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Souveraineté numérique en Afrique de l’Ouest : le Mali pose un jalon stratégique avec un datacenter de nouvelle génération


Heure de publication 13:20 - Temps de lecture : 2 min 57 s

Cérémonie inaugurale du datacenter de dernière génération à Bamako, le 31 janvier 2026, en présence des ministres en charge du numérique des pays de l’Alliance des États du Sahel, marquant une étape clé vers la souveraineté numérique régionale. – © DCRP/MTDPCE.

Texte par : Thalf Sall

Face aux enjeux croissants de sécurité des données, de dépendance technologique et de gouvernance numérique, le Mali engage une réponse structurante. En inaugurant un datacenter de dernière génération à Bamako, le pays affirme une ambition claire : reprendre le contrôle de ses données stratégiques et contribuer à l’émergence d’une souveraineté numérique renforcée au sein de l’espace AES.

Depuis plusieurs années, de nombreux États africains externalisent l’hébergement de leurs données sensibles vers des infrastructures situées hors du continent. Cette situation expose les administrations publiques, les institutions stratégiques et les citoyens à des risques multiples, allant de la vulnérabilité cyber à la perte de maîtrise juridique sur les données.

Dans le contexte sahélien, marqué par des enjeux sécuritaires, économiques et politiques spécifiques, la question de la localisation des données devient centrale. L’absence d’infrastructures nationales robustes limite la capacité des États à protéger leurs informations, à sécuriser les services publics dématérialisés et à bâtir une économie numérique autonome.

Cette dépendance trouve ses racines dans un déficit historique d’investissements dans les infrastructures numériques lourdes, combiné à une forte domination des acteurs technologiques étrangers. À cela s’ajoutent un manque de capacités locales d’hébergement à grande échelle, une insuffisance de compétences techniques spécialisées et une réglementation parfois inadaptée aux enjeux contemporains de protection des données.

Pendant longtemps, l’hébergement hors du territoire national est apparu comme une solution par défaut, faute d’alternatives crédibles. Cette situation a freiné l’émergence d’un écosystème numérique souverain et limité la capacité des États à piloter pleinement leur transition digitale.

 

La solution : un datacenter national au service de la souveraineté

 

L’inauguration, le 31 janvier 2026 à Bamako, d’un datacenter de dernière génération marque une rupture stratégique. Cette infrastructure permet désormais au Mali d’héberger sur son propre territoire ses données stratégiques, administratives et institutionnelles, dans un environnement sécurisé et conforme aux standards internationaux.

Porté par le ministère malien de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, ce projet vise à garantir la sécurité des informations nationales, à renforcer la protection des données sensibles et à affirmer l’indépendance technologique du pays.

Au-delà du cadre national, cette initiative s’inscrit dans une dynamique régionale partagée par les pays de l’Alliance des États du Sahel. Elle traduit une volonté politique commune de bâtir une capacité numérique endogène, maîtrisée et durable.

La démarche adoptée repose sur une approche structurée. Le déploiement du datacenter s’accompagne d’un plan progressif de rapatriement des données actuellement hébergées à l’étranger. Les plateformes issues des processus de dématérialisation des services publics seront progressivement migrées vers cette infrastructure nationale.

La stratégie intègre également la montée en compétence des ingénieurs locaux, la définition d’un cadre réglementaire adapté et la coordination régionale entre les pays de l’AES. La présence, lors de la cérémonie d’inauguration, de ministres en charge du numérique du Burkina Faso et du Niger illustre cette volonté de mutualisation des expériences et de convergence des politiques publiques numériques.

 

Une souveraineté numérique qui se construit par l’action

 

Les retombées de cette initiative dépasseront largement la seule question de l’hébergement des données. À court terme, elle renforcera la sécurité numérique de l’État malien et améliorera la fiabilité des services publics digitaux. À moyen terme, elle contribuera à la structuration d’un écosystème numérique local, créateur d’emplois qualifiés et d’opportunités pour les talents nationaux.

À l’échelle régionale, cette avancée consolidera les capacités numériques de l’espace AES et ouvrira la voie à une coopération renforcée en matière de cybersécurité, de gouvernance des données et d’innovation technologique. Elle envoie également un signal fort à l’international : les États sahéliens entendent désormais être acteurs, et non simples consommateurs, de la transformation numérique.

En se dotant d’un datacenter de dernière génération, le Mali ne pose pas seulement une infrastructure, il affirme une vision. Celle d’une souveraineté numérique fondée sur la maîtrise des données, le développement des compétences locales et la coopération régionale. Dans un monde où le numérique conditionne la sécurité, l’économie et la gouvernance, cette initiative constitue un pas décisif vers une autonomie technologique assumée et durable.

Moments clés de la cérémonie d’inauguration en images


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