lorsque j’ai lancé un club de lecture, que j’ai osé proposer ce livre, presque comme une expérience. Comme il était publié sous pseudonyme, je me disais que je pourrais recueillir des avis sans m’exposer. Une quinzaine de femmes l’ont lu, et leur réaction m’a profondément bouleversée. Certaines l’ont terminé en quelques jours, d’autres s’y sont reconnues avec une intensité inattendue. Leurs retours m’ont fait comprendre que ce texte, né dans la solitude, touchait quelque chose de plus universel. 

Mais même aujourd’hui, l’émotion reste intacte. Relire certains passages me bouleverse encore, et lorsque j’en ai lu un extrait lors du vernissage le 21 mars 2026, l’émotion m’a submergée. Ce livre restera sans doute toujours chargé pour moi. Il a été difficile à écrire, il l’est encore à lire, mais c’est aussi le signe qu’il est profondément vivant et sincère.

 

Dans votre livre, Éloïse fait un choix radical : partir. Que représente ce départ pour vous ?

 

Le départ d’Éloïse est multiple. Il renvoie d’abord à un départ physique, celui du pays natal. Le titre fait d’ailleurs écho à une œuvre qui m’est très chère, Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. Pour moi, ce départ symbolise l’arrachement au Congo, mon pays de naissance, que j’ai quitté à 18 ans pour venir en France. Ce déplacement géographique marque déjà une transformation profonde : quitter un cadre familier, une culture, une identité construite depuis l’enfance, pour se réinventer ailleurs. 

Mais ce départ est aussi, et peut-être surtout, symbolique. Dans le livre, Éloïse fait le choix de la rupture avec sa famille d’origine pour se consacrer à la famille qu’elle a choisi de construire avec son mari et son fils. Ce n’est pas un rejet, mais une manière de se préserver, de redéfinir ses priorités et de sortir de loyautés qui empêchent parfois de devenir pleinement soi. 

Partir, dans ce sens, c’est aussi remettre en question ce que la socialisation, la culture et l’histoire familiale ont déposé en nous. C’est accepter de regarder cet héritage avec lucidité, de choisir ce que l’on garde et ce que l’on laisse derrière soi. Ce départ marque donc un passage : celui de l’enfance à une forme de maturité, celui d’une identité héritée à une identité choisie. Pour moi, partir, c’est finalement grandir, et trouver la liberté de devenir pleinement soi.

 

Est-ce un message que vous adressez aussi à vos lecteurs ?


Oui, c’est aussi un message que j’adresse aux lecteurs. Les nombreux témoignages que j’ai reçus, notamment de lectrices, m’ont montré à quel point cette idée de départ résonne dans des parcours très différents. Beaucoup se retrouvent dans cette nécessité, à un moment de leur vie, de prendre du recul, de questionner ce qu’elles ont reçu et de redéfinir leur propre chemin. 

Je pense profondément que, dans une existence, il faut savoir partir. Pas nécessairement au sens physique, mais au moins symboliquement. Partir, c’est oser interroger son héritage, ses loyautés, les schémas transmis, pour décider consciemment de ce que l’on souhaite garder et de ce que l’on veut dépasser. J’aime beaucoup cette idée formulée par Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, lorsqu’il écrit que « l’être humain est quelque chose qui doit être dépassé ». Ce dépassement de soi implique parfois une rupture, un déplacement intérieur, une prise de distance. 

Pour moi, un individu qui ne part jamais risque de ne jamais vraiment s’accomplir. Rester uniquement dans ce que l’on a reçu, sans le questionner, c’est renoncer à une part de sa liberté. Le départ devient alors une étape nécessaire : non pas pour rejeter son histoire, mais pour la regarder avec lucidité, la transformer, et devenir pleinement acteur de sa propre trajectoire.

 

Votre conférence Memento Vivere s’inscrit dans la continuité de votre livre. Quelles transformations souhaitez-vous provoquer chez votre public ?

 

L’objectif de la conférence Memento Vivere était avant tout de rappeler aux femmes l’importance de choisir de vivre pleinement. Le titre lui-même est un clin d’œil au Memento Mori, cette injonction qui rappelle la finitude de l’existence. J’ai voulu y répondre par un Memento Vivere : se souvenir de vivre, ici et maintenant, malgré les blessures, malgré les héritages parfois lourds, malgré les colères que l’on porte. 

