Foyers améliorés : une réponse locale à l’urgence climatique en RDC
Heure de publication : 16:27 - Temps de lecture : 2 min 29 s
En République démocratique du Congo (RDC), le foyer amélioré est la solution alternative contre la déforestation et le changement climatique, image d'illustration. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
Face à l’urgence climatique et à la pression croissante sur le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, des solutions locales émergent pour concilier besoins domestiques, protection des forêts et amélioration des conditions de vie. En République démocratique du Congo, les foyers améliorés s’imposent progressivement comme une réponse concrète, accessible et à fort impact contre la déforestation, la pollution domestique et la pauvreté énergétique.
En République démocratique du Congo, plus de 80 % des ménages dépendent encore du bois de chauffe ou du charbon de bois, communément appelé makala, pour la cuisson des aliments. Dans un pays de plus de 108 millions d’habitants, cette dépendance massive exerce une pression considérable sur les ressources forestières, notamment autour des grands centres urbains comme Kinshasa et Kisangani.
Chaque année, des milliers d’hectares de forêts sont dégradés ou détruits pour répondre à ces besoins domestiques, contribuant à la déforestation, aux émissions de gaz à effet de serre et à la perte de biodiversité. À cette urgence environnementale s’ajoute un enjeu sanitaire majeur : la combustion inefficace du bois dans les foyers traditionnels génère des fumées toxiques responsables de maladies respiratoires et cardiovasculaires, particulièrement chez les femmes et les enfants.
La généralisation des foyers traditionnels trouve son origine dans plusieurs facteurs structurels. L’accès limité à l’électricité et aux énergies propres, le coût élevé des alternatives modernes, la pauvreté des ménages et l’absence de solutions adaptées aux réalités locales maintiennent les populations dans des pratiques énergétiques polluantes.
À cela s’ajoute un manque historique de sensibilisation aux impacts sanitaires et environnementaux de la pollution domestique, ainsi qu’une offre insuffisante de solutions de cuisson à la fois efficaces, abordables et culturellement acceptées.
Les foyers améliorés, une solution simple et adaptée au contexte congolais
C’est dans ce contexte que les foyers améliorés se développent comme une alternative crédible et durable. Conçus à partir de matériaux locaux tels que la céramique, l’argile, le sable, la sciure de bois et des composants isolants, ces équipements de cuisson optimisent la combustion et le transfert de chaleur par convection et rayonnement.
Comparés aux foyers traditionnels, ils permettent une réduction significative de la consommation de bois et de charbon, tout en offrant de meilleures performances énergétiques. Leur conception favorise également l’évacuation des fumées hors des habitations, réduisant ainsi la pollution de l’air intérieur. Surtout, ces foyers sont pensés pour s’adapter aux habitudes culinaires et aux besoins des ménages congolais, condition essentielle à leur adoption à grande échelle.
Le déploiement des foyers améliorés repose sur une approche participative. Des artisans locaux sont formés à leur fabrication, renforçant les compétences techniques et stimulant l’économie locale. La distribution s’appuie sur des réseaux de proximité, notamment à Kinshasa et à Kisangani, où de jeunes entrepreneurs ouvrent des points de vente proposant ces équipements à des prix abordables.
Parallèlement, des actions de sensibilisation sont menées auprès des ménages pour expliquer les bénéfices environnementaux, sanitaires et économiques liés à leur utilisation. Cette combinaison entre production locale, commercialisation de proximité et éducation des utilisateurs constitue un facteur clé de durabilité du modèle.
Un impact environnemental, social et économique mesurable
Les effets positifs des foyers améliorés sont multiples. Sur le plan environnemental, la réduction de la consommation de bois contribue directement à limiter la déforestation et les émissions de carbone, participant ainsi à la préservation du bassin du Congo.
Sur le plan sanitaire, la diminution des fumées toxiques améliore la qualité de l’air intérieur et réduit l’incidence des maladies respiratoires, un enjeu de santé publique majeur dans les zones urbaines et rurales.
L’impact social est tout aussi significatif. Les femmes, principales responsables de la cuisson et de la collecte du bois, gagnent un temps précieux qu’elles peuvent consacrer à des activités génératrices de revenus. Les jeunes filles bénéficient également de davantage de temps pour leur scolarité. Enfin, la structuration d’un marché local des foyers améliorés crée des emplois et soutient l’entrepreneuriat des jeunes.
En République démocratique du Congo, les foyers améliorés illustrent le potentiel des solutions locales face aux défis globaux. En répondant simultanément aux enjeux de déforestation, de santé publique, de pauvreté énergétique et d’emploi, ils démontrent qu’une transition écologique juste et inclusive est possible. Leur généralisation, soutenue par des politiques publiques, des mécanismes de financement adaptés et une sensibilisation continue, pourrait faire des foyers améliorés un pilier durable de la protection des forêts et du bien-être des populations congolaises.
À l’échelle du continent, des pays comme le Bénin, le Togo, le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal, le Nigeria, le Ghana et le Mali ont déjà intégré les foyers améliorés dans les usages domestiques. Le renforcement des capacités des producteurs, la structuration de réseaux de commercialisation efficaces, la sensibilisation des utilisateurs et l’implication active des mécanismes de financement apparaissent désormais comme des conditions essentielles pour consolider et pérenniser le marché des foyers améliorés en Afrique.
