EcoErudites Uganda : transformer les déchets en énergie propre et opportunités locales
Heure de publication : 14:48 - Temps de lecture : 2 min 45 s
Ethol Amanda Natukunda, fondatrice d’EcoErudites Uganda, transforme la jacinthe d’eau invasive et les déchets organiques en biogaz propre et engrais naturels, offrant aux communautés ougandaises une énergie durable, des revenus locaux et un environnement préservé. – © Ethol Amanda Natukunda.
Texte par : Thalf Sall
En Ouganda, des millions de foyers dépendent encore du charbon de bois et du bois de chauffage pour cuisiner, au prix de lourdes conséquences sanitaires, environnementales et sociales. Face à cette réalité persistante, une entrepreneure sociale ougandaise a fait le pari d’une innovation à la fois écologique, circulaire et inclusive. À travers EcoErudites Uganda, Ethol Amanda Natukunda transforme une plante aquatique envahissante et des déchets organiques en biogaz propre et en engrais naturels, redonnant aux communautés vulnérables l’accès à l’énergie, à la dignité et à des opportunités économiques durables.
Dans de nombreuses zones rurales et périurbaines d’Ouganda, la cuisson domestique repose essentiellement sur des sources d’énergie polluantes. Le recours massif au bois de chauffage et au charbon de bois entraîne une déforestation accélérée, une dégradation des écosystèmes et une augmentation significative des émissions de gaz nocifs. À l’intérieur des foyers, la fumée issue de ces combustibles constitue une menace silencieuse pour la santé, exposant principalement les femmes et les enfants à des maladies respiratoires, oculaires et à long terme à des pathologies graves.
À cette crise énergétique s’ajoute un autre défi environnemental majeur : la prolifération de la jacinthe d’eau, une plante aquatique invasive qui asphyxie les plans d’eau, perturbe la biodiversité, entrave les activités économiques locales et fragilise les moyens de subsistance des communautés riveraines.
Ces problématiques trouvent leurs racines dans plusieurs facteurs convergents : l’accès limité à des sources d’énergie modernes et abordables, l’insuffisance d’infrastructures adaptées en zones rurales, la pauvreté énergétique persistante et le manque de valorisation des déchets organiques. Par ailleurs, les solutions proposées restent souvent déconnectées des réalités locales, sans intégration des communautés dans leur conception et leur déploiement.
Le défi n’est donc pas uniquement technologique. Il est social, économique et environnemental, appelant des réponses systémiques capables de créer de la valeur tout en restaurant les écosystèmes.
EcoErudites Uganda : une solution circulaire, locale et inclusive
C’est précisément à cette intersection que s’inscrit la solution développée par Ethol Amanda Natukunda. Avec EcoErudites Uganda, elle propose une approche intégrée qui détourne les communautés de l’utilisation du charbon de bois et du bois de chauffage au profit du biogaz de cuisson propre, produit à partir de déchets organiques et de jacinthe d’eau récoltée dans les lacs.
Cette innovation repose sur un principe simple mais puissant : transformer un problème environnemental en ressource. La jacinthe d’eau, jusque-là perçue comme une nuisance, devient une matière première valorisable, au même titre que les déchets organiques issus des ménages et des activités agricoles.
Au-delà de l’énergie, EcoErudites développe également des engrais organiques et des compléments alimentaires naturels pour l’élevage, renforçant ainsi la sécurité alimentaire et les revenus locaux.
La démarche d’EcoErudites Uganda s’appuie sur une méthodologie pragmatique et inclusive. Elle commence par la mobilisation des communautés locales autour de la collecte de la jacinthe d’eau et des déchets organiques, créant ainsi des opportunités d’emploi et de sensibilisation environnementale. Ces matières sont ensuite transformées à l’aide de systèmes de biodigestion produisant du biogaz propre, destiné à la cuisson et à l’éclairage domestique.
Les sous-produits issus du processus, notamment le bio-lisier, sont valorisés comme engrais organiques pour l’agriculture ou comme compléments nutritionnels pour les animaux, les poissons et les volailles. Parallèlement, EcoErudites investit fortement dans la formation, le renforcement des capacités et l’accompagnement des communautés afin d’assurer l’appropriation locale et la pérennité des solutions mises en place.
Un impact positif réel et mesurable
Les résultats de cette approche sont multiples et tangibles. Le biogaz offre aux ménages une source d’énergie plus abordable et plus fiable que le bois, le charbon ou le kérosène. La cuisson devient propre, sans fumée, réduisant considérablement les risques sanitaires liés à l’inhalation de polluants domestiques. Sur le plan environnemental, la solution contribue à la réduction de la déforestation, à la baisse des émissions nocives et à la restauration des écosystèmes aquatiques.
Sur le plan social, elle diminue les risques auxquels sont exposés les femmes et les enfants lors de la collecte du bois de chauffage, tout en générant des revenus complémentaires grâce à la vente d’engrais organiques excédentaires. En améliorant les rendements agricoles et en soutenant l’élevage, EcoErudites renforce également la résilience économique des communautés.
À travers EcoErudites Uganda, Ethol Amanda Natukunda démontre que la transition énergétique peut être à la fois juste, locale et créatrice de valeur. Son modèle prouve qu’il est possible de concilier innovation, protection de l’environnement et amélioration concrète des conditions de vie, tout en plaçant les communautés au cœur du changement.
En transformant des déchets et une plante invasive en ressources utiles, elle redéfinit la manière dont l’Afrique peut répondre à ses défis énergétiques et écologiques. EcoErudites Uganda n’est pas seulement une solution de cuisson propre ; c’est un levier de transformation sociale, environnementale et économique, porteur d’un avenir plus sain et plus durable.