Je me suis particulièrement adressée à celles qui ont traversé des histoires difficiles et qui avancent parfois avec une colère silencieuse. Cette colère peut être lourde, tenace, et finir par nous enfermer ou nous éteindre. Pourtant, elle est aussi un signal : elle indique qu’une limite essentielle a été franchie, qu’une part de nous a été atteinte. Dans ce sens, elle peut devenir une force, une énergie de transformation, une puissance de propulsion lorsqu’on apprend à la comprendre et à l’écouter. 

La conférence invitait donc à changer de regard sur cette colère : non pas la nier, mais l’interroger, l’apprivoiser, et s’en servir comme moteur. Car vivre, c’est aussi cela : accepter ses émotions, renoncer à ce qui nous retient, partir quand c’est nécessaire, et faire des choix conscients. Mais il s’agit aussi, à un moment, de déposer cette colère. Elle peut aider à se mettre en mouvement, mais elle ne peut pas être une vitesse de croisière sans risquer de nous consumer. 

Memento Vivere, c’était finalement une invitation à transformer la douleur en élan, à quitter la survie pour entrer pleinement dans la vie, et à faire de son histoire non pas un poids, mais une force pour avancer.

 

Comment parvenez-vous à transmettre ce message de manière concrète ?


Je transmets ce message principalement par la réflexion et l’interaction. Même si je partage mon propre récit, je suis convaincue que chacun ressent, comprend et réagit différemment. Mon objectif n’est donc pas d’imposer une solution, mais d’ouvrir un espace de questionnement dans lequel chacun peut trouver ses propres réponses. 

C’est pour cette raison que la conférence a été volontairement interactive. J’ai beaucoup dialogué avec le public, afin que nous réfléchissions ensemble. Ce qui m’importe, ce n’est pas tant la solution que j’ai trouvée pour moi, mais le cheminement qui m’y a conduite. J’essaie de transmettre ce schéma de réflexion : apprendre à se poser des questions, à analyser ses émotions, à interroger son histoire pour construire une réponse qui soit personnelle et authentique. 

C’est aussi l’esprit dans lequel j’ai écrit le livre. Il ne s’agit pas uniquement d’une autobiographie, mais d’une invitation à réfléchir. J’ai voulu proposer un cadre de pensée, un mouvement intérieur, plutôt qu’un modèle à reproduire. Et je suis particulièrement touchée de constater que les lectrices et lecteurs l’ont perçu : beaucoup ont reconnu dans l’écriture cette volonté de susciter leur propre réflexion, et de les accompagner vers leurs propres réponses.

 

Votre texte interroge la place des femmes dans la société. Quels combats portez-vous à travers vos écrits ?

 

À travers mes écrits, je porte un combat profondément féministe, au sens où il vise avant tout à rétablir l’humanité des femmes. Pendant longtemps, les femmes ont été sacralisées et la féminité essentialisée. On les a érigées en gardiennes du foyer, en figures presque intouchables, mais cette sacralisation est aussi une forme d’enfermement. Elle valorise un rôle unique, tout en limitant les possibilités d’existence. 

J’utilise souvent l’image des vestales : elles étaient chargées d’entretenir le feu sacré, honorées pour cette mission, mais dès lors qu’elles ne remplissaient plus ce rôle, elles étaient condamnées. Cette métaphore éclaire la situation de nombreuses femmes aujourd’hui : on célèbre leur dévouement, leur sacrifice, leur capacité à porter les autres, mais cette valorisation peut devenir une prison. Certaines y trouvent un honneur, parfois parce que c’est le seul espace de reconnaissance qui leur a été accordé, mais cet honneur peut aussi masquer une limitation profonde de leur liberté. 

Le combat que je porte consiste donc à inviter les femmes à sortir de cette sacralité pour se considérer pleinement comme des êtres humains, avec leurs désirs, leurs contradictions, leurs colères et leur droit à choisir. Ce combat n’est pas toujours compris, ni par les hommes, ni par les femmes. Il implique parfois de questionner des modèles auxquels certaines tiennent, parce qu’ils leur ont été présentés comme valorisants. Mais ces modèles peuvent aussi devenir des mécanismes d’auto-surveillance, où les femmes finissent par intérioriser elles-mêmes les limites qui leur sont imposées. 

