Journée internationale des droits des femmes : Eloge Luyela, la voix de l’éducation pour les enfants oubliés
Heure de publication 10:15 - Temps de lecture : 4 min 09 s
Grâce à l’engagement d’acteurs sociaux comme Eloge Luyela, de nombreux enfants issus de milieux modestes retrouvent le chemin de l’école et la possibilité de rêver à un avenir meilleur. – © DR.
Texte par : Papy BWABUY/RDC
Par-delà les célébrations du 8 mars, certaines femmes transforment silencieusement la réalité de leurs communautés. À Kinshasa, Eloge Luyela incarne cette génération d’actrices sociales qui ont fait de l’éducation des enfants défavorisés, et particulièrement des jeunes filles, un combat quotidien. À travers son organisation Sourire dans nos villages, elle œuvre depuis plusieurs années pour redonner espoir à ceux que la pauvreté et l’abandon ont laissés au bord du chemin.
Dans le quartier Ma Campagne, dans la commune de Ngaliema à Kinshasa, la détermination d’Eloge Luyela ne passe pas inaperçue. À la tête de l’organisation Sourire dans nos villages (SDV), qu’elle dirige depuis près d’une décennie, cette mère de famille consacre une grande partie de son énergie à soutenir la scolarisation des enfants issus de milieux défavorisés.
Son engagement n’est pas le fruit du hasard. Il s’est construit progressivement au fil des années, à la faveur d’expériences personnelles marquantes. Fille d’un élu du peuple, elle a longtemps accompagné son père lors de déplacements à travers différentes localités de la République démocratique du Congo. Ces voyages lui ont permis de découvrir les réalités souvent difficiles des villages reculés.
Dans de nombreuses communautés rurales, elle observe alors une situation alarmante : des enfants livrés à eux-mêmes, parfois sans accès à la nourriture, encore moins à l’école. Cette réalité, qui contraste fortement avec les promesses de développement souvent évoquées dans les discours officiels, agit comme un déclic.
« J’ai vu trop d’enfants grandir sans encadrement ni perspectives. Certains ne connaissent même pas l’école. Face à cette situation, j’ai compris qu’il fallait agir, même modestement », confie-t-elle lors d’un entretien accordé à notre rédaction.
L’éducation comme levier de transformation sociale
Convaincue que l’éducation demeure l’un des piliers du développement durable, Eloge Luyela fait de la scolarisation la priorité de son engagement. Pour elle, permettre à un enfant d’aller à l’école ne relève pas seulement d’une aide ponctuelle : c’est une action qui peut transformer toute une trajectoire de vie.
Son attention se porte particulièrement sur les jeunes filles, souvent les premières victimes des inégalités éducatives dans plusieurs régions du pays. Dans de nombreuses familles confrontées à la précarité, les ressources limitées conduisent parfois à privilégier la scolarisation des garçons, laissant les filles à la maison.
« Les filles doivent pouvoir poursuivre leurs études et aller aussi loin que possible. L’éducation leur donne la capacité de prendre des décisions, d’influencer leur environnement et d’occuper demain des postes de responsabilité », explique-t-elle.
À travers ses actions, l’objectif est clair : briser le cycle de la pauvreté en donnant aux enfants les outils nécessaires pour construire leur avenir.
Une organisation au service des enfants des villages
C’est dans cette perspective qu’Eloge Luyela crée l’organisation Sourire dans nos villages, une structure engagée dans la promotion du bien-être des enfants vivant dans les zones rurales et périurbaines.
L’initiative vise à répondre à plusieurs défis majeurs auxquels sont confrontées ces communautés : la non-scolarisation, l’analphabétisme, l’insuffisance d’encadrement éducatif, mais aussi les problèmes de santé et les conditions de vie précaires.
Concrètement, l’organisation intervient en soutenant la scolarisation des enfants issus de familles démunies, en contribuant à leur suivi éducatif et en sensibilisant les communautés locales à l’importance de l’éducation.
Au fil des années, ces actions ont permis à de nombreux enfants de retrouver le chemin de l’école et d’envisager un avenir différent. Pour certains d’entre eux, l’accompagnement offert représente parfois la seule opportunité d’accéder à une formation.
L’organisation mène également des actions de sensibilisation sur des questions telles que l’égalité des genres, la planification familiale ou encore la protection des enfants dans des zones fragilisées par les conflits armés.
Des vies transformées, des rêves retrouvés
Dans un contexte où les défis sociaux et éducatifs restent nombreux en Afrique, des initiatives comme celles portées par Sourire dans nos villages montrent que le changement peut aussi venir du terrain. Derrière les statistiques sur la déscolarisation se cachent des parcours de vie souvent marqués par la précarité, mais aussi par l’espoir.
Pour Grâce, 14 ans, élève dans une école de la périphérie de Kinshasa, l’intervention de l’association a tout changé. Issue d’une famille aux revenus très modestes, elle avait dû interrompre sa scolarité pendant plusieurs mois. « Je pensais que je n’allais plus retourner à l’école. Mes parents n’avaient pas les moyens de payer les frais scolaires. Quand l’association est venue nous aider, j’ai pu reprendre les cours. Aujourd’hui, je rêve de devenir infirmière pour aider les autres », raconte-t-elle avec émotion.
Comme elle, de nombreux enfants ont retrouvé le chemin de l’école grâce à l’accompagnement de l’organisation. Patrick, 16 ans, fait également partie des bénéficiaires. Orphelin de père très jeune, il explique que la poursuite de ses études semblait presque impossible. « Sans ce soutien, j’aurais probablement arrêté l’école pour chercher des petits travaux. Maintenant je peux continuer mes études. Mon objectif est de devenir ingénieur pour participer au développement de mon pays », confie-t-il.
Ces témoignages illustrent l’impact concret des actions menées sur le terrain. Car au-delà de l’aide matérielle, l’accompagnement offert par l’organisation permet aussi de redonner confiance à des enfants qui avaient parfois perdu toute perspective d’avenir.
L’histoire d’Eloge Luyela rappelle qu’un engagement individuel, lorsqu’il est porté par une conviction profonde, peut produire des effets tangibles et inspirer d’autres initiatives.
En aidant les enfants les plus vulnérables à accéder à l’éducation, elle ne se contente pas de soutenir des parcours scolaires : elle contribue à la construction d’une société plus équitable.
Et dans le sourire retrouvé de ces enfants qui reprennent le chemin de l’école se dessine, peut-être, l’une des plus belles promesses d’avenir pour les générations à venir.
L’engagement discret mais déterminé des femmes
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le parcours d’Eloge Luyela rappelle que l’engagement féminin ne se limite pas aux grandes tribunes publiques. Dans de nombreuses communautés africaines, des femmes agissent quotidiennement, souvent dans la discrétion, pour améliorer la vie de leur entourage. Sans ressources financières importantes ni structures lourdes, leur détermination devient parfois leur principal moteur.
Le travail mené par Eloge Luyela illustre cette capacité d’initiative locale qui, à petite échelle, contribue à transformer durablement les communautés.
Note de la rédaction :
Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la préparation de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), prévue les 23 et 24 octobre 2026 à Paris. Son auteur, Papy Bwabuy (RDC), suit depuis le 15 janvier une formation dédiée au journalisme de solutions. Ce travail s’inscrit dans une démarche pédagogique visant à mettre en pratique les fondamentaux du métier de journaliste, tout en valorisant des initiatives porteuses d’impact positif au sein des communautés africaines.
