Angélique Kidjo : une étoile béninoise s’apprête à entrer dans la légende d’Hollywood
Heure de publication 19:15 - Temps de lecture : 4 min 16 s
Angélique Kidjo, icône béninoise de la musique mondiale, s’apprête à entrer dans l’histoire en devenant la première musicienne africaine et la première artiste noire africaine à recevoir une étoile sur le Hollywood Walk of Fame. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
Ce mardi 18 août 2026, Hollywood s’apprête à écrire une page particulière de son histoire. La Béninoise Angélique Kidjo, cinq fois lauréate des GRAMMY Awards et figure majeure de la musique mondiale, recevra la 2 854ᵉ étoile du Hollywood Walk of Fame. Une distinction historique : elle devient la première musicienne africaine et la première artiste noire africaine à rejoindre ce célèbre boulevard. Au-delà de la consécration d’une carrière exceptionnelle, l’événement met en lumière le parcours d’une artiste qui, depuis plus de quatre décennies, porte la voix de l’Afrique sur les plus grandes scènes du monde.
La cérémonie se tiendra à 11 h 30, heure du Pacifique, au 7011 Hollywood Boulevard, face au mythique Hollywood Roosevelt Hotel. Angélique Kidjo recevra son étoile dans la catégorie « Recording », consacrée à l’industrie musicale et à l’enregistrement. L’acteur Willem Dafoe et Harvey Mason Jr., directeur général de la Recording Academy et de MusiCares, prendront part à l’hommage, tandis que la correspondante de Variety, Angelique Jackson, animera la cérémonie. L’événement sera retransmis en direct sur le site officiel du Walk of Fame.
L’enjeu dépasse toutefois largement le cadre d’une cérémonie hollywoodienne. Cette étoile constitue une reconnaissance symbolique de la place prise par la création africaine dans l’industrie culturelle internationale. Angélique Kidjo sera la première musicienne africaine à recevoir cette distinction et la première artiste noire africaine à inscrire son nom sur ce boulevard mythique.
Née au Bénin, en Afrique de l’Ouest, Angélique Kidjo a grandi à Cotonou dans un environnement où se mêlaient traditions béninoises et influences musicales venues du monde entier. Elle commence à chanter très jeune, notamment au sein de la troupe de théâtre de sa mère. En 1983, elle quitte le Bénin pour Paris, où elle poursuit sa formation musicale et étudie le jazz.
Son parcours illustre ensuite une capacité rare à faire circuler les cultures. Fon, français, yorùbá, goun et anglais : l’artiste chante dans plusieurs langues et puise dans les rythmes d’Afrique de l’Ouest tout en intégrant funk, jazz, R&B, gospel, salsa et autres influences internationales. Cette liberté artistique a progressivement transformé une chanteuse béninoise en ambassadrice culturelle de dimension mondiale.
Une carrière construite au croisement des continents
La décision de lui attribuer une étoile n’est pas le fruit d’un simple hommage symbolique. Le Walk of Fame dispose d’un processus de sélection formel : les candidatures sont examinées par un comité composé de personnalités déjà présentes sur le Walk of Fame et disposant d’une expertise dans les différentes catégories. Les sélectionnés sont ensuite ratifiés par le conseil d’administration de la Hollywood Chamber of Commerce. Le comité reçoit chaque année des centaines de candidatures.
Dans le cas d’Angélique Kidjo, son parcours répond à plusieurs critères qui fondent cette reconnaissance : longévité, influence internationale, contribution à l’industrie musicale et capacité à toucher des publics bien au-delà de son continent d’origine.
Ses chiffres témoignent de cette trajectoire. La Recording Academy recense cinq victoires aux GRAMMY Awards et seize nominations. Sa première victoire remonte à 2008 avec Djin Djin. Elle a ensuite remporté le prix du meilleur album de musique globale pour Eve en 2015, Sings en 2016, Celia en 2020 et Mother Nature en 2022.
Mais les GRAMMY ne résument pas son influence. En 2015, elle reçoit le Crystal Award du Forum économique mondial de Davos, distinction attribuée à des artistes considérés comme des acteurs engagés dans l’amélioration de la société.
En 2016, elle obtient le prix Ambassadrice de la conscience d’Amnesty International. En 2023, elle reçoit le Polar Music Prize, l’une des distinctions musicales internationales les plus prestigieuses. Le comité du prix souligne notamment son rôle d’artiste capable de franchir les frontières culturelles et son engagement en faveur des filles et de leur éducation.
À cela s’ajoutent notamment le German Sustainability Award, le Vilcek Prize in Music, ainsi que des reconnaissances de la BBC, de The Guardian et de TIME. En 2021, TIME l’a inscrite parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde.
Du succès musical à un combat pour les filles
La portée de la distinction hollywoodienne tient aussi à ce que représente Angélique Kidjo au-delà de la scène. Depuis 2002, elle est ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, avec un engagement particulièrement marqué en faveur des droits des enfants et de l’éducation des filles.
Cet engagement a trouvé une traduction concrète avec la Batonga Foundation, créée par l’artiste pour soutenir l’éducation des filles et des jeunes femmes en Afrique. L’organisation agit notamment sur l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur, mais aussi sur le mentorat, les compétences et l’autonomisation économique.
Au Bénin, cet engagement s’est notamment traduit par des actions en faveur de la scolarisation. En 2019, une initiative menée avec Batonga, l’UNICEF et TOMS a permis de distribuer plus de 67 000 paires de chaussures à des filles âgées de 6 à 17 ans dans le pays. Kidjo avait alors défendu publiquement le droit des filles à l’éducation.
Son combat rejoint une conviction largement documentée par l’UNICEF : investir dans l’éducation des filles contribue à réduire les inégalités, à renforcer les économies et à construire des sociétés plus résilientes.
Une fierté béninoise devenue fierté africaine
L’étoile qui sera dévoilée à Hollywood porte donc une histoire qui commence au Bénin, se poursuit à Paris et s’est déployée sur les scènes du monde entier. Elle raconte surtout la trajectoire d’une artiste qui n’a jamais opposé son identité africaine à l’universalité de sa musique.
Ses collaborations avec des artistes comme Alicia Keys, Bono, Sting, Peter Gabriel, Yo-Yo Ma, Philip Glass ou Burna Boy témoignent de cette capacité à créer des passerelles entre générations, continents et univers musicaux. TIME soulignait d’ailleurs son talent pour faire dialoguer les cultures et donner une visibilité à une nouvelle génération d’artistes africains.
Pour le Bénin, cette consécration constitue une visibilité internationale exceptionnelle. Pour l’Afrique, elle représente davantage qu’une récompense individuelle : elle consacre une trajectoire africaine dans l’un des lieux les plus symboliques de l’industrie mondiale du divertissement.
À Hollywood, une étoile sera désormais gravée au nom d’Angélique Kidjo. Mais derrière ce nom, c’est aussi une partie de l’histoire culturelle du continent qui trouvera sa place sur le boulevard le plus célèbre du cinéma et de la musique. Une histoire faite de talent, de persévérance, de transmission et d’engagement.