C’est pourquoi mon écriture cherche à ouvrir un espace de lucidité. Il ne s’agit pas d’opposer, mais de permettre une prise de conscience : refuser d’être sacralisée pour être simplement reconnue comme humaine. Car pour moi, le véritable enjeu du féminisme est là : permettre aux femmes d’exister pleinement, au-delà des rôles assignés, et d’exiger d’être traitées comme des sujets à part entière.

 

Votre parcours personnel influence-t-il ce combat ?


Oui, mon parcours personnel influence profondément ce combat. Je suis née dans une famille où j’étais la seule fille, mais paradoxalement, au Congo, ce rôle ne m’avait pas été assigné de manière aussi marquée. J’avais grandi dans un contexte où il y avait du personnel de maison, ce qui faisait que les tâches domestiques ne constituaient pas l’horizon attendu pour moi. Mon identité ne se construisait pas autour de cette assignation, et rien ne laissait présager que je devrais me définir uniquement à travers ce rôle. 

Le basculement s’est produit lorsque je suis arrivée en France à 18 ans. Là, l’épouse de mon père a immédiatement voulu m’inscrire dans un rôle très précis : apprendre à tenir une maison, à cuisiner, à m’occuper des enfants, à gérer le foyer. Tout cela m’a été présenté comme une évidence, sans que l’on me demande ce que je souhaitais pour ma vie. Comme si, du seul fait que j’étais une femme, cette trajectoire allait de soi. Cette assignation soudaine a été très marquante pour moi. 

Elle a d’ailleurs provoqué une forme d’aversion. Pendant longtemps, j’ai rejeté tout ce qui pouvait m’enfermer dans ce rôle, notamment l’idée du mariage ou de la maternité. Mais avec le recul, j’ai compris que ce rejet était lui aussi une réaction à ce qu’on avait tenté de m’imposer. Je ne voulais pas que ma vie soit uniquement construite en opposition. Il m’a fallu trouver un chemin plus libre, fondé sur des choix conscients plutôt que sur des injonctions ou des refus. 

C’est ce parcours qui nourrit aujourd’hui mon combat. Il m’a montré à quel point les rôles assignés peuvent surgir brutalement, comment ils peuvent enfermer, mais aussi comment ils peuvent pousser à se redéfinir. Revendiquer l’humanité des femmes, pour moi, c’est précisément cela : permettre à chacune de choisir sa vie, en dehors des attentes imposées, qu’il s’agisse de fonder une famille ou non, de s’investir dans le foyer ou non, mais surtout que ces décisions soient réellement libres.

 

Vous abordez également la question des enfants et des transmissions familiales. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?

 

À travers la question des enfants et de la transmission, le message que je souhaite adresser est profondément lié à la responsabilité que nous avons envers la génération suivante. J’ai deux garçons, et je sais que je n’aurai probablement pas d’autres enfants. D’une certaine manière, cela signifie aussi que je n’aurai pas l’occasion de reproduire le rôle traditionnel que l’on a voulu m’imposer, celui d’une femme assignée à l’immanence, entièrement définie par le foyer, le mari et les enfants. Et j’en suis sereine, parce que même si j’avais eu une fille, je n’aurais pas souhaité lui transmettre ce modèle. 

Élever deux garçons représente pour moi une responsabilité particulière, mais aussi une opportunité. Celle de former des hommes qui ne représenteront pas un danger pour les femmes, des hommes capables de les reconnaître dans leur pleine humanité. Je veux qu’ils apprennent à ne pas sacraliser les femmes pour mieux les enfermer, ni à attendre d’elles des rôles prédéfinis, mais à les considérer comme des égales, libres de leurs choix et de leurs trajectoires. 

Je vois donc la transmission comme un espace de transformation. L’univers, d’une certaine manière, m’offre l’occasion d’élever des hommes différents, des hommes qui s’inscrivent dans le monde que je défends à travers mes écrits. Cela passe par l’éducation que je leur donne, par les valeurs que je leur transmets, mais aussi par le modèle qu’ils observent au quotidien. Car choisir le père de ses enfants, c’est aussi choisir une figure de masculinité qui participera à leur construction. Ce choix a été pour moi essentiel, parce que je voulais que ce modèle soit cohérent avec le combat que je porte. 

