Datacenters modulaires : le Burkina Faso pose les fondations concrètes de sa souveraineté numérique
Heure de publication 13:34 - Temps de lecture : 2 min 38 s
Le Premier ministre, entouré des membres du gouvernement, lors du lancement officiel des datacenters modulaires du Cloud gouvernemental, une étape majeure vers la souveraineté numérique du Burkina Faso. – © DCRP/PRIMATURE.
Texte par : Thalf Sall
Longtemps dépendants d’infrastructures numériques hébergées hors de leurs frontières, de nombreux États africains peinent à garantir la sécurité, la maîtrise et la valeur stratégique de leurs données publiques. En inaugurant deux datacenters modulaires de nouvelle génération à Ouagadougou, le Burkina Faso fait un choix structurant : reprendre le contrôle de ses données, moderniser son administration et inscrire sa transformation digitale dans une logique de souveraineté, d’efficacité et de durabilité.
À l’ère du numérique, les données sont devenues un actif stratégique aussi sensible que les ressources naturelles ou les infrastructures critiques. Pourtant, dans de nombreux pays en développement, une part significative des données publiques demeure hébergée à l’étranger, souvent via des solutions cloud externalisées, exposant les États à des risques multiples.
Cette situation engendre des vulnérabilités majeures : dépendance technologique, exposition aux cybermenaces, perte de contrôle sur la localisation et l’usage des données, coûts élevés de fonctionnement, mais aussi limitations dans la continuité et la performance des services publics numériques. Pour le Burkina Faso, engagé dans une modernisation accélérée de son administration, cette dépendance constituait un frein structurel à l’efficacité de l’action publique et à la sécurité nationale.
La faiblesse historique des infrastructures numériques locales, le coût élevé des datacenters traditionnels, l’accès limité à des solutions adaptées aux contraintes énergétiques et climatiques, ainsi que l’absence de standards nationaux robustes ont longtemps contraint les administrations à externaliser leurs données.
À cela s’ajoutent des enjeux de compétences, de planification stratégique et de financement, qui ont retardé l’émergence de solutions souveraines. Dans ce contexte, la question n’était plus seulement technologique, mais profondément politique : comment bâtir un État numérique moderne sans maîtriser l’endroit où ses données sont stockées, traitées et protégées ?
Les datacenters modulaires : une réponse stratégique, agile et souveraine
L’inauguration, le 23 janvier 2026 à Ouagadougou, de deux datacenters modulaires du Cloud gouvernemental marque une rupture claire avec ce modèle de dépendance. Pilotée par le ministère de la Transition digitale, cette initiative s’inscrit dans le cadre du chantier stratégique « zéro donnée à l’extérieur », visant à héberger et sécuriser l’ensemble des données publiques sur le territoire national.
Les infrastructures déployées reposent sur une approche modulaire innovante, permettant une montée en puissance progressive, une meilleure maîtrise des coûts et une adaptation aux réalités locales. Dotés d’une capacité totale de 3 000 téraoctets de stockage, de 105 600 gigaoctets de mémoire vive et de 28 800 cœurs CPU, ces datacenters peuvent héberger plus de 7 000 machines virtuelles et répondre aux besoins croissants de l’administration publique.
Au-delà de la performance technique, le choix du modèle modulaire offre des avantages décisifs : rapidité de déploiement, résilience accrue, optimisation énergétique et évolutivité, tout en respectant des standards internationaux exigeants en matière de sécurité et de disponibilité.
Les bénéfices attendus sont à la fois immédiats et structurels. Sur le plan opérationnel, ces datacenters garantissent une meilleure continuité des services publics numériques, une réduction significative des risques liés aux cyberattaques et une amélioration de la traçabilité des données.
Sur le plan économique, l’investissement initial, estimé à plus de 15 milliards de FCFA, devrait générer une économie nette comprise entre 85 et 95 milliards de FCFA sur une période de dix ans, grâce à la réduction des coûts d’hébergement externe et à une meilleure mutualisation des ressources.
Sur le plan stratégique, cette infrastructure constitue un socle pour l’ensemble de l’écosystème numérique national. À l’horizon 2028, un nouveau datacenter national, conforme aux normes internationales les plus élevées, viendra renforcer cette dynamique et s’ouvrir aux besoins du secteur privé, des ONG et des acteurs de l’innovation.
Comme l’a souligné le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, ces datacenters ne sont pas de simples équipements techniques, mais « un acte de souveraineté » : héberger ses données sur son sol, c’est préserver sa capacité de décision, sa sécurité et sa dignité.
Avec les datacenters modulaires du Cloud gouvernemental, le Burkina Faso ne se contente pas de combler un retard technologique. Il propose un modèle africain pragmatique de souveraineté numérique, fondé sur l’innovation, la maîtrise des coûts et l’anticipation stratégique. Chaque donnée désormais hébergée localement devient un levier de modernisation, de sécurité et d’indépendance, confirmant que la transformation digitale, lorsqu’elle est pensée comme un projet politique et national, peut devenir un puissant facteur de résilience et de progrès.