Le message que je souhaite transmettre est donc simple : la transmission familiale peut être un lieu de reproduction, mais elle peut aussi devenir un espace de réparation et de transformation. Nous avons la possibilité d’élever des enfants plus libres, plus conscients, et peut-être, à leur tour, porteurs d’un monde plus juste.

 

Votre écriture mêle réalisme et intensité romanesque. Pourquoi ce choix stylistique ?

 

Je pense que ce mélange entre réalisme et intensité romanesque vient avant tout de mes lectures et de mon rapport à la réflexion. Je suis une grande amatrice de philosophie et de littérature classique : mes influences vont de Hegel à Victor Hugo, de Sartre à Montesquieu, de Flaubert à Zola, de Simone de Beauvoir à Sénèque. Ces auteurs ont façonné ma manière de penser et, naturellement, ma manière d’écrire. Mon style est donc, en grande partie, le produit de cet héritage intellectuel et littéraire. 

Je suis aussi quelqu’un qui réfléchit constamment. Je n’aborde pas la vie comme une simple succession d’événements, mais comme une occasion permanente d’apprendre, de désapprendre, de se confronter à soi-même et au monde. Dès lors, je ne pouvais pas écrire uniquement pour raconter une histoire. Il me fallait aussi interroger, analyser, donner une profondeur aux situations vécues, inscrire le récit dans une réflexion plus large. 

Ce mélange entre le réel et une intensité plus romanesque s’est donc imposé naturellement. Le réalisme vient de l’expérience, de la volonté de rester au plus près du vécu. L’intensité, elle, naît du besoin de penser ce vécu, de lui donner du relief, de le transformer en matière de réflexion. Au fond, ce n’est pas vraiment un choix stylistique conscient, mais plutôt l’expression de ce que je suis : quelqu’un pour qui écrire, comme vivre, consiste à questionner, comprendre et se renouveler.

 

Cette approche contribue-t-elle à rendre votre message universel ?


Oui, je pense que cette approche contribue à rendre le message plus universel. L’histoire que je raconte est profondément personnelle, le vécu m’appartient, mais la réflexion qui en découle et les enseignements que l’on peut en tirer dépassent largement mon propre parcours. En me servant de mon histoire comme point de départ pour interroger des thèmes plus larges, l’héritage, la liberté, la famille, la colère, la transmission, le récit trouve une résonance chez des lecteurs qui, pourtant, ont des trajectoires différentes. 

Ce n’était pas forcément mon objectif initial. Au départ, j’avais surtout besoin de déposer ce que je portais depuis longtemps, de mettre des mots sur une expérience intime. Mais ma manière d’aborder cette histoire, en la réfléchissant plutôt qu’en la racontant simplement, a permis à d’autres de s’y reconnaître. C’est quelque chose qui m’a profondément touchée. 

Finalement, je crois que c’est tout ce que j’aurais pu souhaiter : que ce cheminement personnel devienne aussi une invitation collective à réfléchir à nos propres vécus. Si mon histoire permet à chacun de questionner la sienne, alors l’écriture prend pleinement son sens.

 

Quelle influence souhaitez-vous avoir sur vos lecteurs et votre public ?

 

L’influence que je souhaite avoir est avant tout une influence qui invite à la réflexion. Je veux pousser les lecteurs et le public à penser, mais surtout à se penser. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, nous prenons rarement le temps d’intellectualiser notre propre existence, de questionner nos choix, nos héritages, nos réactions. Pourtant, c’est précisément cette capacité qui fait de l’être humain un être conscient, capable de transformation. 

Je crois profondément que chacun porte en lui une puissance, mais que cette puissance ne peut émerger que par le travail de réflexion. Prendre le temps d’analyser son histoire, de comprendre ses émotions, d’interroger ses évidences, c’est déjà commencer à se réapproprier sa vie. Sans cela, on risque de rester dans la répétition, dans les automatismes, dans des rôles que l’on n’a pas réellement choisis. 

Mon objectif n’est donc pas de donner des réponses toutes faites, mais d’encourager ce mouvement intérieur. Si mes écrits et mes conférences amènent les personnes à se poser davantage de questions, à penser leur parcours, à se regarder avec lucidité, alors l’essentiel est atteint. Pour moi, écrire et parler, c’est avant tout inviter chacun à devenir pleinement acteur de sa propre pensée et, par là même, de sa propre vie.

 

Quels sont vos projets et ambitions pour l’avenir ?

 

Aujourd’hui, je suis directrice financière, et l’écriture s’est imposée à moi comme un espace essentiel, complémentaire à mon parcours professionnel. Pour l’avenir, je souhaite continuer à écrire, parce que c’est une activité qui me permet à la fois de réfléchir, de transmettre et de prolonger les questionnements qui me traversent. 

Je me suis également lancée dans la création de contenu, une démarche qui m’a d’ailleurs conduite à publier mon livre, puis à lancer un club de lecture. Ces espaces d’échange me tiennent particulièrement à cœur, et j’aimerais aller plus loin en créant un club de femmes axé à la fois sur la réflexion et la transformation. L’idée serait de proposer un lieu où l’on peut questionner son histoire, partager des expériences et cheminer vers davantage de lucidité. 

Je souhaite aussi continuer à intervenir à travers des conférences, des rencontres et des salons, afin de prolonger ce dialogue avec le public. Mon ambition est de développer ces différents formats pour accompagner, autant que possible, les femmes dans un travail d’humanisation, de prise de conscience et de réflexion. Si mes écrits, mes prises de parole ou ces espaces collectifs peuvent contribuer à susciter ce mouvement, alors je considérerai que je suis pleinement alignée avec ce que je souhaite construire pour l’avenir.

 

Comment votre livre et votre conférence s’inscrivent-ils dans votre vision globale de l’existence ?

 

Posée ainsi, cette question donne l’impression que tout cela s’inscrivait dans un plan que j’aurais défini à l’avance, alors que ce n’est pas du tout le cas. Lorsque j’ai publié ce livre pour la première fois, en 2020, sur Amazon et sous un nom d’emprunt, je n’avais aucune ambition particulière. Je ne m’imaginais ni en parler publiquement, ni tenir des conférences, ni voir ce texte trouver un écho. Ce que je vis aujourd’hui ne faisait pas partie d’une stratégie ; c’est quelque chose qui s’est construit progressivement, presque malgré moi. 

Finalement, je dirais plutôt que c’est moi qui m’inscris dans la vision que mon livre et ma conférence ont fait émerger. Ils ont révélé et structuré un combat que je porte depuis longtemps. J’ai commencé à développer cet état d’esprit, que l’on peut qualifier de féministe, très jeune, dès l’âge de 13 ans. Même si mon parcours m’a menée vers d’autres chemins, des études de droit, puis d’économie et de finance, jusqu’à devenir directrice financière, je constate aujourd’hui que, malgré ces détours, je reviens à cette conviction initiale. 

Mon livre et la conférence Memento Vivere ne sont donc pas l’aboutissement d’un projet prémédité, mais plutôt des étapes qui ont donné une forme à ce combat. Pour l’avenir, je ne cherche pas à tout planifier. Je choisis plutôt de me laisser porter par cette dynamique, par ce que ces prises de parole ont ouvert, et par la cohérence qui semble se dessiner. En somme, je me laisse guider par ce combat que je mène depuis longtemps, et par le chemin qu’il continue de tracer.

 

Un dernier mot pour vos lecteurs et nos internautes ?

 

J’aimerais simplement dire à celles et ceux qui me lisent et m’écoutent de ne pas avoir peur de se penser. Nous traversons tous des histoires complexes, des héritages parfois lourds, des émotions que l’on préfère taire. Pourtant, c’est souvent dans ce travail de réflexion que commence la liberté. Prendre le temps de questionner son parcours, ses colères, ses choix, ce n’est pas se détourner de la vie, c’est au contraire choisir de la vivre pleinement. 

Je voudrais aussi rappeler que chacun avance à son rythme. Il n’y a pas de modèle unique, pas de trajectoire idéale. L’essentiel est de rester fidèle à cette exigence de lucidité, de ne pas se contenter de ce qui nous a été transmis sans l’avoir interrogé. Se penser, c’est déjà se transformer. 

Si mes mots, mon livre ou mes conférences peuvent simplement susciter cette envie de réfléchir, alors j’en serai profondément heureuse. Parce qu’au fond, tout commence peut-être là : dans cette décision intime de vivre en conscience, et de devenir pleinement acteur de sa propre existence.


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Catégories

video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon